« Le graffiti est l’un des rares outils dont disposent ceux qui n’ont presque rien » (Banksy, 2001). Tout comme aujourd’hui, la pratique consistant à écrire ou à dessiner sur un objet qui n’était pas destiné à cet usage était très répandue dans l’Antiquité. Par contre, les graffitis de l’Antiquité n’évoquaient généralement pas le vandalisme, la subversion ou la culture jeune, et leur utilisation était associée à toutes sortes de contextes. Si les graffitis découverts sur certains sites, comme Pompéi, font l’objet d’études depuis longtemps, ce n’est que récemment que les scientifiques voient ces gribouillages occasionnels comme une source précieuse d’informations sur l’expression individuelle et la vie quotidienne dans l’Ancien Monde.
C’est en Égypte que l’on en trouve le plus, notamment sur les murs de ses temples. Ces graffitis ont, pour la plupart, été réalisés pour des raisons religieuses, car il était courant d’en laisser sur les murs d’un temple afin de s’assurer la protection éternelle de la divinité associée. C’est pourquoi les murs de tous les temples égyptiens sont couverts de centaines, voire de milliers, de graffitis. Pendant longtemps, ces graffitis ont été négligés, considérés comme une forme « dégradée » de la religion égyptienne antique. Depuis une dizaine d’années, ils sont de plus en plus reconnus comme une véritable mine d’informations sur les pratiques religieuses individuelles de l’Égypte antique. Malgré cet intérêt prometteur, on a toujours accordé beaucoup plus d’attention aux graffitis textuels, tandis que les motifs souvent découverts à leurs côtés restent peu étudiés. Les publications consacrées à de grands ensembles de ces motifs, elles, sont encore rares.
Le projet actuel vise à remédier à la situation; il s’agit d’une étude systématique des graffitis figuratifs provenant de Philae, l’un des complexes de temples les plus spectaculaires d’Égypte. L’île sur laquelle se trouve le temple, située à la frontière entre l’Égypte et la Nubie, était l’un des principaux lieux de culte d’Isis dans l’Égypte gréco-romaine. Des pèlerins venaient du nord et du sud pour lui rendre hommage, laissant derrière eux des milliers de graffitis sur ses murs. Aujourd’hui, ce site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO est l’une des attractions touristiques les plus populaires d’Égypte. Alors que les graffitis textuels ont, pour la plupart, fait l’objet de publications, les graffitis figuratifs de l’île ont été presque totalement ignorés. Notre objectif est de rétablir l’équilibre.
Ce projet constituera la première étude exhaustive d’un ensemble d’environ 450 graffitis figuratifs de Philae, apportant ainsi une contribution importante à l’étude des pratiques religieuses individuelles de l’Égypte gréco-romaine. Outre son impact scientifique, le projet a suscité un vif intérêt de la part des médias, tant au Canada qu’à l’étranger, en raison de ses méthodes d’enregistrement de pointe (voir la section suivante), mais aussi du caractère « quotidien » des documents, qui les rend particulièrement accessibles au grand public.
Ce projet est dirigé par Jitse Dijkstra (archéologue à l’Université d’Ottawa), en collaboration avec ses collègues Sabrina Higgins et Nicholas Hedley (Université Simon Fraser); il s’agit donc d’un projet entièrement canadien, financé depuis 2021 par le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. Après sept campagnes de terrain menées entre 2016 et 2026, le projet en est à sa dernière année, laquelle mènera à la publication d’une monographie. Le projet utilise des méthodes d’enregistrement de pointe, c’est pourquoi il y a un volume important de données à traiter, justifiant l’intervention d’une assistance ou d’un assistant de recherche.