Brittain traversera bientôt la scène de la collation des grades afin de recevoir son diplôme et son épitoge de doctorat à titre de diplômée de la promotion 2026. À l’approche de cette étape importante, nous l’avons rencontrée pour cette entrevue dans le cadre de la série Les universitaires en éducation.
Parlez-nous de votre parcours vers les études doctorales.
Vers la fin de mes études de premier cycle en psychologie et en mathématiques à l’Université McMaster, j’ai commencé à travailler avec la professeure Tracy Vaillancourt. La collaboration a éveillé mon intérêt pour la recherche sur l’enfance et l’adolescence orientée vers des résultats tangibles. Depuis, j’ai obtenu une maîtrise en éducation et en statistiques, puis un doctorat. Pendant cette période, j’ai eu le privilège de coordonner l’étude McMaster sur l’adolescence, un projet longitudinal qui s’est étalé sur 16 ans. Cette expérience a largement influencé mon parcours universitaire et professionnel. J’ai pu combiner mes intérêts pour la recherche, les statistiques et le développement des jeunes afin de comprendre leurs difficultés et trouver comment leur venir en aide au moyen des données probantes.
Quel est l’objet de vos recherches au doctorat?
Mon projet de doctorat porte sur l’influence des transitions scolaires sur la réussite à l’école et la santé mentale des jeunes, ainsi que sur les expériences d’intimidation vécues. Le passage du primaire au secondaire est une période critique, car les jeunes, en plus de devoir s’adapter à de nouveaux milieux scolaires et sociaux, doivent aussi composer avec l’adolescence.
À l’aide de données tirées de l’étude McMaster sur l’adolescence, dans le cadre de laquelle nous avons suivi des élèves du Canada, de la cinquième année du primaire jusqu’au début de l’âge adulte, j’ai analysé l’évolution, au fil du temps, de différents indicateurs. J’ai ainsi examiné l’interaction entre la réussite scolaire, l’assiduité, l’anxiété, la dépression et les expériences d’intimidation. Mes résultats indiquent que les élèves empruntent des trajectoires différentes. Si la situation de la majorité demeure relativement stable, d’autres voient leurs résultats scolaires baisser ou leur santé mentale se détériorer. À l’inverse, d’autres encore observent une amélioration. J’ai aussi constaté qu’au primaire et au secondaire, la victimisation par l’intimidation était étroitement associée à une santé mentale plus fragile. À l’école secondaire, les problèmes de santé mentale allaient de pair avec des notes plus faibles et, par ricochet, avec une assiduité moindre. Dans l’ensemble, mes travaux montrent que cette période peut représenter un tournant décisif, source de risques et de possibilités, et plaident pour des interventions opportunes et intégrées qui tiennent compte du bien-être scolaire, émotionnel et social des jeunes.
Quelle est l’inspiration derrière ce projet de recherche?
J’étais curieuse de voir évoluer les trajectoires de développement des jeunes dans le temps et d’étudier les écarts importants observés d’une personne à l’autre. Je tenais particulièrement à savoir s’il y avait des moments clés, comme les transitions scolaires importantes, où ces trajectoires s’infléchissaient de manière notable. Car comprendre quand et pourquoi certaines trajectoires bifurquent pourrait nous permettre de prédire qui aura besoin d’un soutien supplémentaire et à quel moment ce soutien sera le plus efficace.
À qui vos recherches pourraient-elles profiter?
J’espère que mes travaux profiteront en fin de compte aux jeunes, en particulier aux personnes aux prises avec des difficultés dans leurs relations avec leurs pairs ou qui peinent à composer avec les défis de l’adolescence. En développant une meilleure compréhension des interactions observées dans le temps entre les résultats scolaires, la santé mentale et l’intimidation, on peut déterminer comment intervenir plus tôt et de façon plus efficace. Et, quand on observe des améliorations, comme c’est le cas avec la victimisation par l’intimidation après le passage au secondaire, il est encourageant de constater que, pour bon nombre d’élèves, la situation tend à s’améliorer avec le temps.
J’espère aussi que ces travaux seront utiles aux pédagogues, aux conseils scolaires et aux décisionnaires, qui ont des rôles importants à jouer dans le développement des milieux dans lesquels les jeunes évoluent. C’est souvent à l’école que ces problèmes se manifestent en premier, et les recherches devraient contribuer à orienter les efforts en matière de prévention et d’intervention.
Avez-vous obtenu des résultats inattendus ou surprenants jusqu’à présent?
J’ai été particulièrement ravie de constater qu’un sous-groupe d’élèves – environ 10 % – qui avait subi beaucoup d’intimidation au primaire a rapporté une amélioration notable après le passage au secondaire. Ce résultat montre que ces transitions peuvent être porteuses de changements positifs pour certaines personnes.
Quel concept ou quelle idée vous a le plus marquée pendant vos études?
Un concept qui a profondément influencé ma réflexion durant mes études supérieures est celui des cascades de développement. C’est l’idée que les expériences vécues dans une sphère de la vie, comme les relations avec les pairs, le rendement scolaire ou la santé mentale, peuvent finir par se répercuter sur d’autres dimensions et influencer plus largement les trajectoires de développement. Ce concept peut nous aider à comprendre comment des personnes qui partent d’un même point se retrouvent dans des situations très différentes et, inversement, comment des personnes aux parcours très différents peuvent aboutir à un niveau de fonctionnement comparable des années plus tard.
Le constat a changé ma façon d’aborder l’étude du développement. Au lieu de considérer la réussite scolaire, la santé mentale et les relations avec les pairs comme des éléments distincts, je les aborde comme des processus intimement liés qui évoluent ensemble tout au long de l’adolescence.
Pourquoi avoir choisi l’Université d’Ottawa?
J’ai choisi l’Université d’Ottawa pour mes études de doctorat, car elle offrait un cadre idéal pour approfondir la recherche en éducation et poursuivre le parcours amorcé avec la professeure Tracy Vaillancourt et l’étude McMaster sur l’adolescence. Étant profondément investie dans ce vaste projet longitudinal, je souhaitais entreprendre une formation doctorale dans un milieu qui me permettrait de m’appuyer sur ces travaux et d’enrichir mes compétences en recherche. Il était particulièrement important pour moi de pouvoir continuer de travailler avec la professeure, car, à titre de mentore, elle a joué un rôle déterminant dans mon parcours universitaire. Elle est une véritable alliée pour ses étudiantes et étudiants et met tout en œuvre pour contribuer à leur réussite. Dans le cadre de mon travail au Laboratoire d’étude du cerveau et du comportement, j’ai acquis une solide formation de chercheuse et tissé des relations durables. Maintenant que j’ai mené mon doctorat à terme, j’ai l’honneur de pouvoir continuer de travailler avec elle et plusieurs collègues extraordinaires à titre d’associée de recherche sur des projets d’envergure comme l’Étude sur la santé et les relations avec les pairs et l’Étude de l’Université d’Ottawa sur la violence envers les jeunes arbitres.
En savoir plus.
Heather Brittain est titulaire d’un baccalauréat en psychologie et en mathématiques et d’une maîtrise en statistiques de l’Université McMaster. Elle a aussi une maîtrise (2011) et un doctorat (2026) de la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Elle est lauréate de la bourse Canada Vanier. Ses recherches portent sur l’incidence des expériences négatives vécues pendant l’enfance, y compris l’intimidation, sur la santé mentale et la qualité de vie.