L’annonce de la Stratégie industrielle de défense (SID) par le gouvernement fédéral le 17 février 2026 a envoyé un message clair à la population canadienne : loin d’être une vague promesse, c’est un plan structuré qui inclut des cibles, un échéancier et du financement. Pour quiconque travaille à la croisée de la recherche en génie et des capacités nationales, cette clarté est importante.
Six mois après avoir pris mes fonctions de doyenne de la Faculté de génie de l’Université d’Ottawa, je réfléchis sérieusement à ce que cette stratégie exige de la part d’établissements comme le nôtre, et à la façon dont nous pouvons y contribuer. Pour les gens du milieu universitaire, les réponses à ces questions sont concrètes.
Il nous faut transformer la recherche en systèmes opérationnels, développer l’expertise et les partenariats dont le Canada a besoin, et former des ingénieures et ingénieurs, et des scientifiques capables de travailler en interdisciplinarité pour fournir ces capacités ici même, au Canada.
De mon point de vue, notre faculté est prête à relever ce défi. Grâce à mon expérience dans le domaine des technologies médicales et à mes nombreuses années de collaboration avec des partenaires du secteur privé, je mesure toute l’importance de transformer la recherche en solutions pour la société – un état d’esprit qui anime déjà l’ensemble de notre communauté. Rigueur, rapidité, détermination : la stratégie en fait des impératifs, et nous aussi. Voici donc ce sur quoi nous travaillons à la Faculté de génie.
Nos moyens pour faire progresser la stratégie
Notre travail est arrimé aux priorités de la stratégie, notamment en ce qui concerne la sécurité des systèmes numériques, les systèmes autonomes et sans pilote, la détection, la résilience énergétique et les matériaux de pointe.
Bon nombre de nos professeures et professeurs contribuent à renforcer la position du Canada en matière de systèmes de défense contre les systèmes sans pilote grâce à l’utilisation de capteurs et d’algorithmes prédictifs. Résultat : une détection accélérée, de meilleures décisions et une protection accrue des infrastructures essentielles. Le professeur Burak Kantarci dirige des travaux en analyse du spectre et de la résilience des communications, lesquels renforcent la capacité du Canada à détecter les menaces liées aux drones et à y faire face. Le professeur Miodrag Bolić met au point des plateformes de détection précoce qui combinent des données radar, infrarouges et issues de radiofréquences pour améliorer notre capacité à détecter les systèmes d’aéronefs sans pilote et réduire les fausses alertes qui ralentissent les interventions. Et le professeur Robert Laganière utilise la vision par ordinateur et l’apprentissage machine pour améliorer l’analyse des données radar et fournir aux opératrices et opérateurs de l’information claire et exploitable plutôt que de simples données brutes.
Les systèmes numériques fiables constituent également une priorité de la stratégie, et nous, à la Faculté, excellons en matière d’assurance qualité des logiciels et du matériel. Les membres du corps professoral Mehrdad Sabetzadeh, Shiva Nejati et Daniel Amyot mettent au point des méthodes de développement qui garantissent, dès le départ, la traçabilité, la testabilité et la conformité des logiciels de défense. En parallèle, la professeure Paria Shirani intègre des pratiques de cyberrésilience dans le matériel et les micrologiciels afin de protéger l’intégrité de la chaîne d’approvisionnement et de sécuriser les composants essentiels à la mission. À une époque où la moindre vulnérabilité peut se répercuter dans différents systèmes, on doit prendre en compte la sécurité dès la conception, et non après coup.
Les capteurs et la survivabilité sont tout aussi essentiels à la souveraineté du Canada. Les professeurs Pierre Berini et Arnaud Weck conçoivent des technologies de détection infrarouge et photonique qui améliorent la détection des menaces et la protection des plateformes. À leurs côtés, le professeur Bertrand Jodoin et la professeure Aleksandra Nastic mettent au point des revêtements protecteurs et des matériaux absorbant les ondes radar qui contribuent à la résilience des systèmes aérospatiaux. C’est ainsi que la protection devient mesurable : une meilleure détection pour anticiper les risques, de meilleurs matériaux pour y résister.
La résilience énergétique complète ce tableau. Le professeur Javad Fattahi conçoit des systèmes énergétiques modulaires résistant aux interférences électromagnétiques et intégrant une gestion intelligente de l’énergie. L’objectif est clair : maintenir l’alimentation en énergie des systèmes essentiels dans des environnements contestés, accroître leur longévité et réduire les vulnérabilités. Dans le cadre de la stratégie, la résilience énergétique est bien plus qu’un simple avantage pratique : elle est indispensable à toutes les capacités requises par la stratégie.
Des installations conçues pour une vitesse optimale
La mise en œuvre de cette stratégie nécessite une infrastructure qui nous permet de réaliser des tests en toute sécurité, de collaborer avec des partenaires et d’évoluer rapidement. Notre campus Kanata-Nord permet aux chercheuses et chercheurs de travailler au sein du plus grand parc technologique du Canada, ce qui facilite le passage rapide du concept à la mise en œuvre grâce au concours du secteur privé, et ce, dans un environnement conçu pour favoriser une collaboration sécurisée et concrète. Cette proximité réduit la durée des boucles d’itération et appuie la démarche « construire-collaborer-acheter » privilégiée dans la stratégie.
Sur le campus principal, le Laboratoire uOttawa-IBM Cyber Range propose des simulations réalistes et immersives de détection et d’interception des cybermenaces qui permettent aux équipes de vérifier la fiabilité des systèmes numériques avant leur déploiement, ce qui cadre directement avec la priorité liée aux systèmes numériques incluse dans la stratégie.
Notre canal expérimental, dont la configuration unique combine des contrôles des vagues, des secousses sismiques et des sédiments, permet de mener des essais multirisques axés sur la résilience maritime et l’autonomie sous-marine, conformément aux capacités souveraines mises de l’avant dans la stratégie. En matière de défense, ces activités génèrent des données plus précises sur le comportement des plateformes et des infrastructures soumises à des contraintes combinées, et accélèrent le processus de mise au point de conceptions capables d’y résister.
En rendant possible une collaboration sécurisée et rapide avec les secteurs privé et public, ces installations raccourcissent les délais de mise en œuvre et réduisent les risques liés à l’intégration, ce qui répond aux exigences de la stratégie en matière de capacités confirmées, plus rapides, et produites au Canada.
Former les talents dont le Canada a le plus besoin
La sécurité d’un pays ne tient pas seulement à la technologie, mais aussi aux personnes qui la conçoivent et la maîtrisent. BOREALIS, le nouveau Bureau de recherche, d’ingénierie et de leadership avancés en matière d’innovation et de science présenté dans la stratégie, réclame une expertise approfondie en matière de cyberdéfense, d’intelligence artificielle (IA), d’ingénierie des systèmes sécurisés, de semiconducteurs et de matériaux de pointe. Nous répondons à cet appel par la constitution et la formation d’un bassin de talents.
Nous recrutons des chercheuses et chercheurs de haut niveau grâce à des initiatives telles qu’Impact+ et nous fournissons à notre communauté les outils et les environnements sécurisés qu’il lui faut pour accélérer l’innovation dans le secteur de la défense. De plus, nous préparons les étudiantes et étudiants grâce à une formation pratique arrimée aux besoins du secteur ainsi qu’à une initiation précoce à la recherche dans des domaines clés, comme l’IA, les semiconducteurs et la cybersécurité. L’objectif est de constituer un bassin de personnes outillées pour le marché du travail et capables de contribuer, avant même l’obtention de leur diplôme, au renforcement de l’écosystème canadien de la défense et des technologies.
Agir selon une orientation claire
La stratégie du Canada est ambitieuse, et c’est tant mieux. Le contexte en matière de sécurité a évolué, et la contribution des établissements d’enseignement doit refléter cette évolution. Grâce à son écosystème fort de l’expertise gouvernementale, du savoir-faire des entreprises et des compétences de chercheuses et chercheurs, Ottawa a tout ce qu’il faut pour jouer un rôle de premier plan. À la Faculté de génie de l’Université d’Ottawa, nous sommes déjà à l’œuvre : nous concrétisons les résultats de la recherche, nous bâtissons des infrastructures et nous développons un bassin de talents, comme le veut la stratégie. Nos professeures et professeurs mènent des travaux en phase avec les capacités souveraines prioritaires définies dans la stratégie, et nos étudiantes et étudiants sont formés pour mettre leurs connaissances en pratique sur le marché du travail. J’accueille volontiers les partenaires qui souhaitent collaborer avec nous.
Pour découvrir les possibilités de collaboration avec la Faculté de génie, consultez notre page Partenariats.