Depuis trois décennies, les Affaires francophones travaillent à promouvoir et à renforcer la formation en santé en français, à soutenir la réussite des étudiantes et étudiants francophones et à favoriser le développement d’un réseau de cliniciennes, cliniciens, chercheuses et chercheurs mobilisés qui contribuent à la vitalité de la francophonie en santé.

Apprenez-en plus sur les origines des Affaires francophones.

Discours lors de la célébration du 30e anniversaire des affaires francophones, par le Dre Jeanne Drouin

Introduction

Chers collègues, chers ami-e-s francophones et ami-e-s francophiles,

C’est un grand plaisir pour moi de me joindre à vous pour célébrer le 30e anniversaire de l’organisme qui a fait avancer de nombreux dossiers propres à la francophonie à la Faculté, le Bureau des affaires francophones. Comme j’ai été membre de ce groupement dès son origine, on m’a invitée à préparer un petit discours pour vous parler des événements qui ont mené à la création du Bureau, de son mandat, du contexte et de ses principales réalisations durant ses premières années d’existence. Je vous en présente un survol.

 Je retiens six événements qui ont mené à la création du Bureau des affaires francophones :   

  1. Le mandat donné à l’U d’O par le Gouvernement de l’Ontario en 1965: Celui de « favoriser le bilinguisme et le biculturalisme et de promouvoir la langue et la culture française en Ontario ». La population francophone de l’Ontario de plus de 550 000 personnes doit avoir accès à des programmes d’études supérieures en langue française.
  2. Deux initiatives du doyen John Seely pour instaurer la formation médicale en français en 1992 : La première :  lors d’une réforme de son cursus, la Faculté donne à 14 étudiants francophones, avec l’appui de tuteurs, la possibilité de faire en français deux séances hebdomadaires d’apprentissage par problèmes de trois heures durant leurs deux années d’études précliniques.  
    La deuxième : la Faculté signe une entente avec l’Hôpital Montfort afin d’y mettre sur pied un programme de résidence en médecine familiale en français, le premier à être offert dans cette langue en Ontario. Ce programme donne à Montfort un mandat universitaire.
  3. L’évaluation du programme préclinique francophone par un consultant de l’extérieur : En avril 1994, le doyen Seely fait appel au Dr Pierre Jean, un expert en pédagogie médicale de l’Université de Montréal, pour examiner le programme préclinique partiellement francophone et faire des recommandations pouvant en améliorer la qualité.
    Dans son rapport déposé le 31 août, le Dr Jean reconnait les efforts louables de la Faculté en ce qui a trait à l’enseignement en français tout en spécifiant que beaucoup reste à faire pour permettre aux étudiants de développer les compétences nécessaires pour prodiguer des soins de qualité à la population francophone.
  4. Nomination du Dr Jean en tant que vice-doyen et élaboration d’un Plan d’action en réponse à l’évaluation : En août 1994, le Dr Jean est nommé vice-doyen responsable des affaires francophones et est chargé de mettre en application les recommandations de son rapport d’évaluation.
    À l’automne 1994, avec la collaboration de la direction de la Faculté, des enseignants et des étudiants francophones, le Dr Jean rédige un plan d’action intitulé « Apprendre la médecine en français à l’Université d’Ottawa. Un plan d’action pour les cinq prochaines années 1995-2000 ». Ce plan d’action met l’accent sur une formation généraliste dans un environnement éducatif francophone qui ressemble le plus possible au contexte dans lequel les futurs médecins auront à exercer leur profession, ce qui veut dire, à l’extérieur des grands centres de soins tertiaires. Une planification systématique des apprentissages est jugée essentielle pour assurer la qualité du programme.
  5. L’obtention d’un octroi de cinq ans du Gouvernement de l’Ontario à l’automne 1994.
  6. La création d’une Équipe de direction pour la mise en œuvre du Plan d’action et sa formation pédagogique : En janvier 1995, une l’Équipe de direction est créée pour amorcer la mise en œuvre du Plan d’action sous la direction du Dr Jean. J’ai été la première à joindre l’Équipe. Quatre autres cliniciens-enseignants sont ensuite recrutés : Christine Rivet du Département de médecine familiale, Richard Bonin du Département d’immunologie et de microbiologie, Pierre Jacob du Département de pédiatrie et Gaëtan Tardif du Département de médecine.

Du printemps à l’automne 1995, tout en mettant en œuvre certains éléments du Plan d’action, l’Équipe de direction reçoit du Dr Jean une formation pédagogique comprenant 2 cours entiers de niveau maitrise. Les membres seront ensuite appelés à former l’ensemble des enseignants devant participer au volet francophone.

Fondation du Bureau des affaires francophones et sa composition : 

Le 5 novembre 1995, le Bureau des affaires francophones (BAF) est fondé pour mettre en place une structure et donner un point d’ancrage à l’Équipe de direction. En plus du Dr Pierre Jean qui en est le premier directeur (à temps partiel), le BAF est composé de quatre membres de l’Équipe de direction, Christine Rivet, Richard Bonin, Pierre Jacob et moi-même. Louise Nadeau nommée administratrice et coordonnatrice de projets ainsi que quatre étudiants francophones de la Faculté font également partie du BAF.

Mandat : 

Le mandat principal du Bureau est de mettre le programme d’études médicales en français en œuvre et de l’arrimer au volet anglophone pour ne créer qu’un seul programme d’études médicales comprenant 2 volets linguistiques. Ce mandat comprend de nombreuses tâches.

Mode de fonctionnement : 

Les membres du Bureau travaillent ensemble dans un esprit de collaboration, d’appui mutuel et de partage des tâches. Louise Nadeau est au cœur de toutes les activités du BAF et la contribution des quatre étudiants est considérable.

Changements dans l’équipe médicale : 

Le 1er juillet 1996 je suis nommée directrice adjointe du BAF et j’assume les fonctions du directeur durant ses absences à l’étranger (missions en tant que consultant international en formation et évaluation des personnels de santé). Pour parfaire mes connaissances en éducation médicale, j’entame aussi des études de maîtrise en éducation des professionnels de la santé (MHPE) à l’Université de l’Illinois à Chicago. Le 31 juillet 1997, le Dr Jean quitte la Faculté pour se consacrer à son travail de consultant international. J’occupe la direction du Bureau par intérim en attendant ma nomination officielle par le Comité de sélection de la Faculté en décembre 1997. En 1998 et 1999, le BAF recrute 4 nouveaux cliniciens-enseignants, les docteurs Lyne Pitre, Jean Roy, Denis Chauret et Manon Denis et ceux-ci reçoivent une formation générale en pédagogie médicale tout en travaillant à la mise en œuvre du Plan d’action.

Le contexte

  1. Accueil tiède du programme d’études médicales en français à la Faculté
    La Faculté ayant une longue tradition anglophone, les développeurs ont dû faire face à plusieurs défis lors de la mise en œuvre du programme d’études médicales en français. En voici quelques-uns : 1) incompréhension des besoins pour un tel programme du fait que les Franco-Ontariens sont généralement bilingues; 2) croyance que l’enseignement de la médecine doit se faire en anglais pour être de qualité; 3) refus fréquent des directeurs anglophones de partager le pouvoir avec les responsables francophones pour la direction des unités d’enseignement; 4) abolition du poste de vice-doyen des affaires francophones lors du départ du Dr Jean en juillet 1997; ceci place le volet francophone sous la gouverne d’un vice-doyen des études médicales et d’une doyenne adjointe des études de premier cycle anglophones qui ont d’autres priorités que de faciliter le projet de francisation.
     
  2. Menace de fermeture de l’Hôpital Montfort
    En février 1997, la Commission de restructuration des services de santé recommande de fermer Montfort. Cette recommandation menace directement les programmes de formation en santé en français. S’inspirant du Plan d’action, l’Équipe du Bureau rédige un document intitulé « Le rôle essentiel d’un hôpital communautaire d’enseignement francophone pour les programmes de la Faculté de médecine de l’Université d’Ottawa » qui démontre clairement que Montfort rencontre tous les critères pour soutenir ces programmes. Ce document est remis au recteur Marcel Hamelin qui le fait parvenir à la Commission au nom de l’Université. Cette intervention joue un rôle important dans la lutte pour la sauvegarde de Montfort.
     
  3. Création du Centre national de formation en santé (CNFS) à l’Université d’Ottawa
    En janvier 1999, dans le cadre de la crise de Montfort, le « Centre national de formation en santé » (CNFS) est créé à l’Université d’Ottawa. En retour de la formation de 30 futurs médecins et de 60 futurs professionnels des sciences paramédicales provenant des collectivités francophones minoritaires dans les provinces autres que l’Ontario, l’établissement reçoit du gouvernement fédéral un octroi substantiel étalé sur cinq ans, celui-ci étant renouvelable. Au sein du CNFS, le BAF devient responsable de la gestion de la composante médicale de ce programme. Ceci procure au BAF un financement précieux et élargit considérablement son mandat tout en donnant un rayonnement national au volet francophone du programme d’études médicales.

Principales réalisations du BAF au cours des 6 premières années

Mise sur pied du volet francophone du programme d’études médicales

Grâce au travail collectif de l’Équipe du Bureau, des responsables des cours et stages et du dévouement de l’ensemble des enseignants francophones, environ 90% des activités de formation sont offertes en français au programme de premier cycle lors de la fin de mon mandat le 30 juin 2001.

Formation pédagogique des enseignants

Un élément clé de la mise en œuvre du Plan d’action a été de donner une formation pédagogique à l’Équipe de direction dès le début. Celle-ci a ensuite été chargée d’offrir aux enseignants francophones une formation pédagogique adaptée à leur rôle auprès des étudiants. Cette mesure a eu un effet positif majeur sur l’engagement des enseignants envers le programme et sur la qualité des activités de formation.

Expansion du programme d’un niveau provincial à un niveau national

La création du « Centre national de formation en santé » en janvier 1999, rend le programme d’études médicales en français accessible à des candidatures provenant de toutes les collectivités francophones en milieu minoritaire au pays. Ceci contribue au rayonnement du volet francophone et élargit considérablement le mandat du Bureau.

Élaboration d’un plan opérationnel axé sur le « Développement et la recherche »

Au printemps 2000, la direction de la Faculté accepte de créer un poste de doyen adjoint au volet francophone. Elle propose de lui confier l’ensemble des tâches reliées aux programmes de formation médicale en français ainsi que le recrutement et la formation pédagogique des enseignants. Avec la création de ce poste, la direction ne voit plus l’utilité du BAF et propose de dissoudre son Équipe.

Le BAF s’oppose vivement à un démantèlement de son Équipe car le programme demeure fragile et beaucoup reste à faire pour le compléter et le consolider. À l’automne 2000, il prépare un document intitulé « Bureau des affaires francophones de la Faculté de médecine : Plan opérationnel pour le volet « Développement et Recherche » 2001-2005 » pour démontrer l’importance de maintenir les effectifs et les activités du BAF. Ce plan comprend 12 secteurs d’activités qui donneront plus de profondeur au volet francophone et permettront son épanouissement. 

Le document contribue à faire rectifier le mandat du poste de doyen adjoint, à maintenir l’intégrité de l’Équipe du BAF et sert de feuille de route pour celle-ci après l’entrée en poste du troisième directeur du BAF en juillet 2001.

Quelques mots pour conclure

Dès son origine, le Bureau s’est distingué par trois qualités : un engagement inébranlable envers la francophonie; une formation pédagogique approfondie de ses membres; une planification systématique de ses activités de formation, basée sur les besoins de santé de la population franco-ontarienne. Grâce à ces qualités il a survécu à vents et tempêtes durant la mise en œuvre du Plan d’action et a su garder le cap, celui de procurer aux collectivités francophones en milieu minoritaire des soins de santé de qualité dans leur langue. Nous avons raison de célébrer ensemble aujourd’hui!