Au-delà de la blouse souligne les motivations, les moments et les expériences qui façonnent le parcours scientifique unique de nos chercheurs. Dans cette édition, nous faisons un focus sur la recherche sur le cerveau, allant de la santé mentale à la neuroscience et aux maladies neurologiques, où nos scientifiques font progresser des découvertes qui approfondissent notre compréhension du cerveau et se traduisent par des améliorations concrètes dans les soins, le bien-être et la qualité de vie, au Canada et à l’international.

Le Dr Stephen Ferguson et décrypter la signalisation des RCPG dans les maladies neurodégénératives

Les travaux du Dr Stephen Ferguson (MCM) portent sur l’un des systèmes de communication les plus complexes du cerveau : les récepteurs couplés aux protéines G (RCPG). Ses recherches examinent la façon dont ces récepteurs interagissent avec des réseaux de protéines à l’intérieur et à l’extérieur de la cellule, et comment ces interactions façonnent la signalisation, tant normale que pathologique. Ses travaux actuels se concentrent sur les voies des récepteurs métabotropes du glutamate et leur rôle dans la maladie de Huntington et la maladie d’Alzheimer — deux affections où les perturbations de la communication neuronale ont des conséquences dévastatrices.

Un parcours personnel

Son intérêt pour la neurodégénérescence trouve son origine dans l’expérience vécue dès son plus jeune âge avec son grand-père atteint de la maladie d’Alzheimer. Cette expérience l’a orienté vers la recherche scientifique et l’a mis sur la voie d’un doctorat. Une fois au laboratoire, des découvertes inattendues sur la régulation de la signalisation des RCPG et des récepteurs du glutamate l’ont entraîné plus profondément dans l’étude des mécanismes moléculaires qui gouvernent le fonctionnement du cerveau. Ces « découvertes fortuites », comme il les décrit, l’ont engagé sur une trajectoire à long terme visant à comprendre comment les interactions entre récepteurs contribuent aux maladies de Huntington et d’Alzheimer.

Les mentors qui ont façonné son parcours

Bien qu’il ait grandi dans une famille médicale multigénérationnelle, c’est sa mère qui l’a encouragé à tracer sa propre voie, à l’écart de la médecine clinique. Sa première véritable occasion scientifique lui a été offerte par les Drs Ron Pokrupa et Antoine Hakim à l’Institut neurologique de Montréal, qui l’ont choisi — parmi de nombreux étudiants — pour travailler sur des projets d’imagerie cérébrale. Cette opportunité précoce a ouvert des portes qui, autrement, seraient peut-être restées fermées.

L’influence la plus déterminante demeure toutefois Dr Marc Caron, le scientifique canadien de renommée internationale à l’Université Duke. « Marc m’a donné la formation dont j’avais besoin pour bâtir une carrière de recherche réussie », souligne le Dr Ferguson. Son mentorat continue d’orienter son approche de la science et de la collaboration. 

Dr Ferguson nageant avec des requins
Dr Ferguson nageant avec des requins à Tahiti

Des conseils francs pour la relève

Le Dr Ferguson livre aux stagiaires des conseils directs, forgés par l’expérience :

  • Suivez les réponses auxquelles vous ne vous attendiez pas : le résultat imprévu est souvent la véritable découverte.
  • Évitez la surcharge administrative ; elle gruge le temps et la concentration que la recherche exige.
  • Ne romantisez pas à l’excès l’équilibre : « 95 % de la chance, c’est du travail acharné », affirme-t-il.
  • Des conseils empreints d’honnêteté, de pragmatisme et d’une compréhension lucide de ce qu’il faut pour bâtir une carrière scientifique.

Là où la curiosité rencontre le courage

À la question d’un fait amusant, il n’hésite pas : il préférerait « nager à Tahiti avec des requins fonçant droit sur ma tête plutôt qu’avec des dauphins roses dans l’Amazonie — parce que les dauphins mordent ! » Une image frappante, et un clin d’œil révélateur de son humour et de son audace — des qualités qui reflètent bien sa curiosité scientifique. 

Dre Meghan McConnell : comprendre la vie émotionnelle des professionnels de la santé

La Dre Meghan McConnell (DIEM) s’intéresse à une réalité que tous les professionnels de la santé vivent, mais que peu apprennent formellement à gérer : les émotions. Ses recherches portent sur la façon dont les émotions et le bien-être influencent la formation, l’évaluation et la performance des cliniciens. S’appuyant sur sa formation en psychologie cognitive, elle étudie l’impact des états émotionnels sur des processus cognitifs complexes — l’apprentissage, la mémoire, la prise de décision, la perception du risque et le développement professionnel. Par ces travaux, elle cherche à faire progresser une approche plus humaine de la formation en sciences de la santé, où l’expérience émotionnelle est reconnue comme une composante essentielle de la compétence et des soins.

Un regard personnel sur la compassion et son coût

L’intérêt de la Dre McConnell pour la vie émotionnelle des professionnels de la santé a pris racine bien avant sa carrière universitaire. Fille de médecin, elle a été témoin dès son jeune âge de la manière dont l’empathie — pourtant essentielle aux soins aux patients — peut avoir un coût invisible. Sa mère était une médecin d’une compassion remarquable, mais le poids émotionnel qu’elle rapportait à la maison était indéniable. Elle appartenait à une génération formée selon le modèle de la « compassion distante », une approche qui offrait peu d’outils pour composer avec les exigences émotionnelles de la médecine.

Ces impressions précoces ont accompagné la Dre McConnell jusqu’aux études supérieures. Durant son doctorat en psychologie cognitive, elle s’est penchée sur l’influence des émotions sur la pensée, la prise de décision et le comportement. Elle a toutefois rapidement compris qu’elle souhaitait aller au-delà du laboratoire et appliquer ces connaissances à des contextes concrets où l’expérience émotionnelle est déterminante. La médecine s’est imposée naturellement. Aujourd’hui, ses recherches reposent sur une idée simple : la compassion doit être une force durable pour les cliniciens, et non un fardeau porté en solitaire.

La Dre Meghan McConnell devant un pont
« La compassion devrait être une force que les clinicien·ne·s peuvent soutenir, et non un fardeau qu’ils portent seuls. »

Dre Meghan McConnell

— Pour une approche centrée sur l’humain où la compassion renforce les clinicien·ne·s.

Des mentors déterminants

La Dre McConnell tient à reconnaître les nombreux mentors qui ont façonné son parcours, notamment les Drs Kevin Eva, Tim Wood, Karmen Bleile, Vicki LeBlanc et Geoff Norman. Leur influence collective couvre la formation méthodologique, l’orientation conceptuelle et la confiance nécessaire pour explorer un champ de recherche situé au croisement de la psychologie, de l’éducation et de la pratique clinique. 

La beauté des faux pas

Son message aux chercheurs émergents est à la fois franc et encourageant : n’ayez pas peur de l’échec.

Le milieu universitaire attire souvent des personnes très performantes et perfectionnistes, qui ressentent une pression constante à exceller en tout. Or, souligne-t-elle, la véritable progression vient rarement de la prudence. Elle naît plutôt de la prise de risques, de l’exploration de nouvelles approches et de l’apprentissage tiré de ce qui ne fonctionne pas. « Donnez-vous la permission d’échouer », dit-elle. « Vous pourriez être surpris de jusqu’où cela peut vous mener. »

Grandir avec trois décennies de perspective

Et pour un aperçu de sa vie hors recherche, voici un fait amusant : la Dre McConnell a quatre frères nés sur trois décennies différentes — les années 1980, 1990 et 2000. Une véritable étude longitudinale intégrée des dynamiques fraternelles, marquée par des références culturelles, des personnalités et des étapes de vie très variées. Une chronologie familiale qui la garde les pieds sur terre — et qui l’amuse souvent beaucoup. 

Dr Georg Northoff : à la croisée du cerveau et de l’esprit

Les travaux de recherche du Dr Georg Northoff (Psychiatrie / Royal) se situent à l’intersection de la philosophie, des neurosciences et de la psychiatrie. Formé dans ces trois disciplines, il s’intéresse à l’une des questions les plus fondamentales de la science et de la médecine : comment le cerveau donne naissance à l’esprit. Ses recherches portent sur les phénomènes subjectifs — le soi, la conscience et les émotions — et sur les mécanismes par lesquels l’activité neuronale devient une expérience vécue.

Établi aujourd’hui à Ottawa après avoir amorcé sa carrière en Allemagne, le Dr Northoff aborde la relation cerveau–esprit non pas comme un problème pouvant être réduit à la biologie seule, mais comme une question nécessitant une intégration conceptuelle, clinique et empirique. Pour en savoir plus, Veuillez consulter le carrefour professionnel et académique consacré aux travaux du Dr Georg Northoff (disponible en anglais seulement).

Là où la philosophie rencontre la psychiatrie

Le parcours du Dr Northoff a été façonné très tôt par une fascination pour la philosophie et les grandes questions liées à l’expérience humaine. À une époque où les programmes formels en neurosciences n’existaient pas encore, il a choisi d’étudier la médecine parallèlement à la philosophie, la voie la plus directe pour explorer empiriquement le cerveau. La psychiatrie s’est alors imposée comme le domaine clinique naturel où l’esprit et le cerveau se rencontrent de la façon la plus directe.

Le travail auprès de patientes et patients en psychiatrie s’est révélé particulièrement déterminant. Leurs expériences — souvent intenses et atypiques — lui ont offert des perspectives profondes sur la manière dont le cerveau génère des états mentaux complexes. Pour le Dr Northoff, les patientes et patients ne sont pas seulement des personnes recevant des soins, mais aussi des enseignants essentiels pour comprendre l’esprit.

Dr Georg Northoff
« Pour comprendre l’esprit, nous devons relier les données empiriques du cerveau aux concepts qui donnent sens à l’expérience. »

Dr Georg Northoff

— Sur le lien entre le cerveau et l’esprit.

Explorer l’esprit par l’imagerie cérébrale

Parallèlement à sa formation clinique, le Dr Northoff s’est engagé dans le champ émergent de l’imagerie cérébrale. Ses premières expériences avec l’IRM fonctionnelle — à l’époque novatrices — ont confirmé que les neurosciences empiriques pouvaient aborder de façon rigoureuse des questions longtemps considérées comme relevant uniquement de la philosophie.

Au cours des dernières décennies, ses travaux ont visé à intégrer la psychiatrie, les neurosciences et la philosophie dans un cadre cohérent. Son modèle spatiotemporel propose que l’espace et le temps constituent une « monnaie commune » reliant l’activité neuronale et l’activité mentale. Cette approche fonde ce qu’il qualifie de neurophilosophie non réductrice — une approche méthodologique qui articule concepts et données empiriques sans réduire l’un à l’autre.

Apprendre de multiples voix

Lorsqu’on l’interroge sur ses mentors, le Dr Northoff évoque d’abord les patientes et patients en psychiatrie et leurs expériences vécues. Leurs perspectives continuent d’influencer sa réflexion sur la subjectivité, la maladie et les limites des explications strictement mécanistes de l’esprit.

Conseils à la relève

Son conseil est simple : demeurer curieux et ouvert. Pour réaliser de vrais progrès, souligne-t-il, il faut savoir s’ouvrir et prendre au sérieux des perspectives différentes — issues d’autres disciplines, rôles ou expériences de vie.

Le plaisir du cheminement

Au-delà des publications et des titres, le Dr Northoff puise sa motivation dans le processus même de la découverte scientifique. Pour lui, la véritable récompense réside dans la démarche de recherche — et dans ces moments rares où, pas à pas, les recherches commencent à révéler comment le cerveau et l’esprit interagissent, avec l’espoir d’avoir un impact positif sur les patientes et aux patients.