Au-delà de la blouse blanche met en vedettes les motivations, les moments clés et les expériences qui façonnent le parcours scientifique unique de nos chercheurs. Dans cette édition, nous faisons la lumière sur la recherche en maladies cardiovasculaires, couvrant la santé cardiaque et vasculaire, la prévention et les traitements, où nos scientifiques font progresser les connaissances sur les maladies cardiovasculaires et traduisent ces découvertes en meilleurs résultats, en une vie plus longue et en une meilleure qualité de vie au Canada et ailleurs.

La Dre Erin Mulvihill et la lutte contre les maladies cardiométaboliques

Les travaux de la Dre Erin Mulvihill (BMI / ICUO) portent sur les liens mécanistiques étroits entre les troubles métaboliques — tels que l’obésité, la dyslipidémie et le diabète de type 2 — et les maladies cardiovasculaires. Son laboratoire étudie les hormones peptidiques et les voies de gestion des lipides qui régulent la communication entre l’intestin, le pancréas, le foie et le cœur, afin de mieux comprendre comment les perturbations de ces systèmes contribuent à l’inflammation, à la dysglycémie et aux lésions cardiaques. En combinant la génétique murine, la biologie des peptides et des études mécanistiques des tissus cardiaques et vasculaires, son équipe cherche à identifier des voies biologiques communes pouvant être ciblées pour traiter le diabète et prévenir les complications cardiovasculaires.

De la découverte au doctorat à l’impact translationnel

Son parcours de recherche a débuté durant son doctorat dans le laboratoire de Murray Huff, à l’Université Western Ontario. Elle y a constaté de près l’influence déterminante du métabolisme lipidique et de l’inflammation sur la progression des maladies cardiovasculaires. Le soutien des programmes de formation des IRSC et de Cœur + AVC a renforcé son intérêt pour le potentiel translationnel de la recherche mécanistique.

Cette orientation s’est précisée lors de son stage postdoctoral auprès de Daniel Drucker, à l’Hôpital Mount Sinai. En travaillant à l’avant-garde de la biologie des incrétines, elle a vu comment des découvertes sur les hormones peptidiques pouvaient rapidement transformer les approches thérapeutiques — en dépassant le simple contrôle glycémique pour influencer le poids, l’inflammation et les résultats cardiovasculaires. Observer l’impact concret des agonistes du récepteur du GLP-1 a confirmé sa conviction : une compréhension approfondie de la physiologie fondamentale peut réellement transformer la prévention et le traitement des maladies cardiométaboliques. 

La Dre Erin Mulvihill et son fils lors de leur tournoi de softball
La Dre Erin Mulvihill et son fils lors de leur tournoi de softball

Des valeurs qui façonnent sa science et son mentorat

La Dre Mulvihill attribue à ses parents le mérite de lui avoir transmis un profond sens du service communautaire, de l’intégrité et de la fierté du travail bien fait. Ces valeurs continuent d’orienter sa démarche scientifique, sa pratique de la recherche et son engagement envers la formation de la prochaine génération de leaders.

Conseils à la relève scientifique

À celles et ceux qui amorcent une carrière en recherche, elle rappelle que la science ne repose pas uniquement sur des idées brillantes, mais sur la discipline nécessaire pour les transformer en observations rigoureuses. « Des contrôles adéquats, une interprétation réfléchie et un équilibre entre la préparation et l’expérimentation active sont essentiels », souligne-t-elle. Elle encourage également les chercheuses et chercheurs à apporter une valeur ajoutée à chaque équipe et à chaque projet, et à contribuer à renforcer les collaborations et les communautés, quelle que soit l’ampleur de leur rôle.

Leçons apprises sur le monticule

Un aspect d’elle que l’on ne retrouve pas sur son CV : elle a grandi comme lanceuse de softball et, l’été dernier, elle a entraîné l’équipe de son fils de 10 ans vers une victoire aussi inattendue qu’enthousiasmante en finale de consolation. Une expérience qui lui a rappelé, avec force, les valeurs qu’elle applique aussi au laboratoire : la persévérance, le mentorat et l’esprit de communauté. 

La Dre Deborah Siegal sur la réduction des risques à l’intersection de l’anticoagulation et de la transfusion

La recherche de la Dre Deborah Siegal (Médecine / IRHO) est guidée par une question pratique et pressante : comment prévenir les complications hémorragiques tout en assurant que les patients continuent de bénéficier des traitements anticoagulants essentiels ? Son programme se concentre sur l’amélioration de la sécurité des anticoagulants et l’optimisation des pratiques transfusionnelles—deux domaines au cœur des soins médicaux modernes mais toujours associés à des risques.

Grâce à des essais cliniques pragmatiques, à l’exploitation de vastes ensembles de données cliniques et à une collaboration solide avec les patients et les partenaires du système de santé, la Dre Siegal produit des connaissances directement applicables. Ses travaux contribuent concrètement à la prise de décision clinique et à l’élaboration des politiques, dans le but de rendre les soins plus sûrs, plus efficaces et plus durables, tant pour les patients que pour le système de santé.

Une perspective clinique sur un besoin non satisfait

Le parcours de la Dre Siegal dans ce domaine a été façonné par ce qu’elle a observé au chevet des patients. En tant qu’hématologue, elle a été témoin des conséquences graves, parfois dévastatrices, des complications hémorragiques liées aux anticoagulants. Même si ces médicaments sont largement prescrits, les données permettant d’en assurer l’usage le plus sûr restent limitées, notamment pour prévenir et gérer les saignements.

Elle porte la même attention aux pratiques transfusionnelles. Les produits sanguins sont une ressource limitée et vitale pour les patients subissant chimiothérapie, chirurgie ou autres traitements intensifs. Pour la Dre Siegal, réduire les transfusions inutiles n’est pas qu’une question d’efficacité : il s’agit de limiter les risques évitables pour les patients tout en garantissant la disponibilité des produits sanguins pour ceux qui en ont réellement besoin. Elle souligne que de nouvelles approches pour réduire les transfusions peuvent améliorer les résultats cliniques tout en allégeant la pression sur le système de santé. 

Dre Deborah Siegal avec ses trois chiens
« Les recherches les plus marquantes viennent des patients que nous rencontrons chaque jour.  »

Dre Deborah Siegal

— sur ses conseils à la prochaine génération de chercheuses et chercheurs

Un mentorat fondé sur le sens et la perspective

En parlant de mentorat, la Dre Siegal évoque les nombreuses personnes—dans le domaine médical, scientifique et au-delà—qui ont façonné sa façon d’aborder sa carrière. Ces mentors l’ont encouragée à poser des questions cliniquement pertinentes, à remettre en question le statu quo avec rigueur et humilité, et à rester curieuse même lorsque les réponses n’étaient pas immédiates.

Ils lui ont aussi montré l’importance de la collaboration—en élargissant les opportunités et l’impact par le partage des connaissances—tout en l’aidant à développer une identité professionnelle claire. Et surtout, ils lui ont rappelé la valeur de réfléchir stratégiquement sans jamais perdre de vue l’objectif final : produire des recherches qui font une réelle différence pour les patients.

Des conseils ancrés dans la clinique

Son conseil pour la prochaine génération de chercheuses, chercheurs et cliniciennes-chercheurs est simple et direct : la recherche la plus porteuse de changements commence avec les patients que nous rencontrons chaque jour. Les questions non résolues dans les soins de routine recèlent souvent le plus grand potentiel pour améliorer concrètement la pratique médicale—à condition de prendre le temps d’écouter attentivement et d’y répondre avec rigueur.

Une vie bien remplie… et bien menée

En dehors de la recherche et de la clinique, l’instinct de soin de la Dre Siegal ne s’éteint jamais. Elle partage sa maison avec trois chiens—un trio qui rythme ses journées, structure ses routines et lui permet de maintenir son équilibre personnel. C’est une autre forme de responsabilité, mais qui lui offre quotidiennement perspective, structure et activité en dehors de l’hôpital et du laboratoire. 

Dre Kerri-Anne Mullen : faire progresser la prévention cardiovasculaire et la santé cardiaque des femmes

Les travaux de la Dre Kerri-Anne Mullen (ÉÉSP / ICUO) se situent à l’intersection de l’épidémiologie, de la science de la mise en œuvre et de la prévention des maladies cardiovasculaires. Elle s’intéresse à l’amélioration des stratégies de prévention, à l’avancement de la santé cardiovasculaire des femmes et au renforcement des interventions de cessation tabagique — un domaine où les données probantes, l’accès et les résultats sont encore insuffisants. Son objectif est de combler ces lacunes en veillant à ce que les efforts de prévention reposent sur une science rigoureuse et répondent véritablement aux besoins de populations de patients diverses.

Là où la prévention prend racine

Sa passion pour la prévention a pris forme durant ses études de premier cycle, mais c’est son « premier vrai emploi » qui a orienté sa carrière. À titre de coordonnatrice de recherche à la Division de prévention et de réadaptation de l’Institut de cardiologie de l’Université d’Ottawa, elle a développé un engagement profond envers la prévention des maladies cardiovasculaires, particulièrement en matière de cessation tabagique.

Son intérêt pour la santé cardiaque des femmes s’est intensifié avec la création du Centre canadien pour la santé cardiaque des femmes. Constatant les disparités persistantes — diagnostics tardifs, sous-reconnaissance des symptômes et faible participation des femmes à la recherche — elle a renforcé sa détermination à promouvoir une science qui serve mieux les femmes.

La Dre Kerri-Anne Mullen avec son équipe
La Dre Kerri-Anne Mullen avec son équipe

Les personnes qui ont façonné son parcours

La Dre Mullen reconnaît avec gratitude le vaste réseau de mentors et de partenaires qui ont influencé son travail et sa vision.

  • Sa grande sœur et son conjoint, le Dr Bob Reid, lui ont offert ancrage, encouragement et regard critique.
  • Le Dr Andrew Pipe, ancien chef de la Division de prévention et de réadaptation, a nourri sa passion initiale pour la cessation tabagique.
  • « Les Doug » — le Dr Doug Manuel, son directeur de doctorat, et le Dr Doug Coyle, son mentor en économie de la santé — l’ont guidée à travers les complexités de la santé des populations et de l’évaluation économique.
  • Le Dr George Wells, mentor brillant, humble et profondément bienveillant, stimule son côté analytique et influence sa façon d’aborder les problèmes.
  • La Dre Donna Pettey, leader en santé mentale communautaire, a élargi sa perspective et renforcé son engagement envers la justice sociale.
  • Les Dres Thais Coutinho et Sharon Mulvagh, figures de proue en santé cardiaque des femmes, sont des collaboratrices clés en recherche et en défense des intérêts.
  • Et surtout, de nombreux partenaires patients — dont Helen Robert, Marion Martell, Jennifer Monaghan et Jackie Ratz — dont l’expérience vécue continue de façonner ses questions de recherche, ses priorités et son approche.

Ensemble, collègues, proches et partenaires patients constituent une communauté qui ancre son engagement envers la science de la prévention.

Principes directeurs pour la relève

Son conseil à la prochaine génération est à la fois simple et constant :

Restez résolument curieux et ancrés dans les expériences réelles des personnes que vous cherchez à servir.

Les outils scientifiques et les tendances évoluent, mais l’essence d’un travail porteur de sens — écouter attentivement, aborder les problèmes avec humilité et laisser les expériences des prestataires, des patients et des communautés guider le programme de recherche — demeurera toujours pertinente.

Mettre en pratique ce qu’elle étudie

Petit fait peu connu : depuis près de vingt ans, elle se rend au travail de façon active — à pied, à vélo ou à la course. Pluie, neige ou soleil, elle cumule les kilomètres. C’est à la fois un mode de vie et un engagement quotidien discret envers les principes mêmes de prévention qu’elle étudie.