Des sacrifices qu’on n’oublie pas… et des vies à reconstruire

Publié le dimanche 29 octobre 2017

Hélène LeScelleur, souriante, en tenue de combat. Derrière elle, un véhicule militaire.

Hélène LeScelleur (M.S.S., 2014) s’est jointe aux forces armées à l’âge de 17 ans, après la levée de l’interdiction concernant les femmes dans l’infanterie. Elle y a servi pendant 26 années. Photo fournie par H. LeScelleur

Par Linda Scales

Le vendredi 10 novembre, à 9 h 30, l’Université d’Ottawa marquera le jour du Souvenir par une cérémonie sur les marches du pavillon Tabaret. À cette occasion, la capitaine retraitée Hélène LeScelleur prononcera une allocution sur les sacrifices des hommes et des femmes qui combattent dans l’armée.

Mme LeScelleur a servi pendant plus d’un quart de siècle dans les Forces armées canadiennes. Elle a intégré celles-ci à l’âge de 17 ans, lorsque l’interdiction pour les femmes de servir dans l’infanterie a été levée. En 2007, elle a été blessée en Afghanistan lors d’une explosion. Une dizaine d’années plus tard, elle a été libérée du service militaire pour des raisons médicales.

Actuellement doctorante à la Faculté des sciences sociales, Mme LeScelleur a participé aux Jeux Invictus de Toronto en 2017 dans diverses disciplines : athlétisme, aviron et rugby en fauteuil roulant. Voici quelques extraits de ce qu’elle a confié récemment à La Gazette.

Poursuite inattendue d’un doctorat

Je n’avais pas prévu dans ma vie de faire des études doctorales, mais certaines personnes à l’Université d’Ottawa pensaient que j’avais du potentiel. À l’époque, je ne croyais pas en moi, car j’avais été libérée du service militaire pour des raisons médicales et je ne me sentais pas assez capable. Quand j’ai constaté qu’il y avait des gens qui croyaient en moi, cela a été une révélation. C’était ma situation, à l’instar de beaucoup d’anciens militaires autour de moi.

Ma recherche porte sur les membres du personnel militaire canadien qui souffrent de traumatismes liés au stress opérationnel et qui doivent se réinsérer dans la vie civile, mais rencontrent des difficultés pour reconstruire leur identité. Aujourd’hui, la tendance veut qu’on mette l’accent sur l’aspect vocationnel de cette transition. Mais il faut prendre en compte que de nombreux jeunes gens entrent dans l’armée à peine adultes et qu’ils n’ont connu que cette vie-là. Alors, le « retour à la vie civile », c’est bien plus complexe qu’on ne pense. J’ai même connu des personnes qui se sont suicidées parce qu’elles se sentaient complètement perdues.

Trouble de stress post-traumatique

Toute ma vie je serai en train de lutter contre cela. J’ai réussi à trouver des stratégies d’adaptation, car je sais que des circonstances peuvent se manifester à tout moment et entraîner des rechutes. Mais je sais que je suis mieux équipée à présent pour les surmonter. Avec ce genre de traumatisme, on doit trouver une stabilité, adopter des habitudes saines et poursuivre sa vie. Il ne faut pas se laisser définir par le traumatisme.

Hélène LeScelleur et un joueur adversaire, chacun dans un fauteuil roulant, se disputent un ballon.

En septembre dernier, Hélène LeScelleur a représenté le Canada aux Jeux Invictus de Toronto. Elle a participé aux compétitions d’athlétisme, d’aviron et de rugby. Photo : Stephen J. Thorne, revue Légion

Jeux Invictus

Je suivais une thérapie et je prenais des médicaments pour m’aider dans ma récupération quand j’ai reçu la lettre d’acceptation pour participer aux Jeux Invictus en tant que membre de l’équipe canadienne. C’était le coup de pouce dont j’avais besoin pour propulser ma vie.

Les Jeux mettaient moins l’accent sur la conquête de médailles que sur l’union du groupe et la redécouverte de la camaraderie : ils réunissent des personnes qui luttent dans l’isolement contre des traumatismes physiques et psychiques.

Le rugby en fauteuil roulant m’a fait peur au début à cause des chocs entre les fauteuils métalliques. Je craignais que cela ne ravive les séquelles psychiques de l’explosion en Afghanistan. J’avais également un peu honte, car je ne suis pas physiquement handicapée et je ne voulais pas avoir l’air de minimiser la situation d’autres personnes. Toutefois, les équipes d’Invictus doivent être composées à la fois de gens qui ont des blessures physiques et de gens qui ont des blessures psychiques. Et puis, comme j’aime le sport, je continue de jouer avec le club de rugby-fauteuil Ottawa Stingers — et en 2018, j’aimerais participer aux Jeux Invictus de Sydney (Australie).

Cérémonie du jour du Souvenir à l’Université d’Ottawa

Mon message commencera par l’importance de se souvenir des vies que nous avons perdues, mais il portera ensuite sur celle d’accorder une place aux blessés, de les reconnaître pour ce qu’ils sont individuellement, au lieu de les amalgamer par rapport à leurs blessures uniquement.

Nous voulons que nos sacrifices soient reconnus, sans pour autant qu’on s’apitoie sur nous. On peut ne pas être d’accord avec la mission de l’armée, mais rien n’empêche de respecter les personnes qui choisissent d’embrasser une carrière militaire et qui sont prêtes à donner leur vie. Le General Jon Vance a récemment souligné les efforts entrepris par l’armée (article en anglais, ndlr) pour inclure ceux et celles qui ne peuvent être déployés, mais qui peuvent encore travailler pour elle, et c’est quelque chose qui devrait à la longue favoriser un regard différent sur le service militaire.

Cérémonie nationale du jour du Souvenir

Je vais essayer d’y aller, bien que les foules et les armes à feu sont de puissants déclencheurs pour moi. Je n’y suis pas allée depuis 2008, quand j’étais aide de camp de l’ancienne gouverneure générale, Michaëlle Jean. J’ai eu beaucoup de mal à résister à cette journée, car ma vie était alors profondément bouleversée.

Quand on a servi dans les forces armées, on ne peut ignorer le jour du Souvenir. À l’époque où je suis entrée dans l’armée à 17 ans, je me trouvais à Montréal pour la cérémonie. Je me demandais pourquoi les gens pleuraient encore après toutes ces années. Aujourd’hui, je sais.


Hélène LeScelleur prendra part au panel de discussion sur le trouble de stress post-traumatique qui aura lieu le 8 novembre dans le cadre de la Série de conférences Shawn-et-Khush-Singh et qui mettra en vedette le lieutenant-général retraité Roméo Dallaire, affiche maintenant complet.

Vue aérienne des participants aux Jeux Invictus Games à Rideau Hall.

En plus de poursuivre un doctorat, Hélène LeScelleur travaille comme bénévole pour Wounded Warriors Canada, un organisme de soutien aux vétérans. Elle essaie de trouver des moyens pour aider les soldats à réintégrer la vie civile. Photo : Cabinet du gouverneur général

Haut de page