Rencontre avec le nouveau doyen de la Faculté d’éducation

Publié le jeudi 23 février 2017

Richard Barwell

« Si l’éducation nous apprend quelque chose, c’est bien à poser des questions » — Richard Barwell. Photo : Andrea Campbell

Par Kelly Haggart

Arrivé à l’Université d’Ottawa en 2006, Richard Barwell a occupé la fonction de directeur du programme d’études supérieures (volet anglophone) de la Faculté d’éducation de 2012 à 2016. Il avait auparavant été enseignant de mathématiques au secondaire en Angleterre, son pays natal, bénévole au Pakistan avec l’organisme VSO et chargé de cours en éducation à l’Université de Bristol. La Gazette s’est entretenue avec le tout nouveau doyen de l’Université pour en savoir plus sur son parcours.


Où résidiez-vous au Pakistan, et en quoi consistait votre travail?

Les plaines d’Islamabad et la Chine sont reliées par une route qui serpente à travers les montagnes. J’étais environ aux trois quarts de la distance qui sépare les deux points, à quelque 7 500 pieds d’altitude, dans la vallée de Hunza. J’y suis resté trois ans. Comme l’Internet n’existait pas encore, je correspondais avec ma famille par lettres, qui mettaient d’ailleurs deux semaines pour se rendre à destination. La région comptait 15 écoles fondées par des citoyens qui souhaitent voir leurs enfants éduqués en anglais. Pendant ma première année, j’ai enseigné les mathématiques et la science dans l’une d’elles.

On m’a ensuite demandé de créer et de diriger un centre de ressources pour ces écoles réparties dans différents villages le long de la vallée de Hunza. La Fondation Aga Khan, responsable d’un autre réseau d’écoles dans la région, m’a prêté un véhicule utilitaire pour que je puisse me présenter dans les écoles avec des caisses de livres et d’équipement scientifique à emprunter. J’ai aussi organisé des ateliers pour les enseignants de la région.

Comment vous êtes-vous intéressé au rôle de la langue dans l’apprentissage et l’enseignement des mathématiques?

De nombreuses langues sont couramment parlées au Pakistan – j’ai d’ailleurs appris à bien me débrouiller en deux d’entre elles. Dans le cadre de mon travail, j’enseignais les mathématiques à des enfants qui parlaient une ou deux de ces langues à la maison, en plus de connaître l’urdu, la langue nationale. Les enfants parvenaient manifestement à apprendre les concepts mathématiques en anglais – leur troisième ou quatrième langue –, mais je me demandais comment ils y arrivaient. J’en ai fait le sujet de ma thèse, en articulant mes recherches sur les enfants au Royaume-Uni qui ne parlaient pas anglais à la maison.

On perçoit parfois l’apprentissage dans une deuxième langue comme un désavantage, mais je voulais aborder la question d’un angle positif et non sous celui de la barrière linguistique. J’ai commencé à observer de quelles façons les enfants parviennent à saisir les concepts mathématiques, et ce, même dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas encore. Pour les enseignants, l’objectif consiste non pas à simplifier le langage complexe des mathématiques, mais plutôt à aider les élèves à embrasser cette complexité en faisant appel à leurs connaissances du monde et de la langue en général.

Certaines de vos recherches établissent une connexion entre l’enseignement des mathématiques et les changements climatiques. En quoi ces sujets sont-ils liés?

Je me préoccupe depuis longtemps des questions environnementales et de développement durable. Devant l’ampleur de la désinformation sur les changements climatiques, je ne pouvais faire autrement que d’agir. Je me suis donc demandé quels concepts mathématiques les citoyens doivent comprendre pour les inciter à se mobiliser comme ils se devraient à cet égard.

Somme toute, les mathématiques des changements climatiques n’ont rien de sorcier – c’est une question de moyennes et de probabilités. Ensuite, il faut comprendre les bases de la modélisation. Confrontés aux données qu’on leur présente sur les changements climatiques, les citoyens mobilisés doivent être en mesure de poser les bonnes questions pour pouvoir reconnaître les affirmations douteuses. Les enseignants en mathématiques peuvent préparer les enfants à devenir ces citoyens mobilisés. Mes collègues et moi travaillons à sonder des enseignants en mathématiques en Ontario et en Norvège pour découvrir s’ils abordent ce sujet dans leurs cours et, le cas échéant, savoir de quelle façon ils s’y prennent.

De quelle façon la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa se distingue-t-elle?

Notre Faculté existe déjà depuis un certain temps – elle célèbre cette année son 50e anniversaire. Grâce à nos programmes en français et en anglais, nous formons le plus grand nombre d’enseignants qualifiés employés par les écoles franco-ontariennes. Nous comptons aussi des campus à Ottawa, à Toronto et à Windsor. Notre savoir-faire en apprentissage en ligne se traduit par un programme intégral en ligne de formation à l’enseignement en français, de même que par une maîtrise professionnelle dans les deux langues. Nous proposons des programmes de maîtrise, de doctorat et de perfectionnement professionnel. Nos professeurs et bon nombre de nos 650 étudiants aux cycles supérieurs travaillent en outre sur une multitude de projets de recherche absolument fascinants de portée de plus en plus internationale.

Nous faisons aussi classe à part en raison du nombre de partenariats que nous entretenons. Nous collaborons avec le ministère de l’Éducation, les conseils scolaires de la région, les hôpitaux, les organismes qui représentent la francophonie canadienne et les communautés autochtones – nous avons tissé des liens particulièrement étroits avec la Première Nation Kitigan Zibi Anishinabeg. L’un de nos partenariats à l’échelle internationale, un programme de perfectionnement professionnel pour les enseignants d’anglais de l’ouest rural de la Chine, s’élargira cet été pour accueillir près du double des étudiants reçus l’an dernier.

Selon vous, de quelle façon l’éducation évoluera-t-elle au-delà du présent?

Avec la numérisation, la mondialisation et les risques tels que les changements climatiques, le monde change si rapidement que l’éducation doit se concentrer davantage sur la pensée critique, la démocratie et la citoyenneté. Nous devons enseigner le vivre-ensemble et fournir aux gens les outils dont ils ont besoin pour prendre part aux débats démocratiques et comprendre les choix qu’ils effectuent, tant sur le plan politique que dans leur vie quotidienne. Pour y arriver, ils doivent savoir quelles questions poser – et si l’éducation nous apprend quelque chose, c’est bien à poser des questions.

Richard Barwell a notamment publié Teaching Secondary Mathematics as if the Planet Matters (en anglais seulement) et le court résumé de recherche L’ALS en classe de mathématiques.

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