Le Département d'English accueille le premier écrivain en résidence autochtone

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Jay Odjick
Un entretien avec Jay Odjick, premier écrivain en résidence autochtone du Département d'anglais de l'Université d'Ottawa.

Le Département d’English de l’Université d’Ottawa est fier d’accueillir Jay Odjick à titre d’écrivain en résidence officiel pour le trimestre d’automne 2023. Auteur anichinabé, Jay Odjick est également artiste et producteur de télévision. Ayant grandi à distance de marche d’une boutique de bandes dessinées, il a passé une grande partie de son enfance le nez dans des histoires de superhéros.

« J’ai fini par m’apercevoir qu’aucun des héros que je voyais ne me ressemblait ou ne parlait comme moi. C’est pourquoi ma première bande dessinée mettait en vedette un superhéros autochtone : Kagagi, dit Le Corbeau. Je dirais que, par-dessus tout, ce qui m’a inspiré, c’était la trop faible présence de mes semblables dans les œuvres de fiction et la culture populaire. Je voulais remédier à la situation. »

Façonné par son expérience de lecteur de bandes dessinées, Jay Odjick cherche depuis toujours à incorporer des influences anichinabées dans ses œuvres. Par exemple, même si sa bande dessinée Kegagi n’a été publiée qu’en anglais, lui et son équipe ont créé trois versions de l’émission de télévision qu’elle a inspirée, avec des sous-titres pour chaque épisode : une en anglais, une à environ 20 % en anichinabémowin/algonquin, et une entièrement en algonquin.

« Je me suis rendu compte qu’on avait la possibilité de fournir une vraie ressource aux jeunes et moins jeunes qui veulent apprendre la langue. Cependant, on n’avait pas les fonds nécessaires. J’ai donc dû assumer tous les coûts : enregistrement des voix hors champ, temps en studio, traduction, etc. Le plus difficile a été de trouver une entreprise capable de sous-titrer une émission en algonquin, une langue que personne ne parlait à Washington. »

Les rencontres de Jay Odjick avec des membres de la communauté anichinabée ont renforcé ses convictions quant à la représentation des personnes autochtones et l’ont encouragé à redoubler d’efforts pour accroître l’accessibilité des langues autochtones.

« Ce qui m’a fait comprendre toute l’importance que ce travail pouvait avoir, c’est ma rencontre avec un autochtone assez âgé, probablement septuagénaire. L’homme m’a demandé : “Êtes-vous le type des dessins animés?” Je lui ai dit : “Oui, c’est moi. Les regardez-vous?” Il m’a alors répondu : “Oui, je les regarde. Aujourd’hui, c’est la seule occasion que j’ai d’entendre ma langue.” »

Après l’émission, Jay Odjick a illustré deux livres de Robert Munch : Black Flies et Bear for Breakfast. Tous deux ont été publiés en français, en anglais et en anichinabémowin.

Bear for Breakfast est devenu le premier bestseller national en langue autochtone. La version en anglais et anichinabémowin s’est d’ailleurs beaucoup mieux vendue sur Amazon que la version uniquement anglaise.

Jay Odjick nourrit une passion dévorante non seulement pour la préservation de la langue, mais aussi pour la création d’outils permettant de l’apprivoiser.

« Le livre de Munch s’adresse à un très jeune lectorat. Le texte est simple et répétitif, il fait découvrir la langue d’une manière qui n’est pas trop compliquée. Scholastic a même eu l’amabilité de faire paraître un livre audio qui facilite l’apprentissage de la prononciation. »

Notons que Jay Odjick a lancé sur Twitter une initiative de revitalisation de la langue. Dans ses publications (« le mot algonquin du jour »), il accompagne un mot anglais d’une illustration et d’une traduction en algonquin.

Sans nier les avantages d’Internet, il craint l’influence des médias sociaux sur les jeunes. La crise d’Oka, en juillet 1990, a marqué un tournant dans la vie de Jay Odjick, qui avait alors 14 ans. Jusque-là, il avait été témoin à maintes reprises de tensions entre la réserve et la petite ville voisine. Cependant, son monde a basculé lorsqu’il a vu des effigies de personnes autochtones brûlées à Montréal, l’une des plus grandes villes du pays.

« Les jeunes d’aujourd’hui ne découvriront pas ces tensions à 14 ans. Ils les découvrent dès qu’ils s’aventurent sur le Web et voient les commentaires dans les médias sociaux. Je me suis toujours demandé comment ces jeunes vivaient cette hostilité. Je ne sais pas comment ils font pour composer avec ça. »

Il espère aussi découvrir ce qui passionne les étudiantes et étudiants et leur façon de voir le monde, tout en encourageant les autrices et auteurs à suivre leurs intuitions et à essayer différents styles d’écriture.

« Il y a plus d’une manière d’écrire. Tu dois juste trouver celle qui te convient. Le fait est que, j’ai beau essayer, mais je ne peux pas voir le monde à travers tes yeux. Si tu utilises ta voix, tu joueras mieux que quiconque ton propre rôle. C’est ce qui compte le plus. Si je pouvais faire comprendre à une seule personne qu’elle n’a pas à se conformer à tel ou tel style d’écriture et qu’elle peut faire comme bon lui semble, je serais comblé.

À titre d’écrivain en résidence, Jay Odjick espère discuter avec d’autres autrices et auteurs de leurs projets et les éclairer sur le volet commercial de l’édition.

« Ne vous laissez pas intimider par cet Autochtone costaud et tatoué. Ma porte est grande ouverte. Venez me parler, même si c’est à propos de l’écriture en général, et non d’un projet en particulier. Il faut beaucoup de temps pour découvrir son identité et trouver sa place. Je suis toujours partant pour donner un coup de main et expliquer ma vision artistique ou commerciale. »

Jay Odjick est au pavillon Hamelin, pièce 352, tous les jeudis de 13 h à 16 h. N’hésitez pas à lui rendre visite pour parler d’écriture, de dessin, d’édition ou de la vie en général.