Mobilisation communautaire du mouvement de libération des femmes au Canada

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Bibliothèque

Par Michelle Lalonde

Storyteller-in-Residence, uOttawa Library

International Women’s Day (IWD) Committee at 1981 IWD demonstration in Toronto.
Comité de la Journée Internationale des femmes (JIF). JIF de 1981 à Toronto. Collection des ACMF, 10-001. © Archives et collections spéciales
À l’été 1974, Judith Quinlan et Ellen Woodsworth réaménagèrent un autobus scolaire et prirent la route à bord d’un véhicule rouge vif qu’elles nommèrent Cora.

Les deux jeunes femmes écrivaient pour le tout nouveau journal féministe appelé The Other Woman et lisaient une littérature des plus enthousiasmantes à la librairie nommée Toronto Women’s Bookstore qui venait d’ouvrir ses portes. Elles sentirent alors le besoin de propager au-delà de la Ville-Reine, les nouvelles d’un mouvement de femmes en plein essor.  

« J’ignore qui a eu l’idée en premier. Ce que je sais, c’est qu’en lisant le journal, on commençait à réaliser qu’il existait tout un monde à l’extérieur de Toronto, se rappelle Judith Quinlan. Au début, il y avait une vraie effervescence dans les grandes villes, mais les femmes des plus petites municipalités, elles, se trouvaient complètement isolées. Elles expérimentaient tout ce contre quoi nous nous révoltions. Au décès de leur mari, elles ne recevaient pas un sou... Si elles souhaitaient avorter, cela leur était quasiment impossible. Nous avons donc décidé que nous voulions entrer en relation avec les femmes des petites villes et comme la librairie était en train de démarrer, nous avons pensé "eh bien, nous allons amener la librairie dans les petites villes ». 

Grâce à une subvention du gouvernement, elles ont pu transformer un vieil autobus scolaire en bibliothèque mobile. Elles avaient installé à l’avant deux banquettes face à face, quelques présentoirs de magazines, des bacs de livres, puis un lit à l’arrière. À bord de ce bibliobus baptisé Cora – un clin d’œil à la suffragette et pionnière E. Cora Hind –, elles ont sillonné les campagnes de l’Ontario et du Québec pendant deux étés. Elles se garaient dans des parcs, des foires, des centres-villes et autres endroits achalandés, puis plaçaient leur écriteau « ouvert » dans une des fenêtres du véhicule. Parfois, personne ne se présentait, se rappelle Judith Quinlan. D’autres fois les femmes venaient en grands nombres, occasionnellement quelques hommes, montant à bord pour bouquiner et discuter.  

Judith Quinlan, Ellen Woodsworth and Boo Watson standing by the CORA Bookmobile.
Judith Quinlan, Ellen Woodsworth et Boo Watson. 1974. Collection des ACMF, 10-001. © Archives et collections spéciales

Dans une photo en noir et blanc datant de cet été-là, Judith Quinlan, les mains sur les hanches dans sa salopette de denim à pattes d’éléphant, se tient en arrière du bibliobus en compagnie d’Ellen Woodsworth et de Boo Watson, une autre jeune militante. Elles ont toutes les trois un large sourire. Sur le flanc du bibliobus, est peint en gros caractères : « Women’s liberation bookmobile ».  Une pancarte manuscrite collée sur la vitre arrière indique « Wages for Housework » (Salaires pour les travaux ménagers). 

Cette photographie est conservée dans les Archives des femmes de la Bibliothèque Morisset de l'Université d'Ottawa, avec de nombreux autres documents qui évoquent l‘histoire du bibliobus, du journal et de la librairie. En effet, vous trouverez dans la collection des Archives des femmes des dossiers qui documentent plus de 350 organisations et initiatives locales, des documents personnels de centaines de Canadiennes et de Canadiens qui ont participé à ce qu'on a appelé la « deuxième vague » du mouvement féministe. La plus grande collection de publications et de bulletins féministes au Canada, comprenant plus de 1 400 titres, complète cet ensemble. 

Pat Leslie in front of Women's Movement Archives. "Faces of Feminism".
Pat Leslie devant les Archives du mouvement des femmes. "Visages du féminisme". Fonds Pamela. Bibliothèque et Archives Canada, Ref. 3348525. © Pamela Harris

Cette collection éclectique d’une grande richesse a été rassemblée à l’initiative de Pat Leslie, ex-rédactrice en chef du journal The Other Woman. Lorsque cette publication a cessé d'exister à la fin des années 70, Pat Leslie et ses collègues ont décidé de conserver ses numéros et ses dossiers connexes, en tant que documents témoignant de l’essor du mouvement des femmes. Elles ont écrit à d'autres organes de presse et organisations féministes au Canada pour leur demander des exemplaires de leurs publications et de leurs dossiers.  

 « Un document d’archives est quelque chose de plus qu'une feuille de papier », écrivait Leslie en 1980. « C'est un morceau vivant de notre histoire. Devons-nous permettre à nos filles de subir les mêmes épreuves que nous parce que nous avons négligé d'assurer la continuité des idées ? Garder des morceaux de papier 'inutiles' n'est jamais une perte de temps. Rien, rien de ce qui se rapporte au mouvement ne doit être jeté. »  

En 1983, la collection était devenue trop volumineuse pour l’appartement de Leslie. Un groupe de femmes intéressées par l'expansion et le catalogage de la collection s'est joint à Leslie et son équipe pour former les Archives canadiennes du mouvement des femmes (ACMF). Ce collectif a réuni des fonds, puis loué un local afin d’y déménagé la collection pour la mettre à la disposition des chercheurs. En 1992, la collection a été donnée dans son intégralité à la Bibliothèque de l’Université d’Ottawa. 

Rassembler et préserver les archives de la deuxième vague, qui a déferlé de la fin des années 60 au début des années 90, était et reste un défi de taille.  La « vague » était en fait constituée de centaines de milliers d’initiatives entreprises par des individus et des groupes dans tout le pays. Sans la commodité des téléphones cellulaires ou d’Internet, ces féministes ont attiré l’attention de la population sur les conditions des femmes, une réunion, une marche, une collecte de fonds à la fois. Elles tenaient des séances d’information et de sensibilisation, mettaient sur pied des centres et des refuges pour femmes, fondaient des groupes de défense des droits, rédigeaient des bulletins d’information et insufflaient l’agitation populaire, le tout sur fond de culture d’après-guerre où l’on traitait avec hostilité les femmes qui élevaient la voix ou en demandaient plus. 

Image: Nancy Adamson, Susan Genge, Sandy Fox and Pat Hughes.
Image : Nancy Adamson, Susan Genge, Sandy Fox et Pat Hughes. Toronto. 1981. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

« Nous discutions de l’état du monde et réfléchissions à la manière dont nous pourrions apporter du changement une aiguille à la main. »

Nancy Adamson

Image : Nancy Adamson, Susan Genge, Sandy Fox et Pat Hughes. Toronto. 1981. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

Nancy Adamson était étudiante au doctorat en histoire à l’Université de Toronto lorsqu’elle a rejoint l’équipe des ACMF en 1983. Elle-même militante, Adamson estimait important que les voix des femmes engagées en dehors du milieu universitaire et du gouvernement soient archivées.  

« Ce qui fait la particularité des Archives du mouvement canadien des femmes, c’est qu’on s’est efforcées au travers elles de refléter une image fidèle du mouvement », affirme-t-elle.  

Cela signifiait parfois conserver, par exemple, un bout de papier qui faisait référence à un événement organisé dans une petite municipalité du nord de l’Ontario. Les dossiers incomplets ou qui ne comptaient qu’un seul document n’étaient pas jetés; la collection avait été conçue en vue d’être continuellement enrichie. 

« Nous avons recueilli toutes les bribes d'information que nous avons pu trouver sur les organisations de femmes. Nous les avons conservées, nous les avons cataloguées sous leur nom de groupe. L’ensemble de la documentation se trouve maintenant à l'Université d'Ottawa pour que tout le monde puisse lire ces histoires et ainsi découvrir toute l'activité qui se déroulait durant la deuxième vague du mouvement des femme ", rapporte Nancy Adamson. "Bon, pas tout", ajoute-t-elle, mais même un bout de papier peut servir « d’indice sur l'endroit où aller pour en apprendre davantage ». 

Ce que Nancy Adamson apprécie le plus, outre la façon peu conventionnelle dont la collection a été constituée, est la nature de certains objets qui la constitue : des bannières, des t-shirts, des macarons et d’autres documents éphémères. Elle se souvient d'une réunion à Toronto, au début des années 80, au cours de laquelle les membres du comité de la Journée internationale de la femme ont cousu une bannière qui fait maintenant partie de la collection. 

« Nous discutions de l’état du monde et réfléchissions à la manière dont nous pourrions apporter du changement une aiguille à la main », dit-elle. « Ce genre de représentation fait contraste avec les stéréotypes véhiculés sur les féministes, du moins à cette époque, comme étant brusques et endurcies. Nous pouvions nous montrer sous ce jour-là, mais nous pouvions tout aussi bien se réunir et fabriquer des bannières. Cette collection ouvre une fenêtre sur les différentes facettes des militantes, qui pouvaient aussi bien vendre des pâtisseries et manifester au Parlement. Nous pouvions accomplir toutes ces choses. » 

Selon Margaret McPhail, ex-enseignante, syndicaliste et militante pour les droits des femmes, on ne saurait préserver la véritable nature du mouvement sans ses macarons, ses bannières, ses trousses d’information, ses brochures, les enregistrements de ses discours, ses histoires orales, ses vidéos et tant d’autres objets encore.  

« Les pratiques d’archivage sont habituellement très restrictives », fait-elle remarquer. « Qui sauvegarde ses documents? Les personnes qui prévoient leur importance et qui disposent de l’espace et des ressources nécessaires pour ce faire. Ainsi, la capture de ce type de documents éphémères ajoute une toute nouvelle dimension à notre compréhension des racines, du rôle et du pouvoir du mouvement des femmes de la deuxième vague. Il est important de comprendre son histoire en tant que mouvement, et non comme le résultat - et sans vouloir diminuer leur rôle individuel - de cinq, six ou dix femmes importantes. » 

Margaret McPhail est l’une des membres fondatrice de Rise up! A digital archives of feminist activism. Menée par des bénévoles, cette initiative est selon McPhail complémentaire à la vaste collection physique et numérique hébergée à l’Université d’Ottawa. L'objectif des deux archives est de « documenter les activités du mouvement à travers le Canada, en incluant des voix qui sont souvent absentes, telles que celles des activistes lesbiennes, des femmes autochtones, des femmes racialisées et noires, des femmes immigrantes. En raison de ses fondements communautaires, les Archives canadiennes du mouvement des femmes tendent à refléter cette diversité ».

Selon McPhail, la deuxième moitié du XXe siècle a été un terreau fertile pour les mouvements de justice sociale. Son propre militantisme a débuté à la fin de son adolescence, lorsqu'elle s'est engagée dans la gauche socialiste. Elle a ensuite rejoint le comité de la Journée internationale de la femme, une coalition de groupes féministes socialistes. 

« Le moment était propice », dit-elle. « Le mouvement féministe prenait de l’ampleur, ainsi que le mouvement pour la défense des droits civils, le mouvement contre la guerre... toutes ces mobilisations remettaient en cause l’oppression... C’était une période de questionnement politique et d’activisme florissant qui rejoignait les questions de droits à l’égalité, qu’il s’agisse d’anticolonialisme, de l’activisme des personnes autochtones... du séparatisme québécois, etc. C'était comme une vague de mobilisations et de prises de conscience parmi les femmes à travers le pays, dans les grandes villes, ainsi que dans les plus petites municipalités. Nous avons eu l’impression de passer d’un calme plat à un maelstrom du jour au lendemain ».    

Photo Janet Torge. Montreal Health Press
Janet Torge. Les Presses de la santé de Montréal. Collection Judith Lermer Crawley, 10-139. © Judith Lermer Crawley

Janet Torge, cofondatrice du premier centre d'aide aux victimes de viols à Vancouver, explique que les féministes au début des années 70 avaient tendance comme elle à s'engager dans de nombreux combats à la fois, et que le personnel nourrissait le politique. Les liens entre les personnes s’établissaient de façon différente d’aujourd’hui. Beaucoup de personnes vivaient souvent en communauté. Cela a aidé à répandre l’esprit de révolte, soutient Torge. « Vous vous impliquiez pour une cause, et cela vous amenait à une autre cause ». 

En 1973, alors qu’elle était membre du Vancouver Women’s Health Collective, Janet Torge a assisté à un atelier de sensibilisation sur les agressions sexuelles où la plupart des participantes avaient révélé avoir subi un viol. Torge et deux autres femmes membres du collectif – Johanna Den Hertog et Teresa Moore - décidèrent de créer un service qui accompagnerait et soutiendrait les victimes de viol dans le processus judiciaire.  

« La première chose à laquelle nous avons dû être confrontées était la position selon laquelle le viol n'existait pas car (la pensée était) qu'une femme pouvait simplement s’enfuir », raconte Torge. Elle se souvient d’avoir assisté à un procès au cours duquel l'avocat de la défense tenta de défendre cette position en demandant à la plaignante de descendre à la barre et de tenir une bouteille de Coca. Il lui a ensuite demandé de l’empêcher de mettre un crayon dans la bouteille. « C'est ainsi qu'ils ont essayé de démontrer que le viol était impossible. La seule façon pour qu’un viol puisse se produire était que la femme puisse permettre à l’agresseur de mettre le crayon dans la bouteille de Coca... Ils (les avocats, la police, les juges) ne prenaient nullement en compte le concept de la peur. » 

La société n’était pas à court de motifs pour se rebeller, et les jeunes avaient l’impression de pouvoir changer le monde, se rappelle Janet Torge. Elle ajoute que le Programme d’initiatives locales, le programme Perspectives jeunesse et d’autres subventions du gouvernement contribuaient à attiser le mouvement, puisque les jeunes pouvaient vivre correctement tout en se mobilisant pour la justice sociale. La jeunesse militante pouvait aussi se déplacer facilement sans se ruiner, notamment en autostop ou en moto.  

« Tout était très fluide à l’époque », insiste-t-elle. Après avoir déménagé à Montréal en 1975, elle a travaillé pour les Presses de la santé de Montréal, une association féministe à but non lucratif qui produisait des manuels sur la sexualité et la santé sexuelle. C’est à ce groupe que l’on doit le célèbre document Pour un contrôle des naissances, qui avait d’ailleurs été publié illégalement lors de sa première édition en 1968. Janet Torge a plus tard rédigé un ouvrage sur les agressions sexuelles pour les Presses, dont les diverses publications ont été distribuées à des millions d’exemplaires entre 1968 et 2000. Bon nombre d’entre elles sont préservées dans les Archives des femmes.

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Image : I support NAC working for Women's Equality. Drapeau. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

« À mon arrivée à la présidence du CCA, je crois que quelques 550 groupes en faisaient partie, de la Women’s Temperance League au comité des femmes du Parti communiste du Canada. C’était formidable. »

Judy Rebick

Image : I support NAC working for Women's Equality. Drapeau. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

La militante Judy Rebick soutenait activement les mouvements de la nouvelle gauche et pour le droit à l’avortement, avant de devenir présidente du Comité canadien d’action sur le statut de la femme au début des années 1990. Elle est aussi d’avis que la nature du réseautage en personne à l'époque, ainsi que l'interconnexion des mouvements socialistes, ont permis d’alimenter la deuxième vague. 

« Tout se passait en personne, soutient-elle. Les liens qu’on tissait n’avaient rien à voir avec ce qui peut se faire en ligne aujourd’hui. On s’investissait beaucoup plus dans les relations. »  

L'interaction entre le mouvement syndical et le mouvement pro-choix illustre bien la façon dont les militantes progressistes pouvaient se solidariser dans leur quête de changement. Des groupes de femmes ont fait du piquetage avec les travailleuses en grève, tandis que les syndicalistes ont assuré la protection des cliniques d'avortement. 

« Le syndicalisme et le féminisme occupent une place très importante dans l’histoire du Canada, explique Judy Rebick. Ce qui se passait ici, ne se voyait pas aux États-Unis, ni en Europe. Les syndicats européens se greffaient à la politique, mais n’ont jamais appuyé le mouvement des femmes. »  

Malgré ce type de collaborations, les féministes de la deuxième vague étaient loin d'être unies sur tous les fronts. Il y a eu des affrontements entre les socialistes et les conservatrices, les lesbiennes et les hétérosexuels, celles qui voulaient que le mouvement se concentre sur l'avortement gratuit sur demande, et d'autres qui voulaient mettre autant l'accent sur l'égalité des salaires et les services de garde afin de pouvoir élever les enfants qu'elles souhaitaient.  

« À mon arrivée à la présidence du CCA, je crois que quelques 550 groupes en faisaient partie, de la Women’s Temperance League au comité des femmes du Parti communiste du Canada. C’était formidable », affirme Rebick. « Il y avait de nombreux débats... Nous avions ce que nous appelions les “Roberta's Rules of Order” * (en référence au Robert’s Rules of Order, un manuel offrant des exemples de procédures pouvant être utilisées lors de la tenue de réunions). Nous appliquions ces procédures, mais si les tensions devenaient trop acerbes, nous organisions des rencontres avec un médiateur afin de trouver un terrain d’entente entre les parties concernées. » 

Book cover image: Impetus
— Nouvel Essor. Acte du 4ème Congrès National des femmes noires du Canada. 1977. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

« Je pense qu’il est vraiment important que les féministes actuelles et à venir soient sensibilisées à l’histoire plurielle du féminisme »

Margaret McPhail

— Nouvel Essor. Acte du 4ème Congrès National des femmes noires du Canada. 1977. Collection des ACMF © Archives et collections spéciales

Les archives servent aussi à contrer l’idée selon laquelle, la deuxième vague du mouvement des femmes au Canada était homogène, ou dirigée exclusivement par et pour des femmes blanches, riches et éduquées. 

« Je pense qu’il est vraiment important que les féministes actuelles et à venir soient sensibilisées à l’histoire plurielle du féminisme », déclare Margaret McPhail, notant que les jeunes sont parfois surpris d’apprendre l’existence de groupes comme le Congrès des femmes noires du Canada, le Collectif des femmes noires, l’organisation Women Working with Immigrant Women, ou encore Intercede. 

« Découvrir toutes ces perspectives est très stimulant. Je trouve que cela ressemble beaucoup à ma propre initiation au féminisme à la fin des années 60 et au début des années 70. J'ai alors beaucoup appris sur le mouvement des suffragettes en Angleterre, ou sur ce qui se passait aux États-Unis, etc. L’histoire de la lutte pour l’égalité des femmes et la façon dont elle a évolué à proximité d’autres mouvements pour le changement et la justice sociale était d’une grande richesse et m’ont captivé à l’époque. J'imagine qu'aujourd'hui, il serait enthousiasmant pour les féministes émergentes de découvrir ces documents. Ces archives alimentent les discussions actuelles. » 

Cette fascination, Julia Aguiar peut en témoigner. Étudiante à la maîtrise en histoire à l’Université Queen’s, Aguiar a consulté de nombreux documents d’archives conservés dans la collection dans le cadre de ses recherches sur les organisations de femmes immigrantes. Elle s’est intéressée à leur luttes et revendications pour que leur point de vue soit entendu dans le mouvement féministe plus global des années 1970 à 1990.     

« Bon nombre des luttes d’hier se poursuivent encore aujourd’hui », rappelle l’étudiante. « L’histoire qu’on a documentée et préservée dans ces archives démontre qu’il y a toujours eu des groupes pour se dresser contre le sexisme et l’ordre établi. Notre société a toujours envisagé d’autres façons d’être. C’est une des choses que l’histoire du féminisme m’a apprises : nous ne sommes pas obligés d'accepter les conditions dans lesquelles nous vivons ».

Aguiar se dit par ailleurs en admiration devant ces féministes de la deuxième vague. Ces femmes issues de divers milieux écrivaient des journaux, défilaient dans les rues, et organisaient des initiatives locales, telles que le bibliobus, tout comme des événements à teneur nationale, et cela sans la commodité des moteurs de recherche ou des médias sociaux. 

« Cela m'impressionne, moi qui ai eu accès à l'Internet pendant la plus grande partie de ma vie », dit Aguiar. « Ces femmes étaient si persévérantes et engagées. C'est incroyable ». 

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