Études supérieures : Séminaires de l'hiver 2023

Français
seminar
Étudiantes et étudiants assis dans un auditorium
Nous avons le plaisir d'offrir quatre séminaires cet hiver au cycle supérieur.

PROFESSEUR : Rainier Grutman

DESCRIPTION

Après un rappel de quelques notions centrales en sociocritique et sociologie littéraires, ce séminaire convie à une lecture sociale du texte dramatique, genre largement négligé par les approches sociales de la littérature.  
Que le théâtre fût un art éminemment social, on s’en doutait. Contrairement aux romans, habituellement écrits et lus dans la solitude et le silence, les pièces sont produites par une « troupe » au cours d’un travail collectif, avant d’être présentées en direct, devant un public qu’elles doivent séduire et faire réfléchir. Elles doivent « passer la rampe », comme on dit.  
On a moins vu cependant que le texte théâtral lui-même, dans l’une et l’autre dimension de la double d’énonciation qui le caractérise, dit la société en plus de la montrer, de la mettre en scène. Tout orientée vers le roman et la prose du monde, la sociocritique a négligé le texte théâtral, qui est pourtant toujours aussi un commentaire sur la société et une réponse discursive à des débats sociaux. C’est ce que nous montrerons à partir de quelques textes dramatiques célèbres mais qui sont souvent considérés (y compris par leurs créateurs) comme détachés de la société qui leur a donné naissance.

OEUVRES AU PROGRAMME

  1. Wajdi Mouawad, Incendies
  2. Maurice Maeterlinck, Pelléas et Mélisande
  3. Samuel Beckett, En attendant Godot

QUELQUES TEXTES DE RÉFÉRENCE

  1. Bara, Olivier (dir.). Sociocritique du théâtre, numéro spécial d’Études littéraires (Québec), vol. 43, n° 3, 2012.
  2. Burns, Elizabeth et Tom Burns (dir.). Sociology of Literature and Drama: selected readings [Simmel, Gurvitch, Brecht], Harmondsworth, Penguin, 1973. 
  3. Plana, Muriel. Théâtre et politique, modèles et concepts, Paris, Éditions Orizons, 2015. 

ÉVALUATION : 1 exposé + 1 travail final

PROFESSEURE : Anaïs Tatossian

L’orthographe du français : de son histoire, sa description aux enjeux actuels 

L’orthographe du français est l’un des thèmes en linguistique qui passionne le plus le grand public, mais il suscite aussi la polémique. Dans les dernières années, les débats sur l’orthographe ont notamment porté sur les rectifications orthographiques de 1990, sur les enjeux éducatifs des nouvelles formes d’écriture liées aux dialogues en ligne (clavardage, textos) et sur l’écriture inclusive. Plus récemment, en 2021, l’Association québécoise des professeurs de français a suggéré une réforme de l’accord du participe passé et la Fédération des cégeps a proposé l’utilisation du logiciel de correction Antidote pour limiter les échecs lors de l’épreuve uniforme de français. 

Le français est bien connu pour son système orthographique complexe. Nina Catach, qui a donné un nouvel essor au sujet grâce à son modèle du plurisystème graphique du français, fournit la définition suivante de l’orthographe :

[…] la manière d'écrire les sons ou les mots d’une langue, en conformité d’une part avec le système de transcription graphique propre à cette langue, d’autre part, suivant certains rapports établis avec les autres sous-systèmes de langues (morphologie, syntaxe, lexique). Plus ces rapports secondaires sont complexes, plus le rôle de l’orthographe grandit. De plus, un tissu d’antagonismes se crée entre les relations phonie/graphie, et les autres considérations qui entrent en ligne de compte. (Catach 1980 : 26) 

Il s’agit d’un système complexe, mais organisé. On dit aussi de l’orthographe du français qu’elle est « opaque » parce que la manière dont l’orthographe enregistre la structure phonologique n’est pas régulière, c’est-à-dire qu’un même graphème (lettre) peut correspondre à plusieurs phonèmes (sons) en fonction de sa position dans le mot. Pour illustrer cette complexité, on peut donner en exemple le phonème /s/ qui peut être représenté par sept graphèmes : s (discours), ss (assassin), c (+e, i) (cent, cinq), ç (+a, o, u) (ça, façon, aperçu), sc (arborescence), t (+i) alimentation, x (six). Dans une langue comme l’italien, les relations entre lettres et sons sont, par contraste, transparentes, c’est-à-dire qu’un même phonème est systématiquement représenté par le même graphème. Par conséquent, l’orthographe des mots comportant une incohérence entre les correspondances phonèmes-graphèmes est plus difficile à acquérir même pour des locuteurs natifs.  
 
Ce séminaire présente les éléments fondamentaux pour une description scientifique de l’orthographe du français. Les participant·e·s seront également invité·e·s à développer une réflexion critique sur des questions actuelles. Les sujets abordés porteront autant sur les pratiques orthographiques que sur les discours tenus sur l’orthographe.  
 
Le séminaire s’articulera autour de quatre thèmes principaux. Vu la diversité des champs d’exploration possibles, l’enrichissement des thèmes à traiter se fera après consultation des participant·e·s, selon leurs champs d’intérêts.

  1. Histoire de l'orthographe du français
  2. Description de l'orthographe du français : code oral et code écrit, orthographe lexicale et grammaticale, courants autonomiste (Jacques Anis) et phonographiste (Nina Catach et le groupe HESO)
  3. Aspects psycholinguistiques de l'orthographe : la notion d'erreur et les processus cognitifs
  4. Enjeux actuels : orthographe et technologies (clavardage, SMS), écriture inclusive, rectifications orthographiques de 1990, enseignement et apprentissage de l'orthographe

TRAVAUX

  • Présentation de deux lectures : 20%
  • Présentation du travail de recherche (selon la date : la problématique ou les résultats) : 20%
  • Travail de recherche : 50%
  • Présence et participation aux discussions : 10%

BIBLIOGRAPHIE (à titre indicatif)

Note : certaines lectures (articles et monographies) seront disponibles en ligne. 
 

  • ANIS, Jacques. 2000. L’écrit des conversations électroniques de l’Internet. Le français aujourd’hui, 129 : 59-69. 
  •  ANIS, Jacques. 1988. L'écriture : théories et descriptions. Bruxelles : De Boeck-Wesmael. 
  •  CATACH, Nina, GRUAZ, Claude et Daniel DUPREZ. 1986. L’orthographe française : traité théorique et pratique. Paris : Nathan. 
  •  CATACH, Nina. 1980. L’orthographe française. Paris : Nathan. 
  •  CATACH, Nina. 1973. La structure de l’orthographe française. La recherche, 39(4) : 949-956. 
  •  COUGNON, Louise-Amélie. 2015. Langage et SMS : une étude internationale des pratiques actuelles. Louvain : Presses universitaires de Louvain. 
  •  DAVID, Jacques et Harmony GONÇALVES. 2007. L’écriture électronique, une menace pour la maîtrise de la langue ? Le Français aujourd'hui, 156 : 39-48. 
  •  DESROCHERS, Alain, France MARTINEAU et Yves Charles MORIN. 2008. Orthographe française, évolution et pratique. Ottawa : Les Éditions David. 
  •  DISTER, Anne. 2012. Les francophones et les rectifications orthographiques de 1990. État des connaissances et des usages en 2010. Glottopol, 19 : 130-148 
  •  FAYOL, Michel et Jean-Pierre JAFFRÉ. 2016. L’orthographe : des systèmes aux usages. Pratiques [En ligne], 169-170. 
  •  FREI, Henri. 1929. La grammaire des fautes. Paris : Geuthner.  
  •  GADET, Françoise. 2008. Ubi scripta et volant et manent, in Elisabeth Stark, Roland Schmidt-Riese et Eva Stoll (dir.) Romanische Syntax im Wandel. Tübingen : Gunter Narr Verlag. 513-529. 
  •  KOCH, Peter et Wulf OESTERREICHER. 2001. Langage parlé et langage écrit, in Günter Holtus, Michael Metzeltin et Christian Schmit (dir.) Lexikon der Romanistischen Linguistik, Tübingen : Max Niemeyer Verlag.  
  •  LEGROS, Georges et Marie-Louise Moreau. 2012. Orthographe : qui a peur de la réforme? Bruxelles : Nathalie Marchal. 584-627. 
  •  MANESSE, Danièle et Danièle COGIS. 2007. Orthographe : à qui la faute ? Issy-les-Moulineaux : ESF. 
  •  MOREAU, Marie-Louise. 1977. Français oral et français écrit : deux langues différentes ? Le français moderne, 45(3) : 204-242.  
  •  PÉREZ, Manuel, GIRAUDO, Hélène et André TRICOT. 2016. Les processus cognitifs impliqués dans l’acquisition de l’orthographe: dictée vs copie. Approche neuropsychologique des apprentissages chez l’enfant, 118 : 1-7. 
  •  PETITJEAN, Luce et Maurice TOURNIER. 1991. Repères pour une histoire des réformes orthographiques, Mots, 28 : 108-112. 
  •  PIEROZAK, Isabelle. 2000. Les pratiques discursives des internautes. Le français moderne, 68(1) : 109-129. 
  •  TATOSSIAN, Anaïs. 2008. Typologie des procédés scripturaux des salons de clavardage en français chez les adolescents et les adultes, in Jacques Durand, Benoît Habert et Bernard Laks (eds). Actes du 1er Congrès mondial de linguistique français, 2337-2352.    
  •  WILMET, Marc. 2015. Petite histoire de l’orthographe française. Bruxelles : Académie Royale de Belgique. 
  •  YAGUELLO, Marina. 1990. Histoires de lettres. Des lettres et des sons. Paris : Éditions du Seuil. 

 

PROFESSEUR : Michel Fournier

Les « nouvelles » formes du roman historique

DESCRIPTION

Longtemps associé à une production « populaire », le roman historique a connu d’importantes transformations dans les dernières décennies du XXe siècle, notamment sous la forme du roman historique « érudit » et de la « métafiction historiographique » (Hutcheon). Le renouvellement du genre a également conduit à l’affirmation de courants davantage associés à la tradition « populaire », comme le roman policier historique. Le roman historique contemporain se décline ainsi à travers une multiplicité de formes qui témoignent non seulement du « retour à l’histoire » (Viart) de la littérature, mais aussi de la remise en question du partage entre la « paralittérature » et la production « littéraire ». Dans le cadre de ce séminaire, nous chercherons à mieux comprendre différents enjeux liés au développement des « nouvelles » formes du roman historique. Après avoir étudié la poétique du roman historique traditionnel, nous explorerons diverses formes qui caractérisent la production contemporaine : du roman policier historique à la « métafiction historiographique », en passant par la « biographie romanesque » (Cerquiglini). Nous mettrons le développement de ces formes en parallèle avec celui de la réflexion historiographique et chercherons à voir comment elles entrent en dialogue avec l’imaginaire social. Nous nous intéresserons particulièrement à la façon dont ces « nouvelles » formes du roman historique proposent une réflexion non seulement sur le passé, mais aussi sur la réalité contemporaine. 

TRAVAUX : une présentation et un travail de session

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES :

  • Mérimée, Prosper, Chronique du règne de Charles IX [1829] (ouvrage disponible dans diverses éditions numériques).   
  • Parot, Jean-François, L’Inconnu du pont Notre-Dame [2015], Paris, 10/18.  
  • Salvayre, Lydie, Pas pleurer [2014], Paris, Seuil, « Points ».  
  • Pécherot, Patrick, Les Brouillards de la butte[2001], Paris, Gallimard, « Folio policier ».  
  • Josse, Gaëlle, L’Ombre de nos nuits [2016],Paris, J’ai lu.  
  • Azoulai, Nathalie, Titus n’aimait pas Bérénice[2015] Paris, Gallimard, « Folio ».   

ARTICLES ET OUVRAGES DE RÉFÉRENCE :

  • Cerquiglini, Blanche, « Quand la vie est un roman. Les biographies romanesques », Le Débat, n° 165, 2011, p. 146-157.   
  • « L’Histoire saisie par la fiction », numéro de la revue Le Débat (no 165, 2011).  
  • Hutcheon, Linda, A Poetics of Postmodernism: History, Theory, Fiction, New York, Routledge, 1988.  
  • Jablonka, Ivan, L’Histoire est une littérature contemporaine. Manifeste pour les sciences sociales, Seuil, 2014.  
  • Krulic, Brigitte, Fascination du roman historique. Intrigues, héros et femmes fatales, Paris, Autrement, 2007.  
  • Ricœur, Paul, La Mémoire, l’histoire, l’oubli, Paris, Seuil, 2000.  
  • Rubino, Gianfranco et Dominique Viart (dir.), Le Roman français contemporain face à l’Histoire, Macerata, Quodlibet, 2014.  
  • Sarrot, Jean-Christophe et Laurent Broche, Le Roman policier historique. Histoire et polar : autour d’une rencontre, Paris, Nouveau Monde éditions, 2009.  
  • Viart, Dominique, « La littérature, l’histoire, de texte à texte », dans Gianfranco Rubino et Dominique Viart (dir.), Le Roman français contemporain face à l’Histoire, Macerata, Quodlibet, 2014, p. 29-40. 

 

PROFESSEUR : Nelson Charest

Microlecture : « La tête penchée de Desdémone »

DESCRIPTION

La lecture, et surtout la relecture, est un geste qui permet de saisir un texte dans son « heure présente ». Ainsi, on dira communément que la critique permet de révéler « l’actualité » d’un texte issu du passé, un souhait qui se transmue parfois en exigence. Entre fidélité et appropriation, la critique tente de tracer un lien entre des époques et des lieux, et de souligner, par une lecture attentive, des significations à plusieurs niveaux : constantes, historiques ou préfigurées. C’est pourquoi un texte peut être mis en relation, non seulement avec ses sources, mais aussi avec des textes subséquents, qu’il n’a pas pu prévoir, selon une démarche « anachronique » prônée par Pierre Bayard. 
Avec la traduction et la poétique d’auteur, ce sont quelques-unes des questions que nous voulons poser, à partir d’une « microlecture » d’un texte ciblé : « La tête penchée de Desdémone » d’Yves Bonnefoy. Ce texte a servi de préface après que ce dernier ait traduit la pièce Othello, de Shakespeare. Il pose donc, d’emblée mais discrètement, la question du transport d’un texte, d’une époque et d’une culture à d’autres contextes. Mais il s’inscrit également dans la trame « présente » d’une œuvre en cours (celle de Bonnefoy) qui, en plus de la critique et de la traduction, touche à la poésie, à l’essai ou même à l’enseignement. Il appelle également des questions et des méthodes qui concernent intimement les études littéraires, et plus particulièrement la lecture professionnelle que nous pratiquons. 
Nous voulons donc accompagner la préface de Bonnefoy sur une longue période et déployer autour d’elle des questions, des problématiques et l’intertexte qu’elle convoque. Nous nous appuierons, pour ce faire, sur des principes méthodologiques proposés par le « close reading », l’herméneutique, la thématique et la poétique.  Nous nous fonderons sur une idée qui nous vient du romantisme, à savoir que le micro est en communication avec le macro. En définitive, notre attention portée sur un texte ciblé nous renseignera sur l’ensemble plus vaste de la littérature. 

TRAVAUX

Un débat, un exposé oral et un rapport de séminaire

BIBLIOGRAPHIE

TEXTES :

  • Yves Bonnefoy, L'Heure présente, Gallimard.
  • Yves Bonnefoy, Sous l'horizon du langage, Mercure de France.
  • Victor Hugo, William Shakespeare, GF.
  • Arthur Rimbaud, Oeuvres complètes, GF.
  • William Shakespeare, Othello, édition bilingue, Gallimard, « Folio Théâtre ».

MANUELS :

  • Recueil de textes

OUVRAGES DE RÉFÉRENCE :

  • Pierre Bayard, Le plagiat par anticipation, Paris, Minuit, « Paradoxe », 2009. 
  • Michel Charles, L’Arbre et la Source, Paris, Seuil, « Poétique », 1985. 
  • -----, Introduction à l’étude des textes, Paris, Seuil, « Poétique », 1995. 
  • Hans Georg Gadamer, Vérité et méthode, Paris, Seuil, « L’ordre philosophique », 1996. 
  • Jean-Pierre Richard, Pages Paysages. Microlectures II, Paris, Seuil, « Poétique », 1984. 
  • Paul Ricœur, Du texte à l’action. Essais d’herméneutique II, Paris, Seuil, « Points Essais », 1998.