Planchers pelviens et plafonds de verre : une chercheuse de l’Université d’Ottawa fait avancer les connaissances sur la santé des femmes

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Par Université d'Ottawa

Cabinet du vice-recteur à la recherche et à l'innovation, CVRRI

Linda McLean dans son labo
Linda McLean, professeure titulaire à l’École des sciences de la réadaptation de la Faculté des sciences de la santé et titulaire de la Chaire de recherche en santé des femmes de l’Université d’Ottawa.
La professeure Linda McLean a su marier sa passion pour la physiothérapie et sa formation en génie pour combler d'importantes lacunes dans les connaissances sur la santé pelvienne des femmes.

« On peut dire que j’ai suivi un parcours atypique, et certainement un parcours sinueux. C’est en tout cas ce qui m’a permis d’enrichir mon bagage de compétences et de tracer ma propre voie », raconte la chercheuse de l’Université d’Ottawa Linda McLean, qui, après deux ans de pratique en physiothérapie, a opéré un virage professionnel pour poursuivre une formation supérieure en génie biomédical.

« Disons que j’ai façonné mon propre programme de doctorat en études interdisciplinaires en génie biomédical, dont j’ai d’ailleurs été la première diplômée – et peut-être bien la seule! Ça m’a permis de combiner savoirs et compétences en sciences de la réadaptation et en génie électrique. »

Aujourd’hui, la professeure McLean et son équipe de la Faculté des sciences de la santé étudient les mécanismes qui sous-tendent les problèmes de santé pelvienne chez les femmes, en particulier l’incontinence urinaire, les douleurs génitopelvienne et l’endométriose.

« Nous étudions la fonction de soutien assurée par les tissus conjonctifs et la force, le tonus, la coordination et l’excitabilité des muscles du plancher pelvien chez la femme », explique-t-elle, postée devant un graffiti représentant la musculature pelvienne féminine, œuvre de l’ancienne doctorante Nicole Beamish.

« On associe souvent ces problèmes à la santé des femmes en raison de leur plus grande prévalence dans cette population que chez les hommes, ce qui s’explique par des différences anatomiques. Les structures pelviennes féminines ont tendance à perdre leur soutien parce que les muscles qui les composent sont plus petits et plus minces, et parce qu’elles distribuent les charges différemment que celles des hommes – et à cause du processus de reproduction. »

La chercheuse Flavia Ignacio Antonio et l’associée de recherche Grace Collins exécutent un test destiné à étudier les effets de la course à pied sur le soutien du plancher pelvien.
La chercheuse Flavia Ignacio Antonio (à gauche) et l’associée de recherche Grace Collins (à droite) exécutent un test destiné à étudier les effets de la course à pied sur le soutien du plancher pelvien.

Fabriquer ses propres appareils de recherche

En plus d’appareils d’exercice, de systèmes d’électromyographie et d’échographes, le laboratoire de pointe de Linda McLean comporte un atelier d’impression 3D et du matériel de soudure, utilisés pour concevoir et fabriquer l’équipement nécessaire aux activités de recherche.

« C’est là que je me félicite de ma formation en génie électrique, se réjouit la chercheuse. Pour stimuler le cerveau et observer les circuits moteurs qui mènent au plancher pelvien, il nous faut placer des électrodes spécialisées à l’intérieur du corps, juste au-dessus des muscles du vagin. Il n’existe cependant pas d’outils commercialisés conçus pour ce genre de recherches; il nous faut donc les fabriquer nous-mêmes, ici, au labo. »

L’équipe a aussi conçu un dynamomètre, qui mesurer la force des muscles du plancher pelvien, ainsi que des revêtements sanitaires fabriqués à l’aide d’imprimantes 3D, pour assurer le confort, le positionnement et l'hygiène.

« Nous avons diffusé tous nos plans de conception dans le domaine public, afin que d’autres équipes de recherche puissent les utiliser. Par ailleurs, dans le souci de réduire notre production de déchets, nous explorons actuellement des options pour remplacer le plastique. »

La professeure recrute des bénévoles et des étudiantes et des étudiants du régime d’enseignement coopératif issus de programmes de génie de premier cycle pour l’aider à fabriquer les outils conçus par son équipe. « Tout en nous apportant l’aide dont nous avons besoin au labo, ils apprennent des techniques d’impression 3D et de soudure et se familiarisent avec les sciences de la santé. Tout le monde en ressort gagnant! »

Électrodes fixées à une main et revêtements de dynamomètre dans une imprimante 3D
Les outils de recherche conçus par l'équipe : des électrodes fixées à une main, à gauche, et des revêtements de dynamomètre dans une imprimante 3D, à droite.

Le mariage de deux passions

Alors qu’elle occupait son premier poste de professeure en sciences de la réadaptation à l’Université Dalhousie, Linda McLean a été contactée par une physiothérapeute spécialisée en santé pelvienne qui avait besoin d’aide pour régler un problème.

« Elle m’a dit “Mon équipement de rétroaction biologique ne fonctionne plus, et tout le monde me dit que c’est vous que je devrais consulter”, raconte la professeure.

Grâce à l’expertise en électromyographie acquise pendant mon doctorat, j’ai pu constater que l’outil qu’elle utilisait était tout simplement inadéquat. Les électrodes du système électromyographique n’étaient pas adaptées et captaient probablement les réponses d’autres muscles que ceux ciblés. »

En quête de réponses, Linda McLean a consulté des fournisseurs du système en question à l’occasion de conférences. Ses recherches demeurant infructueuses, elle s’est alors donné comme mission d’améliorer l’utilisation de l’électromyographie, tant comme instrument de rétroaction biologique en clinique que comme outil de compréhension des problèmes pelviens, tout particulièrement l’incontinence urinaire et les douleurs pelviennes, pour les scientifiques. « J’ai découvert qu’il est impossible d’étudier les mécanismes de la douleur bien longtemps sans que l’envie vous prenne d’aider les personnes qui vivent avec ces douleurs », confie-t-elle.

C’est de ce désir d’aider les femmes aux prises avec la douleur que Linda McLean a tiré les trois volets de son programme de recherche à l’Université d’Ottawa : création de nouveaux outils de recherche, utilisation de ces outils pour comprendre les réponses physiologiques du corps humain et mise à profit de ces connaissances pour développer des interventions capables d’aider les patientes.

Linda McLean et la chercheuse postdoctorale Marina Petter Rodrigues examinant l’échographie du plancher pelvien d’une patiente.
Linda McLean et la chercheuse postdoctorale Marina Petter Rodrigues examinant l’échographie du plancher pelvien d’une patiente.

« C’est une souffrance pour nombre d’entre elles, se désole Linda McLean. Beaucoup ressentent de la gêne et de la honte. Ces problèmes touchent la sphère personnelle et intime, surtout quand il s’agit de douleurs liées à la vie sexuelle. Invisibles, ils peuvent être handicapants et avoir d’immenses effets sur la santé psychologique, les interactions sociales et sexuelles et la qualité de vie. »

Linda McLean et son équipe recueillent aussi des données concernant l’accès aux services de physiothérapie spécialisée en santé pelvienne. L’idée, c’est de comprendre les barrières et les facteurs favorables à l’accès à ces services pour les femmes, dans le but de faire changer les politiques.

« Plus je passe de temps dans ce domaine, et plus mon travail de scientifique se teinte de militance, admet la chercheuse. C’est merveilleux d’avoir des traitements efficaces, mais si les patientes n’y ont pas accès, à quoi bon? »

La chercheuse Flavia Ignacio Antonio et la doctorante invitée Tatiana de Bem Fretta font la démonstration d’un protocole de traitement
La chercheuse Flavia Ignacio Antonio et la doctorante invitée Tatiana de Bem Fretta font la démonstration d’un traitement utilisant la stimulation magnétique transcrânienne répétitive pour étudier comme traitement de la douleur liée à l’endométriose.