Un haut-commissaire indien créatif

Publié le vendredi 17 novembre 2017

Deux hommes assis dans des fauteuils sur une scène. Le logo du Forum Alex-Trebek pour le dialogue est en toile de fond

Le chancelier Calin Rovinescu et Son Excellence Vikas Swarup. Photos : Bonnie Findley

Son Excellence Vikas Swarup, haut-commissaire de l’Inde au Canada, a su captiver son auditoire lors de la conversation qu’il a eue avec le chancelier Calin Rovinescu le 6 novembre 2017, à l’Université d’Ottawa.

Les sujets abordés ont été d’une grande diversité. Vikas Swarup, qui se décrit lui-même comme un nomade planétaire, est entré au service extérieur indien il y a plus de 30 ans. Il a évoqué les liens de plus en plus étroits qui se tissent entre le Canada et l’Inde, ce dont témoignent, notamment, les plus de 100 000 étudiants indiens qui fréquentent en ce moment des universités canadiennes. Il a également décrit, avec une richesse de détails fascinante, l’utilisation novatrice qu’a faite l’Inde de la technologie, ces dernières années, pour permettre à des millions de personnes de sortir de la pauvreté.

Auteur de trois romans, dont le succès de librairie Les fabuleuses aventures d’un Indien malchanceux qui devint milliardaire (le film Le pouilleux millionnaireSlumdog Millionaire en anglais –, qui a remporté plusieurs oscars, en est une adaptation libre), Vikas Swarup a aussi parlé de la place qu’occupe l’écriture dans sa vie. On peut lire ci-dessous des extraits de cette partie de l’entretien, lequel était commandité par le Forum Alex-Trebek pour le dialogue.


De la difficulté d’être à la fois écrivain et diplomate

Il n’est pas toujours facile de porter ces deux casquettes. Les deux rôles ne sont pas entièrement compatibles.

Un diplomate se doit d’être gentil et affable. Selon la meilleure définition que j’aie entendue, un diplomate, c’est quelqu’un qui est capable de vous envoyer promener de telle manière que vous aurez envie de faire le voyage. L’écrivain, lui, doit décrire la réalité telle qu’il la voit, sans ménager personne. Je suis parfois tiraillé de manière plutôt inconfortable entre ces deux personnalités qui coexistent en moi.

Mon gouvernement me donne l’espace et la liberté nécessaires pour écrire mes romans. Je n’ai aucune permission à demander à qui que ce soit pour publier. Mais ce qui importe le plus, c’est de trouver le temps d’écrire, parce que mon emploi principal est lui-même très prenant.


Le succès du Pouilleux millionnaire

Ce n’est pas moi qui me plaindrai du fait que le film est différent du livre. Ce qui compte, c’est que Le pouilleux millionnaire fonctionne sur le plan cinématographique. Le Wall Street Journal l’a décrit comme « le premier chef-d’œuvre du cinéma mondialisé », et on comprend sans peine pourquoi. Danny Boyle a su en assembler toutes les composantes avec beaucoup d’art.

Par ailleurs, le film a eu la chance d’arriver au bon moment. Il est sorti tout à la fin de 2008. La crise économique mondiale venait tout juste d’éclater. Les gens perdaient leur emploi et perdaient espoir. Ils avaient besoin d’une histoire qui puisse les inspirer.

Enfin, ce qui a aussi joué en faveur du film, c’est le fait que l’Inde connaissait à l’époque un rythme annuel de croissance de 10 %. Le pays était l’objet d’une fascination mondiale. Quel était le moteur qui permettait au plus grand État démocratique du monde de croître à un tel rythme? Tout le monde cherchait à comprendre ce que l’Inde avait dans le ventre.


Les trois C de la créativité

La créativité dépend moins de la discipline que vous choisissez d’étudier – sciences ou arts libéraux – que de l’orientation que vous prenez. Quand je m’adresse aux écoles et universités, je parle de ma propre conception de la créativité, ce que j’appelle les trois C.

Le premier C, c’est la curiosité. Ce n’est qu’en étant curieux à l’égard du monde qui vous entoure que vous voudrez vous impliquer et tenter de le changer.

Le deuxième C, c’est la confiance en soi. Écrire, cela implique de prendre des risques. Selon les résultats d’un sondage réalisé par le New York Times, 81 % des Américains croient avoir un livre en eux (très souvent, il devrait y rester!). Si vous estimez que votre histoire peut intéresser le reste du monde, qu’elle est porteuse de messages à valeur universelle réclamant d’être communiqués au public, vous devez prendre le risque, pour vérifier votre intuition. Une culture fondée sur la peur du risque est peu propice à la créativité.

Le troisième C, c’est le computer, l’ordinateur, comme outil de recherche. De nos jours, une jeune fille pauvre possédant un téléphone cellulaire connecté à Internet a autant de connaissances à sa disposition qu’un milliardaire qui a 100 000 ouvrages dans sa bibliothèque personnelle. C’est la beauté de la technologie. Je crois que la démocratie et la technologie sont les deux forces qui propulseront l’Inde jusque dans le 22e siècle, et c’est déjà ce que nous pouvons observer.

Par conséquent, le plus important n’est pas la discipline que vous choisissez, mais le fait de posséder ou non les trois C. Avec de la curiosité, de la confiance en soi et un ordinateur, vous pouvez accomplir n’importe quoi.


Vikas Swarup, souriant, assis dans un fauteuil sur une scène

 

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