Honneur à une grande dame

Publié le mercredi 15 juin 2016

Gisèle Lalonde

Par Marc Gauthier

Toute sa vie, Gisèle Lalonde a été tellement occupée à défendre les droits des francophones en Ontario qu’elle n’a pas pu poursuivre des études universitaires comme elle le souhaitait. Mais aujourd’hui, après 60 ans de lutte indéfectible pour les droits de son peuple, Mme Lalonde reçoit un doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa.

« Je n’aurais jamais cru que ça arriverait. C’est très excitant », dit-elle. « Les gens m’ont connue surtout pour mon travail à SOS Montfort, mais c’est un dossier qui date de 14 ans. On ne m’avait pas oubliée semble-t-il », lance Gisèle Lalonde de la voix forte qu’on lui connaît.

Difficile en fait d’oublier le rôle que cette femme de l’ancienne ville d’Eastview (Vanier) a joué auprès de sa communauté et l’ensemble de la francophonie en Ontario depuis le début des années 50.

La première mairesse francophone en Ontario, c’est elle.

L’Association française des municipalités de l’Ontario, c’est elle qui l’a créée.

Les conseils scolaires francophones en Ontario, elle en mène le combat.

La survie de l’hôpital Montfort, c’est elle qui l’incarne.

Le Centre franco-ontarien de ressources pédagogiques (CFORP), c’est encore elle!

Ce centre représente pour elle sa plus grande réalisation. « À l’époque, on n’avait rien, rien, rien en matière de livres. Tout était fait à l’extérieur de la province, ou encore, nous utilisions des livres en anglais dans nos écoles. »

« Nous avons fait venir les meilleurs professeurs dans leur domaine d’un peu partout en Ontario et on s’est mis à produire du matériel pédagogique pour l’ensemble de la communauté franco-ontarienne. Les livres du CFORP sont aujourd’hui exportés partout, en France, en Belgique, en Afrique », affirme-t-elle avec fierté.

L’éducation a été son combat de tous les instants au sein de nombreux organismes provinciaux. Son travail incessant pour la gestion autonome des écoles francophones en Ontario a été marquant. Le gouvernement ontarien la nomme d’ailleurs en 1984 à la tête du Conseil des affaires franco-ontariennes, ce qui lui donne un accès privilégié au  premier ministre. Et lui permet de défendre, entre autres, la création de la télévision éducative (TFO) pour les francophones.

 jamais ».

Lors du grand rassemblement de SOS Montfort au Centre municipal d’Ottawa le 22 mars 1997, Gisèle Lalonde a prononcé un discours pendant lequel elle a lancé un vibrant cri du cœur « Monfort fermé : jamais! ».

« Montfort fermé : jamais! »

Mais pour le grand public, Gisèle Lalonde représente encore et toujours celle qui a livré une lutte acharnée en 1997 pour éviter la fermeture de l’hôpital Montfort, le seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario. Qui ne se souvient pas de son célèbre cri du cœur « Montfort fermé : jamais! » Après cinq ans d’efforts, autant dans les médias que devant les tribunaux, le mouvement SOS Montfort qu’elle préside parvient à garder l’établissement ouvert. La lutte aura été si intense que Mme Lalonde en sortira en 2002 complètement épuisée.

En fait, son nom est devenu synonyme de combat et de défense des francophones en Ontario.

C’est en 1951 que Gisèle Lalonde commence sa carrière comme institutrice à Vanier après avoir obtenu son diplôme de l’École normale à l’Université d’Ottawa. S’ensuit un engagement ininterrompu dans la communauté, d’abord dans le monde scolaire où elle est devenue la première directrice-générale de l’Association française des conseils scolaires de l’Ontario. Puis en 1985, elle est élue mairesse de Vanier, ce qui l’amène à créer puis à présider l’AFMO (l’Association française des municipalités de l’Ontario).   

Partout où elle est passée, Gisèle Lalonde a laissé sa marque grâce à sa légendaire implication sociale : chez les scouts, les Filles d’Isabelle, chez les ainés, en pastorale, avec toujours la même aspiration : l’épanouissement de la communauté franco-ontarienne. Cette pionnière a su relever une multitude de défis, tout en étant mère de trois enfants, avec l’appui constant de son conjoint depuis bientôt 62 ans, Gilles Lalonde. « J’ai travaillé très fort, dit-elle, mais j’ai toujours aimé ce que j’ai fait. »

37 médailles

Militante, éducatrice, leader communautaire, défenseure acharnée des droits des Franco-Ontariens, Gisèle Lalonde a obtenu de nombreuses reconnaissances au cours de sa carrière et une multitude de récompenses. Elle a reçu 37 médailles, provenant de partout au pays, de la France, et même du Vatican! En plus d’être Chevalier de l’Ordre de la légion d’honneur et membre de l’Ordre du Canada et de l’Ordre de l’Ontario, elle détient des doctorats honorifiques des universités Saint-Paul d’Ottawa et Laurentienne de Sudbury.  

« Je n’ai fait que servir mon peuple », écrit cette infatigable dame dans son autobiographie judicieusement intitulée Jusqu’au bout!.

Gisèle Lalonde recevra son doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa le 18 juin à la cérémonie de collation des grades de la Faculté des arts et de l’Université Saint-Paul. Elle est l’une des neuf personnalités exemplaires qui se verront décerner un doctorat honorifique de l’Université au printemps 2016.

Gisèle Lalonde, entourée du drapeau de l’Ontario et des armoiries de Vanier, est assise à une table dans la salle du conseil municipal.

Élue à la mairie de Vanier en 1985, Gisèle Lalonde a été la première mairesse francophone en Ontario.

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