Chaire conjointe en études féministes et de genre, Université d'Ottawa et Carleton University

En 1985, le Secrétariat d'État accorda une chaire conjointe en études des femmes à l'Université d'Ottawa et à l’Université Carleton. Dans le cadre du même programme, quatre autres chaires furent créées, à Halifax, à Québec, à Winnipeg et à Vancouver.

Chaire conjointe en études féministes et de genre

logo du Chaire conjointe en études féministes et de genre

L’Institut d’études féministes et de genre à l’Université d’Ottawa et l’Institut féministe de transformation sociale à l’Université Carleton ont le plaisir d’annoncer la nomination de la professeure Corrie Scott comme nouvelle titulaire de la Chaire conjointe en études des femmes, partagée entre les deux communautés universitaires. Elle va entamer son mandat de 2 ans le 1er juillet 2026.

Travaillant dans les deux langues officielles, Corrie Scott est professeure à l’Université d’Ottawa, où elle donne des cours de premier cycle ainsi que des séminaires de cycles supérieurs, et où elle a occupé les fonctions de directrice des programmes de premier cycle et des études supérieures. Nous adressons nos plus sincères félicitations à la professeure Corrie Scott et nous nous réjouissons de travailler avec elle au cours des prochaines années. 

Premièrement, la professeure Scott veut alléger la charge de travail des enseignant.e.s des deux Instituts face aux défis posés par l'IA en invitant des universitaires, des militant.e.s et des artistes à animer des ateliers. Ces ateliers viseront à fournir un soutien pédagogique concret et à offrir aux étudiant.e.s un espace pour explorer l'impact de l'IA sur leur vie. Comment adapter les épreuves scolaires pour assurer des apprentissages et des évaluations pertinents qui « nous rapprochent de la justice, et non seulement de l'inclusion ou de la diversité » (Mingus, 2011) ? Comment mieux communiquer aux étudiant.e.s l'importance de la créativité et de l'esprit critique ? Comment étendre les textes féministes intersectionnels que nous enseignons déjà afin d'analyser les implications épistémologiques, éthiques et politiques de l'IA ? 

Son deuxième objectif est d'approfondir les connaissances féministes de l’IA des étudiant.e.s en développant de nouveaux cours de premier cycle et de cycles supérieurs que la professeure Scott enseignera à l'Université d'Ottawa et à l'Université Carleton. La programmation en IA féministe permettra aux étudiant.e.s d'acquérir une analyse structurelle du pouvoir que les discours de marketing cherchent à occulter. Parmi les sujets abordés, on peut citer la justice algorithmique, l'afrofuturisme, le colonialisme numérique, le travail fantôme, les « biais » structurels, les cadres de gouvernance des données autochtones, les épistémologies relationnelles, les technologies éducatives, la culture de surveillance anti-Noire et anti-Palestinienne, la justice climatique, les enjeux syndicaux, le capacitisme sociotechnique et l'injustice linguistique. La professeure Scott enseignera des cours de premier cycle et de cycles supérieurs, notamment WGST 5902D Feminist AI Literacy for Everybody à Carleton et FEM 6500 C Féminisme et IA à l'Université d'Ottawa. 

Troisièmement, elle invitera des chercheur.e.s travaillant sur l'IA à prendre la parole lors d'événements destinés à l'ensemble de la communauté universitaire. Elle souhaite donner plus de visibilité aux chercheur.e.s, artistes et militant.e.s dont les travaux remettent en question la tendance des entreprises du secteur de l'IA à privilégier l'efficacité au détriment de l’éducation, l'extraction au détriment du care, la productivité au détriment de la créativité, et les profits privés au détriment du bien commun. Son troisième objectif est donc de voir plus grand et de contribuer à orienter l'IA vers une meilleure voie sur les deux campus. Les activités de la chaire exploreront d'autres façons d'envisager l'IA : un « moteur d'abondance » (Lewis et al., 2024) plutôt qu'un mécanisme d'extraction ; un outil conçu pour tous, et non seulement pour les privilégiés ; une technoscience inclusive (Hamraie et Fritsch, 2019) plutôt qu'une accessibilité « a posteriori » (Dolmage, 2025). Avoir de grandes ambitions est un antidote indispensable pour ne pas céder au battage médiatique et au pessimisme technologique (Bender et Hanna, 2025) sur lesquelles roulent si souvent les conversations sur le sujet de l’IA.

Dr. Corrie Scott

Corrie Scott

Corrie Scott est une professeure agrégée de l’Institut d’études féministes et de genre à l’Université d’Ottawa, où elle est membre très active de la communauté depuis 2011. Elle détient un doctorat en lettres françaises, avec spécialisation en études des femmes de l’Université de Toronto, 2011. Durant ses études à l’Université de Toronto, elle a rencontré ses camarades Joëlle Papillon (aujourd’hui professeure associée de français à l’université McMaster) et Nigel Lezama (aujourd’hui professeur associé de mode à la TMU), qui sont aujourd’hui ses potes à vie. Elle a eu du mal à terminer sa thèse tout en s’occupant de son fils, né à peu près au moment où elle rédigeait le quatrième chapitre, mais elle a fini par y parvenir grâce au soutien de sa famille. Avec beaucoup de difficulté, sa thèse a été transformée en un ouvrage intitulé De Groulx à Laferrière: un parcours de la race dans la littérature Québécoise, publié en 2014 aux éditions XYZ, même année de la naissance de sa fille. Ce fut une période bien intense, épuisante, mais qui a eu des retombés très positives dans sa vie.

Avant de devenir professeure à l’Université d’Ottawa, elle a enseigné en études des femmes à l’Université Carleton (aujourd’hui FIST), où elle a rencontré plusieurs de ses amies les plus chères, telles la professeure Rena Bivens (aujourd’hui professeure associée en communication à Carleton) et la professeure Aubrey Anable (aujourd’hui professeure associée en études de cinéma à Carleton). À l’Université d’Ottawa, la professeure Scott donne des cours de premier cycle et des séminaires aux cycles supérieurs tant en français qu’en anglais. Comme plusieurs professeures de l’Institut, elle a grandement bénéficié du mentorat généreux du professeur Michael Orsini tout au long de son parcours à uOttawa. La professeure Scott aime particulièrement enseigner le cours FEM 1100 Femmes, genre, féminisme : une introduction, qu’elle donne chaque année depuis 15 ans. Elle aime également enseigner FEM 5300/5700 Théories féministes et FEM 8501/8501, le séminaire professionnel de doctorat. Elle dirige des étudiant.e.s à la maîtrise et au doctorat, notamment sa première doctorante Celeste Orr dont la thèse est devenue un ouvrage primé intitulé Cripping Intersex (UBC Press). La professeure Scott participe régulièrement aux débats publics en publiant des éditoriaux notamment dans Le Devoir 2015Le Devoir 2020, La Conversation 2018 et Le Ottawa Citizen 2020 . Avec ses collègues de l’IEFG, elle s’est également lancée dans plusieurs plaidoyers pour les toilettes inclusives, la liberté académique, et la justice pour la Palestine.

Elle est chroniqueuse invitée pour la revue Voix et Images, où elle écrit sur l’état des études queer au Québec. Par exemple, sa chronique intitulée “La suprématie blanche, le colonialisme et le queer” paraîtra bientôt dans le dernier numéro de la revue. Elle est également membre du comité consultatif de la collection New Directions in Francophone Studies: Diversity, Decolonisation, Queerness, publiée par la presse universitaire d’Édimbourg. Elle a par ailleurs été pendant nombreuses années membre associée de l’équipe de recherche en études queer au Québec (ÉRÉQQ). Un autre moment marquant dans sa carrière a été sa participation à un rassemblement éducatif à Kahnawake, sur le territoire mohawk, au cours duquel une douzaine de chercheur.e.s venu.e.s de tout le Canada ont écouté des aîné.e.s mohawks, des chercheur.e.s et des artistes, partager leurs enseignements dans le cadre d’un projet financé par le CRSH (‘‘Approches autochtones du canon littéraire et visuel’’ Lauren Beck et David Garneau). Même si elle n’a jamais assez de temps pour faire tout ce qu’elle souhaite, la professeure Scott est reconnaissante d’avoir pu participer à ces différents forums.

Au fil des années, la professeure Scott a écrit sur les œuvres d’auteur.e.s tels qu’An Antane Kapesh, Nelly Arcan, Dany Laferrière, Billy-Ray Belcourt, Sergio Kokis, Tomson Highway, Marie-Claire Blais, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Pierre Vallières, Ying Chen, Félix-Antoine Savard, Michèle Lalonde, Michel Jean, Lionel Groulx, Georges Sioui, Jean Désy, Louis Hamelin, Véronik Picard Yokwas Yänenda’yeh et Anya Nousri. Bien qu’elle publie principalement en français, elle a parfois rédigé des articles en anglais, comme son texte, ‘‘How French Canadians Became White Folks, or Doing Things with Race in Quebec’’, paru dans Ethnic and Racial Studies, et plus récemment, ‘‘Colonial Constraint, White Supremacy, and Ceding Authority in An Antane Kapesh’s Eukuan nin matshi-manitu innushkueu’’ paru dans Studies in Canadian Literature. En français, la professeure Scott a écrit sur le rôle que jouent certaines formes de masculinité québécoise dans la construction du discours ‘‘métis’’ (‘‘Le ‘feeling’métis au masculin au Québec et son héritage colonial’’, La revue d’études autochtones, 2024). Et elle est particulièrement fière de sa contribution à un numéro spécial de Voix plurielles en 2022, ‘‘La blanchité sous la loupe des écrivains autochtones’’, dans laquelle elle analyse les écrits de plusieurs écrivains et écrivaines autochtones qui abordent et nomment explicitement la blanchité avec curiosité, compassion et colère.

S’il y a un dénominateur commun des travaux de professeure Scott, c’est son engagement à développer des pratiques de lecture et d’écriture décoloniales, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la salle de classe. Les méthodologiques qui ont guidé ses recherches et sa pédagogie vont continuer à orienter son travail dans le cadre de ce projet de chaire conjointe. Par exemple, elle continuera à réfléchir à ce que cela signifie d’être investie dans des pratiques décoloniales, tout en reconnaissant qu’elle ne peut pas toujours s’extraire du contexte colonial qui oriente ses responsabilités et ses relations. Elle demeure engagée à mettre au premier plan les chercheur.e.s et les expert.e.s BIPOC dont les travaux, les outils analytiques, les questions, et les idées nourrissent et orientent sa propre quête de savoir. Cette approche guidera son projet de travail en tant que titulaire de la chaire conjointe. Alors que nous développons nos connaissances féministes de l’intelligence artificielle sur le campus, les activités de la chaire conjointe valoriseront les contributions et le leadership des chercheur.e.s, militant.e.s et artistes handicapé.e.s, trans et BIPOC.

Chaire conjointe en études féministes et de genre
Corrie Scott PhD.
Pavillon des Sciences sociales, pièce 11037

Adjointe à la Chaire conjointe en études féministes et de genre
Hajar Bouainin
Pavillon des Sciences sociales, pièce 11002 

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