Deux autochtones qui font une différence

Publié le vendredi 8 juin 2018

Par Laura Darche et Linda Scales

L’Université d’Ottawa décerne un doctorat honorifique à neuf personnes exceptionnelles pour leurs réalisations extraordinaires à sa collation des grades du printemps 2018. Deux Autochtones, soit Cindy Blackstock, défenseure des droits des enfants, et Stanley Vollant, un chirurgien qui encourage les jeunes Autochtones à réaliser leurs rêves, sont au nombre des récipiendaires.

Cindy Blackstock

Cindy Blackstock tient près d’elle un ourson en peluche souriant qui porte des mocassins perlés.

Crédit photo : Fournie par C. Blackstock

La célèbre défenseure des droits des enfants des Premières Nations Cindy Blackstock ne craint pas de se battre au nom de la justice et de l’équité.

En 2007, l’Assemblée des Premières Nations et Cindy Blackstock, à titre de directrice générale de la Société de soutien à l’enfance et à la famille des Premières Nations, ont déposé une plainte auprès de la Commission canadienne des droits de la personne accusant le gouvernement fédéral de discrimination à l’égard des enfants autochtones en raison du sous-financement des services de protection de l’enfance dans les réserves. Neuf ans plus tard, en janvier 2016, le Tribunal canadien des droits de la personne a ordonné au gouvernement de mettre fin à la discrimination raciale envers les enfants en réformant son système et en augmentant le financement des services.

Cette décision a été considérée comme une décision historique pour les droits de la personne.

Cindy Blackstock, qui est membre de la Première Nation Gitxsan, a commencé sa carrière dans le domaine de la protection de l’enfance et des droits des enfants autochtones il y a une trentaine d’années, en tant qu’agente provinciale de la protection de l’enfance à Vancouver. C’est à cette époque qu’elle s’est rendu compte de la discrimination envers les services d’aide à l’enfance des Premières Nations et que de nombreux jeunes autochtones étaient envoyés dans des familles d’accueil, souvent non autochtones. Elle a rédigé sa thèse de doctorat sur le système canadien de protection de l’enfance et a obtenu des diplômes de maîtrise en gestion et en jurisprudence.

À toutes les audiences du Tribunal, Cindy Blackstock apportait un ourson en peluche blanc (Spirit Bear) que lui avait donné le Conseil tribal Carrier Sekani et qui est devenu un important symbole de la réconciliation. Par ce geste, elle voulait que l’ourson puisse « témoigner » au nom des 165 000 enfants des Premières Nations touchés par l’affaire des services de protection de l’enfance. En 2017, elle a copublié Spirit Bear et les enfants passent à l’histoire, un livre qui sert à informer les enfants sur l’affaire des services de protection de l’enfance et à affirmer leur rôle dans le mouvement de réconciliation.

La décision du Tribunal n’a pas freiné Cindy Blackstock dans son élan pour défendre la cause des enfants autochtones du Canada et de leurs familles. En février 2018, le Tribunal a rendu quatre ordonnances de non-conformité contre le gouvernement fédéral. Cependant, au début d’avril, la ministre des Services aux Autochtones a mentionné que le gouvernement s’était conformé à toutes les ordonnances et qu’il travaillait avec le Tribunal pour le confirmer.

« Mettons ça derrière nous, a déclaré Cindy Blackstock à la radio anglaise de Radio-Canada. Pour la première fois dans l’histoire de ce pays, donnons aux enfants autochtones le même niveau de services qu’à tous les autres enfants. »

Stanley Vollant

Stanley Vollant avec son bâton des mille rêves.

Vers la fin des années 2000, Stanley Vollant est un modèle de réussite : premier autochtone à devenir chirurgien au Québec, il est reconnu dans le milieu pour ses idées novatrices, impliqué dans de nombreux comités et associations dans les domaines de la médecine et de la santé, lauréat de plusieurs prix et mentions. Tout semble parfait. Pourtant, il éprouve de grandes souffrances personnelles et échappe de près au suicide. Il entreprend alors une démarche spirituelle avec Innu Meshkenu (le Chemin innu), une grande marche de 6000 km à travers les territoires des communautés autochtones du Québec, qui le mènera sur les traces de ses ancêtres.

Ce périple, divisé en plusieurs étapes, lui a permis de rencontrer les jeunes de ces communautés et de leur parler de l’importance des saines habitudes de vie, de l’identité et de la poursuite de ses rêves. Pour y arriver, il invite les jeunes à placer leurs aspirations dans son bâton de marche qu’il nomme « bâton des mille rêves ». Avec ce projet, qui l’a fait connaître du grand public1, Stanley Vollant s’est engagé à s’investir dans l’amélioration des conditions de vie et la reconstruction des siens. Et ses efforts portent fruit : on a constaté une baisse de l’utilisation de drogues, d’alcool et de tabac ainsi qu’une perte de poids chez ceux qui ont participé à Innu Meshkenu. Des clubs de marche et des projets d’expéditions en raquettes ou en canot ont aussi vu le jour dans les communautés visitées.

Cet engagement de celui qui a été le premier directeur du Programme autochtone de la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa a également pris une forme très concrète avec des mini-écoles de médecine. Conscient du déséquilibre entre l’état de santé des communautés autochtones et leur accès aux professionnels de la santé par rapport au reste de la population canadienne2, Stanley Vollant, accompagné d’étudiants en médecine de l’Université de Montréal, visite des écoles secondaires autochtones pour donner le goût aux jeunes de faire carrière dans le domaine de la santé3. Ce type d’activité de recrutement ciblé a été repris par d’autres universités, notamment par notre faculté de médecine, qui reçoit des groupes d’élèves autochtones sur le campus depuis 2010 avec Venez marcher dans nos mocassins.

Sources

  1. Le docteur Stanley Vollant à TLMEP
  2. Pour des médecins venus du Nord
  3. Cours de médecine 101 pour de jeunes Autochtones
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