Étoiles montantes du droit

Publié le mercredi 15 juin 2016

Group of seven men with another man in a motorized wheelchair in front of the steps of the Supreme Court of Canada

John McCrea pose en compagnie d’un groupe d’amis devant la Cour suprême du Canada avant une cérémonie officielle, en avril 2016. Photo : Jesse Winter Photography

Par Mike Foster

John McCrea compte mettre son nouveau diplôme de Juris Doctor (JD) à profit pour continuer à défendre les droits en matière d’accessibilité des personnes ayant des limitations fonctionnelles. En tant qu’étudiant atteint de paralysie cérébrale résidant sur le campus, il a convaincu l’Université d’Ottawa de lui offrir les soins personnels dont il avait besoin pour l’aider à aller au lit, à s’habiller et, occasionnellement, à lui préparer des repas.

« Avant que ce programme ne voie le jour, je pouvais uniquement compter sur de l’assistance communautaire, explique-t-il. Une aide personnelle se présentait à la résidence à une heure prédéterminée – je disposais alors d’une heure pour faire tout ce dont j’avais besoin. »

« Cette formule n’était vraiment pas pratique. Mon heure de coucher était fixée pour 21 h. Si je devais terminer un travail ou une lecture avant d’aller au lit, il n’y avait personne pour m’aider. Ça a eu des répercussions sur ma vie universitaire. »

John McCrea, qui utilise un fauteuil roulant motorisé, a abordé la question avec Allan Rock, recteur de l’Université d’Ottawa. Une agence privée de soins personnels a été retenue pour offrir aux personnes handicapées qui vivent en résidence de l’aide de 22 h à 6 h en semaine et 24 h par jour le week-end.

Tout au long de son séjour sur le campus, il a soulevé de légères améliorations devant être apportées à l’environnement physique, tel que l’installation de nouveaux boutons-poussoirs pour l’ouverture des portes. Il a également sollicité diverses mesures d’adaptation et technologies d’assistance, telles que l’accès à un scribe lors d’examens, du matériel de cours en format numérique et un logiciel de dictée vocale pour la rédaction de dissertations.

À l’été 2014, l’étudiant a effectué un stage au ARCH Disability Law Centre de Toronto où, sous la supervision d’un avocat, il a suggéré des amendements à la Loi sur les services et soutiens favorisant l’inclusion sociale des personnes ayant une déficience intellectuelle. En août, John McCrea entreprendra son stage d’avocat au cabinet torontois WeirFoulds LLP, qui plaide notamment des dossiers liés à l’accessibilité dans divers domaines de droit.

« Je m’estime extrêmement chanceux et je tiens à continuer à redonner au suivant, explique-t-il. Je souhaite améliorer la situation de ceux qui viendront après moi pour que dans quelques années, un cas comme le mien ne soit plus considéré comme anormal. C’est là mon objectif. »


À la défense des détenues

Woman on stage speaking into a microphone.

Savannah Gentile, aussi slameuse, s’est produite à l’occasion du spectacle de variétés en appui au groupe communautaire de jeunes LGBTQ+ Spectrum. Photo : Victoria Wan

C’est dans un cours sur le droit carcéral que Savannah Gentile, alors étudiante de troisième année, a trouvé sa voie. Inspirée par sa professeure et mentore Kim Pate, elle a milité pour l’adoption de solutions alternatives pour les femmes vulnérables incarcérées.

En avril, Savannah Gentile a obtenu une bourse de stage auprès del’Association canadienne des Sociétés Elizabeth Fry (ACSEF), un groupe de défense des droits des détenues. Aujourd’hui, elle travaille en collaboration avec Kim Pate; directrice générale de l’ACSEF, celle-ci a reçu un doctorat honorifique de l’Université d’Ottawa en 2012.

L’étudiante a récemment contribué à organiser la conférence A Word: Reclaiming Advocacy (en anglais), à laquelle participaient l’honorable Louise Arbour et Howard Sapers, enquêteur correctionnel du Canada. Une fois son stage actuel terminé, elle entamera cet été son stage d’avocate au service juridique communautaire de la région de York.

« Je suis la première de ma famille à obtenir un diplôme universitaire. J’ai grandi dans des logements subventionnés, où ma mère élevait seule mes deux sœurs aînées et moi. Ce n’était pas toujours facile.

« J’ai grandi avec un sens très aigu de l’injustice et de l’oppression. Je suis aussi une femme queer, ce qui contribue à exacerber la situation pour moi. C’est un cliché, mais je voulais changer les choses. »

Pendant ses études, elle a contribué à organiser des panels avec le groupe OUTLaw de l’Université d’Ottawa (en anglais), l’Association des étudiants LGBTQ en droit. Elle a également mis sur pied un spectacle de variétés qui a permis d’amasser 564 $ pour Spectrum, un groupe communautaire de jeunes LGBTQ+.

« Les universitaires et les avocats peuvent parfois s’éloigner un peu des enjeux dont ils traitent. Lorsqu’on étudie le droit, on constate que l’on aborde souvent la pauvreté comme si elle n’existait pas entre nos murs. Ce n’est pas loin d’être le cas. Pour une personne qui a grandi dans la pauvreté, il est facile de se sentir quelque peu exclue. En découvrant le droit carcéral, j’ai eu l’impression de trouver ma place. »


Championne des réfugiés

Woman smiling.

Mayoori Malankov. Photo : Sukhdeep Sembi

Jeune réfugiée tamoule du Ski Lanka, Mayoori Malankov est arrivée au Canada à l’âge de deux ans. Enfant, elle observait sa mère et son père aider d’autres réfugiés s’adapter à leur nouvelle vie au Canada, et rêvait de pratiquer le droit.

L’étudiante a su poursuivre son objectif tout en restant fidèle à ses racines. Après l’obtention de son diplôme de Juris Doctor de l’Université d’Ottawa le 17 juin, elle commencera son stage d’avocate à la South Asian Legal Clinic of Ontario.

« C’est pour moi un stage de rêve, parce que la clinique offre gratuitement des services juridiques aux membres vulnérables et à faible revenu de la communauté sud-asiatique dont je fais partie, explique-t-elle. Depuis mon plus jeune âge, j’ai constaté à quel point mes parents ont dû travailler pour subvenir aux besoins de notre famille et se bâtir une vie ici. Ça a influencé ma façon de voir les choses. »

Pendant ses études, Mayoori Malankov a aidé une famille syrienne à accueillir sa grand-mère et une tante au Canada grâce au Programme d’appui au parrainage de réfugiés (en anglais). Ce programme à l’échelle nationale jumelle des parrains privés à des avocats et des étudiants en droit qui les aiguillent de façon bénévole dans ce processus juridique complexe.

Elle a également contribué à la création d’ateliers d’éducation publique pour sensibiliser les élèves du secondaire à la crise des réfugiés. Mayoori Malankov a été présidente de la section d’Ottawa du Fonds d’action et d’éducation juridiques pour les femmes, qui a organisé des panels sur l’accès à la santé génésique pour les femmes et visité des écoles secondaires pour parler aux jeunes de consentement sexuel.

Armée de son diplôme de Juris Doctor, elle compte se consacrer à la défense des réfugiés et au droit familial.

« C’est un honneur d’enfin avoir ce papier en main. Je suis ravie de savoir qu’on me confiera désormais la responsabilité de servir les autres – c’est ce dont j’ai toujours rêvé. »

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