Un réformateur de l'éducation trouve un foyer à l'Université d’Ottawa

Publié le lundi 19 novembre 2018

Andy Hargreaves sur scène

Par Leïla Armesto

Nous nous sommes entretenus avec Andy Hargreaves, professeur invité à la Faculté d’éducation et expert de renommée internationale sur le changement et la collaboration en éducation. Cofondateur de l’International Centre for Educational Change et actuel président de l’International Congress of School Effectiveness and Improvement, Hargreaves a écrit ou édité plus de 30 livres, dont le primé Professional Capital: Transforming Teaching in Every School (avec Michael Fullan, 2012).

Qu'est-ce qui vous a conduit dans le domaine de la réforme de l'éducation ?

J'ai grandi dans une petite communauté ouvrière au nord de l'Angleterre, où une enseignante brillante d'école primaire m'a inspiré dès mon plus jeune âge à poursuivre une carrière en éducation. Malheureusement à l'école secondaire, les professeurs qui ont suivi étaient plutôt axés sur une approche pédagogique très descendante, ils étaient didactiques et ne se préoccupaient pas de la vie des élèves. J'ai enseigné brièvement dans une école primaire et j'ai réalisé que le vrai problème auquel les enseignants étaient confrontés n'était pas au niveau des élèves mais des autres éducateurs. C'est pourquoi j'ai décidé d'aborder cette question en comprenant puis en essayant de transformer la culture de l'enseignement pour qu'elle devienne plus inspirante pour les enseignants et, en retour, qu'elle améliore les choses pour les enfants.

Andy Hargreaves

Selon vous, sur quoi les programmes de formation des enseignants devraient-ils mettre l'accent en particulier ?

L'enfance n'est pas seulement une préparation à l'âge adulte - on ne passe pas 20 ans à se préparer à autre chose. Ces 20 années ont de la valeur en soi. L'éducation n'est pas seulement ce à quoi nous préparons les jeunes, mais aussi ce à quoi ressemble la vie qu'ils vivent maintenant. Prêtez attention à cela, et je pense que nous préparerons les enfants plus efficacement à ce qui suit.

Quelle est la chose la plus difficile à changer dans la culture scolaire ?

Je peux penser à deux choses. La première est de rassurer les enseignants sur la valeur de la collaboration avec les élèves, qui doivent faire partie du changement. Les élèves doivent être des sujets dans le changement, et non des objets de celui-ci. Nous devons également souligner l'importance de la démocratie à l'école. Il ne s'agit pas seulement de cocher une case, mais de bien informer les élèves sur le monde dans lequel ils vivent, de leur permettre d'y voir leur place et d'inclure ceux qui sont différents d’eux. Les étudiants doivent participer activement, aussi bien en termes d'action que de réflexion, et réfléchir de manière critique aux idées des autres et à la façon dont nous changeons le monde. En fin de compte, notre travail n'est pas de préparer les enfants à la démocratie, mais de leur faire vivre la démocratie.

Comment vous êtes-vous retrouvé au Canada ?

Mes frères ont déménagé au Canada avant moi. J'ai pris la décision de m'installer ici à l'époque où le thatchérisme se répandait en Angleterre. J'ai reçu une offre d'emploi à Toronto, nous y avons déménagé et nous sommes devenus citoyens. Plus tard, j'ai enseigné au Collège de Boston. Lorsque j'ai pris ma retraite, nous avons décidé que nous voulions être à Ottawa pour cette phase de notre vie, près de notre famille. Nous avons nos petits-enfants ici et nous vivons tout près d'eux. J'ai aussi une forte communauté professionnelle dans cette partie de la province et à cette université, alors j'ai deux "maisons" à Ottawa : une maison professionnelle et ma maison familiale.

Ayant voyagé dans plus de 40 pays, que pouvez-vous dire de votre expérience mondiale ?

Il est intéressant de noter que j'ai très peu voyagé pendant les 37 premières années de ma vie. Mais après avoir déménagé au Canada, j'ai découvert que lorsque vous déménagez d'un endroit à un autre, vous apprenez beaucoup de choses sur vous-même. Les différences entre un endroit et un autre génèrent de nouvelles idées. Cela s'applique également à l'apprentissage et à la collaboration en éducation. J'ai appris à faire le lien entre la théorie et la pratique et à faire des recherches qualitatives qui m'ont permis d'apprendre des autres et de faire progresser cet apprentissage ailleurs.

Qu'aimeriez-vous le plus réaliser à l'Université d'Ottawa ?

Le Canada est l'un des pays leader en matière de collaboration entre enseignants, et je vois ici un fort potentiel de collaboration professionnelle. Un héritage à long terme où nous continuons à créer des opportunités pour les autres et pour nous-mêmes. Je m'intéresse à ce que je peux apporter pour aider à bâtir et à renforcer la communauté, pour augmenter l'impact des choses que les gens apprécient déjà ici.

Il est peu probable que je donne des cours ici à l'Université d'Ottawa. Je me concentre sur le travail mondial en ce moment, mais je serais très heureux de rencontrer des étudiants, de siéger à des comités ou de contribuer à des cours. Nous sommes dans la capitale du Canada, l'une des nations les plus performantes, les plus inclusives, démocratiques, multiculturelles et bilingues du monde. Où que j'aille, c'est fabuleux pour moi de pouvoir dire que je viens de l'Université d'Ottawa. C'est une marque merveilleuse à avoir comme partie intégrante de ma propre identité.

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