Enactus s’attaque à l’insécurité alimentaire dans le Nord

Publié le mardi 17 mai 2016

Quatre personnes bien enveloppées dans des vêtements d’hiver sont regroupées debout devant la toundra arctique.

De gauche à droite: Alida Burke, Kathleen Kemp, Ajmal Sataar et Corey Ellis, membres de l’équipe Enactus, pendant leur visite à Iqaluit, début 2015.

Par Brandon Gillet

Enactus uOttawa vient de lancer Growcer, une initiative ambitieuse qui a pour but de contribuer à soulager l’insécurité alimentaire sévissant à Iqaluit. Le projet consiste en un système agricole appelé l’aquaponie, qui permet de cultiver des poissons et des végétaux ensemble, mais auquel vient s’ajouter un élément inédit : ces fermes aquacoles seront installées dans des contenants maritimes abandonnés, qui jonchent le littoral près de nombreuses communautés dans le Nord.

Lors de la récente Exposition nationale Enactus à Toronto, l’équipe responsable du projet Growcer faisait partie du groupe Enactus qui a représenté l’Université d’Ottawa, et qui s’est classée parmi les quatre finalistes du concours. L’École de gestion Telfer s’est également vu décerner le Prix de l’administration de l’année pour son soutien envers les jeunes entrepreneurs. Disséminés sur des campus aux quatre coins du pays, les groupes Enactus ont une mission commune : « Se servir de l’action entrepreneuriale pour créer un monde meilleur et durable ».

L’année dernière, les étudiants Alida Burke, Corey Ellis, Kathleen Kemp (qui a obtenu son diplôme depuis) et Ajmal Sataar (qui a aussi obtenu son diplôme depuis), membres d’Enactus uOttawa, se sont rendus à Iqaluit et c’est alors que l’idée du projet Growcer a germé en eux. En effet, tandis qu’ils animaient des ateliers sur l’entrepreneuriat à l’intention de la population locale, ils ont appris que l’insécurité alimentaire représentait une préoccupation majeure au sein de la communauté.

Selon une enquête menée en 2015 sur les prix des denrées alimentaires, les résidents du Nunavut paient en moyenne deux fois plus que le reste du Canada pour les mêmes produits alimentaires, voire parfois trois fois plus (pour les carottes, par exemple). Bien que le gouvernement fédéral consacre 60 millions de dollars par année aux subventions alimentaires destinées aux communautés du Nord, près de 70 % des foyers Inuits vivent dans l’insécurité alimentaire, un taux huit fois plus grand que la moyenne nationale.

« La population dépend d’importations coûteuses provenant du sud », rapporte Corey Ellis, étudiant à l’École de gestion Telfer et président d’Enactus. « Ce que nous voulons, c’est procurer aux gens un outil qui les rendra autonomes, car en cultivant leurs propres aliments, ils réduiront leur dépendance vis-à-vis de l’importation. »

Après des mois de planification, l’équipe a eu l’idée de créer des fermes aquacoles en se servant de contenants maritimes abandonnés par les entreprises d’extraction des ressources. L’objectif : rénover ces contenants pour cultiver sur place des aliments nutritifs et abordables.

Récemment, Enactus uOttawa a bénéficié d’une subvention de 30 000 $ de la part de la fondation de la famille J.W. McConnell. Ces fonds seront destinés à leur grand projet Northern Innovation Hub, qui vise à transformer les contenants maritimes abandonnés en espaces commerciaux et résidentiels, dont le besoin est si pressant. Le groupe vient d’entamer des pourparlers avec la Municipalité d’Iqaluit, dans l’espoir de mettre en œuvre ce programme d’ici deux ans.

« Nous comptons intégrer un projet Growcer dans le cadre de cette initiative, en parallèle avec les contenants qui seront rénovés à ces autres fins », explique M. Ellis.

Schéma du système aquaponique proposé pour le projet Growcer

La ferme aquacole fonctionne selon un système de recirculation d’eau, ce qui élimine la nécessité de la réchauffer en permanence.

Une tonne de poisson et de végétaux

Le projet Growcer consiste en une ferme aquacole qui combine l’aquaculture (élevage de poissons) et l’hydroponie (culture aquatique de plantes), de manière à ce que les sous-produits de poisson servent d’engrais aux plantes, sans besoin de recourir à des produits chimiques.

L’équipe estime que Growcer, dont le projet pilote devrait être fonctionnel cet automne, pourrait générer au moins une tonne de poisson et de végétaux par année. Les fermes aquacoles mettent du temps à se développer : les légumes verts poussent d’abord, et les plantes non vertes, telles que les carottes et les tomates, après.

La technologie est assez nouvelle, mais Corey Ellis affirme que si Growcer et d’autres initiatives semblables sont couronnées de succès, cette activité pourrait prendre racine et aider ainsi à enrayer l’un des plus graves problèmes du Nord.

Toutefois, des pannes d’électricité ou des canalisations bouchées peuvent mettre le système aquaponique à rude épreuve et entraîner une perte des stocks de poissons, ce qui interromprait l’ensemble du système.

« Pour pallier cette éventualité, nous avons doté le système d’une technologie infonuagique de surveillance afin de contrôler de manière continue diverses fonctions, telles que les niveaux de pH, de température ou d’humidité », indique M. Ellis. « Chacune des personnes impliquées sera vite alertée s’il y a un problème, ce qui permettra d’y remédier promptement. »

Le projet pilote sera mené par des bénévoles, mais une fois que le programme sera bien établi, il en découlerait des occasions d’emploi pour la population locale. Soulignons que le taux de chômage à Iqaluit est de 17,9 %, alors que le taux national se situe à 6,6 %.

« Nous comptons former des gens pour les postes techniques et en embaucher d’autres parmi les résidents du foyer pour hommes à Iqaluit pour ce qui est de la plantation et la culture », déclare M. Ellis. « Le taux de sans-abrisme est d’un sur trois là-bas, alors nous espérons procurer de l’emploi à ces personnes et les aider à se réinsérer dans le monde du travail. »

Le projet pilote utilisera de l’énergie hydroélectrique, avec quelques panneaux solaires en guise de complément, mais l’équipe Enactus vise la durabilité à long terme.

« C’est un objectif ambitieux, certes », admet Corey Ellis, « mais nous avons l’espoir qu’un jour les agriculteurs Growcer fonctionneront entièrement hors réseau. »

 une serre installée sur un contenant maritime, l’intérieur de la serre où sont cultivées des tomates, et l’intérieur du système aquacole.

Une ferme aquacole construite par une autre entreprise offre un aperçu de ce que le projet Growcer compte accomplir.

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