Défendre le droit à l'eau une bouteille à la fois

Publié le mardi 20 mars 2018

Celeste tient sa bouteille H2Ottawa devant un mur de feuillage

Par Laura Darche

C’est en se rendant à son premier cours de sociologie environnementale, un peu en retard et assoiffée, que Celeste Digiovanni apprend que l’Université d’Ottawa ne vend plus d’eau embouteillée depuis 2010. Choquée qu’une ressource aussi essentielle ne soit pas offerte sur le campus, elle cherche à comprendre pourquoi et découvre que l’eau embouteillée est problématique pour les droits de la personne et entraîne des coûts environnementaux et monétaires importants. Elle comprend alors pourquoi l’Université a pris cette décision, mais quand même, les bouteilles d’eau, c’est pratique! Elle imagine alors une solution de rechange portable, durable et économique à la bouteille jetable : la bouteille H2Ottawa.

« Mon accès limité à de l’eau portable n’était qu’une petite frustration en comparaison avec les problèmes complexes et souvent mortels au niveau mondial et même local(!) entourant le droit à l’eau.» – Celeste Digiovanni

Une bouteille pas comme les autres

Faite d’aluminium recyclable à l’infini, vendue dans les machines distributrices au même prix qu’une bouteille d’eau jetable, remplissable aux nombreuses fontaines du campus et réutilisable, la bouteille H2Ottawa est aussi pratique et accessible que son équivalent de plastique, mais sans les répercussions environnementales, économiques et sociales. Trouvez-la dans les machines distributrices listées ici. La bouteille a aussi été commanditée par Desjardins durant la semaine des diplômés de mai dernier et sera vendue au Bluesfest.

Pionnière des universités canadiennes en la matière, l’Université d’Ottawa a rejoint les rangs de plus de 80 universités et collèges en Amérique du Nord qui ont banni la bouteille d’eau sur leur campus1. C’était, pour l’établissement, une façon de respecter ses engagements en matière de développement durable et de réduire les déchets. Le projet H2Ottawa a donc été accueilli très favorablement par les employés de l’Université, qui ont eu l’occasion de soutenir Celeste dans sa démarche.

 Les Canadiens et l'eau potable.

83 % disent qu’elle doit faire partie des priorités de financement du gouvernement, 93 % la voient comme un droit fondamental, 71 % croient que son accès ne peut être possédé, acheté ni vendu, 77 % craignent la pénurie sans bonnes mesures de conservation.Source : Étude 2017 sur les attitudes des Canadiens à l’égard de l’eau.

« Je pense que c’est un parfait exemple d’innovation : c’est local, ça mélange la recherche et l’action concrète et, en même temps, ça contribue vraiment à améliorer le campus. » - Jonathan Rausseo, Gestionnaire du développement durable, Université d’Ottawa

L’accès à l’eau, un droit fondamental

Les Canadiens et les Canadiennes qui peuvent pour la plupart obtenir de l’eau potable à volonté en ouvrant simplement le robinet ont tendance à tenir cette eau pour acquise. Après tout, le Canada dispose d’environ 20 % de l’eau douce du monde. Cependant, le pays a seulement 7 % de l’eau potable renouvelable, qui est, en réalité, plutôt rare sur la planète2. Mondialement, avec l’accroissement de la population, la demande en eau surpassera de 40 % les ressources disponibles en 20303.

L’eau embouteillée provient en grande partie de localités rurales sans système public de traitement de l’eau et est vendue en ville à des gens qui payent déjà pour l’eau courante. Pour Celeste, ceci représente un aspect d’un enjeu encore plus grand : celui de la privatisation de l’eau. L’eau potable, en tant que ressource vitale et irremplaçable, ne peut être traitée comme toute autre ressource naturelle. La privatisation de l’eau, qui génère des profits pour l’entreprise privée (2,5 milliards de dollars annuellement au Canada seulement4), ne contribue pas à faire considérer l’accès à l’eau potable comme un droit à protéger.

Donc, la prochaine fois que vous aurez soif mais pas de récipient à portée de main, passez par une des machines distributrices du campus et prenez votre première bouteille H2Ottawa. Vous contribuerez ainsi à garder la planète plus propre et prendrez position pour la reconnaissance du droit fondamental de l’accès à l’eau!

Sources

  1. Ban the bottle
  2. Gouvernement du Canada - Eau : Foire aux questions
  3. Barlow, Maude. (2013) Blue Future. New York: The New Press.
  4. The Globe and Mail - Stuck on the bottle
  5. Feldman, David Lewis. (2012) Water. Massachusetts : Polity Press.
  6. Gleick, Peter. (2010) Bottled and Sold: The Story Behind Our Obsession with Bottled Water. Washington, DC: Island Press.
  7. Stratégie pour un Ontario sans déchets, Bâtir une économie circulaire [PDF 6.3 Mo]
  8. Estimé pour un étudiant qui achète 1 bouteille d'eau par jour sur le campus. Jonathan Rausseo, Gestionnaire du développement durable, Université d’Ottawa (entrevue réalisée en 2015).
  9. Ville d'Ottawa - Purification, qualité et livraison de l'eau
  10. Gouvernement du Canada - Eau embouteillée
  11. La Presse - L'eau en bouteille de plusieurs marques contaminée par du plastique

Pourquoi bannir la bouteille d’eau, en chiffres

Pour la planète

  • 4 bouteilles d’eau sur 5 ne sont pas recyclées5
  • 3 à 4 litres d’eau potable sont nécessaires pour produire le plastique d’une bouteille d’un litre6
  • 53 millions de barils de pétrole ont été utilisés pour produire des bouteilles d’eau aux États-Unis en 2007 (estimation)6

Pour nos finances

  • L’eau embouteillée coûte 1 000 fois plus cher que l’eau du robinet6
  • Les bouteilles en plastique sont à l’origine de 78 % de l’augmentation des dépenses en gestion des déchets au Canada entre 2004 et 20127
  • Quelque 400 $/année sont dépensés par les étudiants pour l’eau embouteillée (estimation)8

Pour notre santé

  • 100 000 tests de l’eau du robinet effectués annuellement par la Ville d’Ottawa9
  • 0 : nombre de tests d’eau obligatoires pour les embouteilleurs (réglementé comme un aliment)10
  • 10,4 particules de plastique par litre trouvées dans 93 % des bouteilles d’eau11
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