Inspirer le changement du Canada jusqu’en Inde

Publié le mardi 25 novembre 2014

La professeure d’arts visuels Jennifer Macklem en Inde.

Par Marcelle-Anne Fletcher

Nos connaissances sur les enjeux environnementaux sont encore largement dominées par les scientifiques. Bien que ceux-ci fournissent des données concrètes et d’excellentes pistes de solutions aux problèmes écologiques, les artistes peuvent eux aussi faire des contributions épatantes. La professeure d’arts visuels Jennifer Macklem est une de ces personnes.

Dernièrement, la professeure Macklem a réalisé un court métrage intitulé Sacred River (la rivière sacrée) qui traite de la pollution du Gange à Varanasi, en Inde.

Le film de 17 minutes s’ouvre sur un garçon qui se rend au fleuve pour faire sa prière matinale. Troublé par la pollution, il amorce sa petite enquête.

Sacred River explore une nouvelle façon de voir les enjeux environnementaux, une vision de la nature orientée sur la spiritualité que les sociétés occidentales occultent ou marginalisent bien souvent.

La professeure Macklem a été touchée par les liens qui unissent les Indiens à la nature, surtout le Gange.

Lors d’un voyage en Inde, elle a vu des Indiens se rendre au fleuve pour des raisons pratiques : hygiène personnelle, eau potable et rituels religieux. « J’ai trouvé que l’habitude qu’ont les gens en Inde d’attribuer une signification sacrée à toutes sortes d’éléments naturels contrastait vraiment avec les liens que nous entretenons avec la nature. La foi et plusieurs énergies divines font partie du quotidien des Indiens, et personne ne trouve cela étrange ou gênant. Je crois que ce type de rapport avec des éléments qu’ils considèrent comme divins donne aux gens une dose d’espoir qu’ils n’auraient peut-être pas autrement. C’est intégré à leur quotidien. »

En tant qu’artiste née de père scientifique, Jennifer Macklem croit que l’utilisation d’images artistiques qui provoquent des réponses émotionnelles pour faire passer des messages scientifiques n’a pas moins d’impact que la science.

« Je m’intéresse à l’art et à la science, précise-t-elle. La science a beaucoup à offrir, et je ne rejette pas tout ce que la science nous apporte. On peut toutefois transmettre un message scientifique d’une façon beaucoup plus humaine, qui tient compte des conditions que la science veut souvent éliminer. »

L’art fait réagir les gens de façons tout autres que les déductions scientifiques. Les études scientifiques sont parfois décourageantes ou inaccessibles pour des non-initiés. Et c’est là la beauté du film, selon Jennifer Macklem : « Ce n’est pas un film totalement scientifique. Vous verrez qu’il est accessible à plusieurs publics. »

La réalisatrice tente maintenant d’inscrire Sacred River à des festivals de cinéma.

« J’espère que mon film touchera différents types de personnes qui s’intéressent à la nature et aux causes environnementales, ajoute-t-elle, et qu’il redéfinira notre notion du sacré. » Se servir du film pour diffuser des messages de nature scientifique peut amener les Nord-Américains, tout comme les Indiens, à repenser leur milieu de vie et à acquérir les compétences et les connaissances dont ils ont besoin pour vivre de façon plus respectueuse de l’environnement.

La docufiction a permis un échange entre des universitaires de l’Université d’Ottawa et de l’Université hindoue de Bénarès sur la dégradation de l’environnement, de même que des réactions créatives et sensibles aux traditions culturelles et spirituelles. Espérons qu’artistes et professionnels de l’environnement continueront à collaborer pour insister encore davantage sur la nécessité de s’attaquer aux enjeux écologiques.

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