L’université, source d’espoir pour ce finissant survivant d’un accident de voiture

Publié le mercredi 25 novembre 2020

Portrait de Jesse Lesniowski

S’il y a une chose que Jesse Lesniowski a apprise après avoir survécu à un terrible accident de voiture alors qu’il était au secondaire, c’est qu’il est essentiel de faire valoir ses droits. À cause de ses blessures, il a mis quelques années de plus que prévu pour terminer son secondaire et son baccalauréat en sciences environnementales à l’Université d’Ottawa. « Mais c’est correct, confie-t-il. Je suis allé à mon rythme. J’ai appris à me battre pour obtenir ce dont j’ai besoin pour réussir et j’ai fait de la place dans ma vie pour les choses qui me rendent heureux. »

Malgré les séquelles permanentes de son accident, Jesse obtiendra son B.Sc. spécialisé en sciences environnementales, option géochimie environnementale et écotoxicologie, de la Faculté des sciences ce dimanche 29 novembre. De plus, il a récemment été admis à la maîtrise en durabilité de l’environnement de l’Institut de l’environnement de l’Université.

Chanceux d’avoir survécu

En 2011, alors qu’il achevait sa dixième année, Jesse revenait d’un séjour à Toronto avec sa copine de l’époque lorsque leur véhicule a été impliqué dans un accident sur l’autoroute près de Belleville. Heureusement, personne n’a perdu la vie, mais le couple a subi de graves blessures et a dû être hospitalisé pendant plusieurs mois à Kingston, en Ontario.

« J’étais aux soins intensifs, subissant des opérations presque tous les jours et essayant tant bien que mal de me rétablir, explique Jesse. Mon tube digestif fut sévèrement atteint en raison de l’importante pression causée par la ceinture de sécurité. Des muscles ont été sectionnés, mes côtes et mon sternum ont été fracturés, mon poumon a été perforé et environ deux mètres de mon intestin grêle ont dû être retirés. Essentiellement, tous les organes qui n’étaient pas nécessaires à ma survie ont été enlevés. Voilà ce qui a causé mes handicaps. »

Encore aujourd’hui, Jesse souffre de fatigue et de douleurs chroniques. Le simple fait de manger est pour lui un calvaire, et il a de graves problèmes digestifs. Il traîne toujours avec lui des pilules antidouleur et doit bien gérer son temps pour ne pas s’épuiser.

Motivé par l’idée d’aller à l’université

Pour finir son secondaire, Jesse a suivi la plupart de ses cours de la maison. Ses séances de physiothérapie ont remplacé ses cours d’éducation physique. Le cours de sciences environnementales, offert uniquement en ligne, était l’un de ses préférés, à tel point qu’il s’est inscrit à la Faculté des sciences de l’Université d’Ottawa pour continuer d’étudier ce sujet.

« À l’hôpital, à Kingston, l’une des seules choses que je pouvais voir de la fenêtre de ma chambre était l’Université Queen’s, se souvient-il. Voir le campus était pour moi une source d’espoir : si je réussissais à aller à l’université, peut-être que je pourrais vivre une vie normale. Je m’accrochais à cette idée qui me motivait à avancer. Je crois que ça m’a aidé à guérir et à traverser cette période difficile. »

Jesse a aussi souligné la chance qu’il a eue de pouvoir compter sur le soutien d’une ergothérapeute. Tout au long de ses études secondaires et universitaires, elle l’a aidé à accéder aux services dont il avait besoin pour réussir, notamment le Service d’appui au succès scolaire (SASS) de l’Université. Elle l’a convaincu de l’importance de faire valoir ses droits, cause qu’il a tenu à soutenir à son tour par la sensibilisation et la défense des intérêts des étudiants et étudiantes.
 

Jesse Lesniowski et Dasa Soekotjo tenant un panneau avec l'arc-en-ciel de la fierté gaie et le logo de l'Association des étudiants en sciences

Jesse Lesniowski, à gauche, et Dasa Soekotjo, à droite, pendant la Semaine 101 de l'Association des étudiants en sciences, en 2018.

Une voix pour les personnes LGBTQ+ ayant un handicap

« Certains étudiants et étudiantes m’ont dit que sans aide ou sans se sentir appuyé, ça pouvait être très difficile de faire valoir ses droits, raconte Jesse. Si on ne reçoit pas le genre de soutien que j’ai eu, on risque de se sentir dépassé et d’abandonner. C’est d’autant plus vrai si on n’a pas l’air d’avoir besoin d’accommodements. Mon handicap est invisible. En fait, on ne le voit que si j’enlève mon chandail. La plupart des gens sont gentils et compréhensifs, mais il m’est arrivé d’être confronté à des personnes incrédules et hostiles. Je voulais simplement être présent pour des étudiant.e.s comme moi, les convaincre que d’exprimer un besoin n’est pas un signe de faiblesse et leur faire comprendre qu’ils ne sont pas seuls. »

Jesse collabore régulièrement au magazine numérique Her Campus : il y écrit sur son handicap, la positivité corporelle et l’accès à des ressources importantes. Il a également recueilli des fonds pour le CHEO, Shinerama (la plus importante collecte de fonds menée au pays par des étudiants et étudiantes du postsecondaire au profit de Fibrose kystique Canada) et Egale Canada, un organisme de défense des droits de la communauté LGBTQI2S.

« Bien des personnes LGBTQ+ ayant un handicap ne sont pas reconnues ou représentées au sein de la communauté, souligne Jesse. Peu importe le contexte, je me fais un devoir de parler de mon expérience et de mon handicap afin de faire tomber les préjugés. »
 

Jesse Lesniowsky sous les traits de son alter ego Saltina Shaker.

Jesse Lesniowsky sous les traits de Saltina Shaker.

Un membre actif de la communauté universitaire

Jesse a été vice-président aux activités philanthropiques de l’Association des étudiants en sciences (AÉS) et représentant des étudiants et étudiantes de son département, en plus d’avoir fondé l’Association des sciences environnementales, un club de l’AÉS ayant pour but de rapprocher les étudiants et étudiantes du département. Il a également organisé et animé plusieurs spectacles de drag queens, sous les traits de Saltina Shaker, afin d’amasser des fonds pour l’AÉS.

« Je dois choisir judicieusement mes activités, car je consacre le lendemain à me reposer et à me faire des compresses de glace, précise-t-il. Faire un spectacle est très exigeant, mais j’aime tellement ça que je m’accorde le temps qu’il faut pour faire partie de cette communauté. Je n’ai suivi que trois cours par trimestre, car je connais mes limites. Je savais que je m’épuiserais si j’en faisais plus, surtout si je voulais participer à des activités parascolaires qui me rendraient heureux et enrichiraient mon expérience universitaire. J’ai dû faire des sacrifices pour laisser de la place aux choses que j’aime. Mais ça me convient, car les liens que j’ai tissés sont inestimables. »

Collation des grades de l’automne 2020 à l’Université d’Ottawa

Jesse fait partie des 894 étudiants et étudiantes de premier cycle qui recevront leur diplôme à la collation des grades de l’automne le 29 novembre prochain. Pour en savoir plus sur les cérémonies, vous y inscrire et télécharger les outils pour personnaliser votre expérience, visitez la page Collation des grades 2020.

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