Mathématiques + conviction = formule gagnante

Publié le jeudi 15 juillet 2021

Joseph Khoury

« Pourquoi on apprend ça? » « Concrètement, à quoi ça va servir? » « C’est vraiment utile, ou si ça sert simplement à faire travailler les mathématiciens? » Au fil des ans, ces questions et bien d’autres ont résonné à maintes reprises dans la classe de Joseph Khoury. Celui-ci l’admet d’emblée : l’algèbre linéaire n’est pas ce qu’il y a de plus attrayant, mais pour peu qu’on lui en donne la chance, le professeur sait vaincre la plupart des réticences quant à son utilité.

« L’algèbre linéaire est une introduction à la pensée abstraite; elle permet de surcroît d’appréhender la géométrie, explique-t-il. Or, elle a aussi son utilité dans la vie de tous les jours, que ce soit lorsqu’on observe la circulation ou qu’on tente de prédire la météo. Quand ils ne connaissent pas la valeur de ce qu’ils apprennent, les étudiantes et étudiants perdent leur motivation, et leurs notes en prennent un coup. Si j’ai à cœur de ramener l’algèbre linéaire sur le plancher des vaches, c’est pour aider ma classe à comprendre sa valeur réelle. »

Or, son ardeur au travail n’est pas passée inaperçue. Très apprécié de la gent estudiantine, le professeur Khoury est devenu le premier mathématicien au Canada à recevoir trois récompenses d’envergure nationale en moins de cinq ans. Parmi celles-ci, notons le Prix Adrien-Pouliot, décerné en juin 2021 par la Société mathématique du Canada (SMC) en reconnaissance de son apport exceptionnel à l’enseignement des mathématiques.

La SMC lui avait déjà remis le Prix d’excellence en enseignement en 2020, la plus prestigieuse récompense accordée dans ce domaine. Il avait aussi remporté le Prix Graham-Wright de la Société en 2017 pour ses contributions à la communauté mathématique canadienne.

« Ces distinctions en disent long sur son attachement aux mathématiques et sa passion pour en faire ressortir l’importance », indique Rafal Kulik, ami et collègue au Département de mathématiques et de statistique de la Faculté des sciences.

Le professeur Khoury a reçu son baccalauréat de l’Université libanaise à Beirut, puis son doctorat de l’Université d’Ottawa en 2001. Depuis, il enseigne dans notre établissement et coordonne le Centre d’aide en mathématiques et statistique de la Faculté.

Ces vingt dernières années, il n’a ménagé aucun effort pour faire valoir les mathématiques à l’Université, dans sa collectivité et partout au pays. En 2001, il fondait la journée Horizons Mathématiques, un programme toujours d’actualité qui enseigne aux élèves l’importance des mathématiques.

« J’ai passé mon enfance à voir des gens d’un peu partout en quête d’ordre et de vérité, se souvient le professeur, à creuser pour dénicher quelque trace de beauté et d’élégance. Moi, c’est dans les mathématiques que j’ai trouvé tout ça : la vérité incontestable des résultats, l’ordre très précis dans lequel on les présente, et la beauté et l’élégance derrière chaque énoncé, chaque preuve. Dans mes cours, j’essaie de démontrer les applications pratiques de chaque théorème qu’on aborde, mais surtout, je cherche à inculquer à ma classe que derrière chaque démarche de preuve se cache une leçon : on n’obtient rien sans effort. »

Le professeur Khoury a occupé plusieurs mandats à la présidence du comité d’éducation de la SMC et de son comité du bilinguisme. Il siège au comité de sélection du Prix du Premier ministre pour l’excellence dans l’enseignement des STIM et a multiplié les démarches pour que le travail des enseignantes et enseignants au collégial et au premier cycle universitaire soit lui aussi mis en lumière.

En plus d’avoir été membre d’un groupe de discussion national pour rehausser l’image des mathématiques au pays, il a planché sur une exposition temporaire sur la discipline au Canada pour le Musée national des sciences et de la technologie d’Ottawa. De plus, il organise un camp bilingue de mathématiques pour la SMC à l’Université d’Ottawa, l’un des plus importants camps du genre au pays, et a joué un grand rôle dans la mise sur pied d’un tel camp au Yukon.

Le professeur Khoury fait actuellement équipe avec plusieurs de ses collègues du Département de mathématiques et de statistique pour faciliter la transition de la prochaine cohorte qui arrivera à l’Université d’Ottawa après les grands bouleversements de la pandémie.

« Même en temps normal, les jeunes sont nombreux à voir les mathématiques comme une source d’anxiété et de stress. La pandémie n’a fait qu’exacerber ce sentiment. En ligne, on se trouve à survoler à toute vitesse des sujets mathématiques qui s’avèrent souvent intimidants même lorsqu’ils sont présentés en personne et qu’on peut poser une tonne de questions. Les élèves n’y sont pour rien. Il faut leur venir en aide dès maintenant et les aider à reprendre confiance en vue de leurs études universitaires. »

Haut de page