La musique pour le mieux-être des enfants sourds

Publié le mercredi 27 avril 2022

Gilles Comeau

Professeur Gilles Comeau, fondateur et directeur de l’Institut de recherche en musique et santé

Andrej jouant du piano

L’Institut de recherche en musique et santé (IRMS) de l’Université d’Ottawa mène des recherches de pointe sur les effets de la musique sur la santé. Puisant dans les sciences de la santé, les sciences sociales, le génie et la médecine, ses travaux couvrent un large champ d’études. Ils visent notamment à rendre la musique plus accessible aux personnes handicapées et à évaluer ses bienfaits sur les personnes ayant un trouble de santé mentale ainsi que sur les personnes âgées.

L’un de ses projets phares, intitulé « The effect of piano lessons on deaf children with cochlear implants », est une initiative du professeur Gilles Comeau, fondateur et directeur de l’Institut, et de Sandra Markovic, étudiante à la maîtrise.

Dans le cadre de cette étude qui explore les effets des leçons de piano sur des enfants sourds dotés d’implants cochléaires, des enfants de quatre à neuf ans ont reçu pendant six mois des leçons de piano individuelles au moyen de la modélisation auditive fondée sur la méthode Suzuki et l’enseignement multisensoriel (tactile, auditif, verbal et visuel).

Au bout des six mois, l’équipe de recherche a comparé les résultats d’un groupe constitué d’enfants ayant une audition normale, avec ceux du groupe d’enfants sourds ayant reçu un implant cochléaire à l’âge prélinguistique (avant deux ans). Or, les niveaux d’engagement et de plaisir étaient légèrement plus élevés chez les porteurs d’implants cochléaires. Au terme de l’expérience, les enfants des deux groupes ont participé à un récital étudiant.

//www.youtube.com/embed/x9cMTT5ez5k?wmode=transparent&jqoemcache=Lpaluhttps://www.youtube.com/watch?v=x9cMTT5ez5knonefalsecustom4:3100100center
Une meilleure confiance en soi et une passion pour la musique
Zoé jouant du piano

Il ressort de l’expérience que les enfants sourds ont tiré un grand avantage de leur formation musicale adaptée, comme en témoigne la mère d’une participante : « Grâce à ses aptitudes pédagogiques, Sandra a su mettre à l’aise ma fille Zoé, pourtant timide et anxieuse. Je l’ai vue progresser jusqu’à un niveau de compétence remarquable. Mais l’expérience a aussi renforcé sa confiance en elle dans d’autres domaines. Elle est devenue une petite athlète et mène une vie sociale active. »

Deux frères jumeaux, l’un ayant une déficience auditive modérée à sévère et l’autre ayant une audition normale, ont aussi participé à l’étude. « L’expérience a mis en évidence une corrélation positive entre l’apprentissage de la musique et le développement du langage, constate Alyson Di Franco, mère des deux garçons. Nous sommes […] reconnaissants pour les leçons de piano, qui ont éveillé chez nos enfants une passion pour la musique. » En effet, les jumeaux ont poursuivi les leçons de piano et ont ensuite appris de façon autodidacte la guitare, la basse, la batterie et le saxophone. Avec des amis, ils ont formé un groupe qui écrit et enregistre ses propres chansons.

Un violoniste qui « sent » la musique

Même avec des implants cochléaires, les capacités auditives ont des limites qui peuvent rendre complexes la perception de la musique et le jeu d’un instrument. Or, le professeur Comeau et Raina Saunders, étudiante à la maîtrise en musique, en collaboration avec le DRyan Rourke et ses collègues du Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario (CHEO), ont étudié le cas d’un jeune homme de 18 ans qui a reçu des implants cochléaires en bas âge, à la suite d’un diagnostic de déficience auditive bilatérale congénitale grave à profonde alors qu’il n’avait que deux mois.

Grâce à sa sensibilité exceptionnelle aux sons, Alexandre, qui étudie lui aussi la musique à l’Université d’Ottawa, joue du violon, un instrument qui exige pourtant une maîtrise des tonalités. Il se sert pour cela de son oreille intérieure et de sa perception des vibrations. « Quand on entend de l’intérieur, il est pratiquement impossible de jouer faux, affirme-t-il. J’aime la sensation du violon contre ma joue et sous mes doigts. »

Ce remarquable exemple prouve qu’il est possible, pour des enfants porteurs d’implants cochléaires, d’atteindre un niveau de performance musicale élevé.

 

//www.youtube.com/embed/yMizAHi9frM?wmode=transparent&jqoemcache=ICQ95https://www.youtube.com/watch?v=yMizAHi9frMnonefalsecustom4:3100100center
L’espoir d’un laboratoire au CHEO

L’Institut a développé de solides partenariats avec tous les hôpitaux de la région de la capitale nationale, dont le CHEO, et avec la communauté de recherche dans ses principaux champs d’intérêt.

Le CHEO pratique depuis 20 ans la pose chirurgicale d’implants cochléaires chez des enfants d’âge prélinguistique. Les parents veulent que leur enfant puisse jouir de tout ce que la vie peut offrir, et la musique en fait partie.

Le professeur Comeau espère voir un jour « un laboratoire de l’Institut au CHEO, où les enfants ayant reçu des implants cochléaires suivraient une formation musicale parallèlement à leur thérapie d’apprentissage oral ».

Puisse son vœu se réaliser!

 

 

 

Haut de page