Violence faite aux femmes : enjeux actuels et pistes d’action

Publié le mercredi 7 décembre 2022

Logo de la campagne 2022 des Nations Unies a pour thème «TOUS UNiS!

À la fin de novembre et au début de décembre, c’est la campagne annuelle internationale des 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le sexe. La campagne 2022 des Nations Unies a pour thème « TOUS UNiS! L’activisme pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles ».  

Le professeur Simon Lapierre brosse ici un portrait de la situation actuelle, des enjeux et des avenues possibles pour éliminer cette violence. Il est professeur titulaire à l’École de service social de l’Université d’Ottawa, membre du Collectif de recherche FemAnVi et directeur de Reflets : revue d’intervention sociale et communautaire.  

En 2022, quel portrait peut-on dresser de la violence faite aux femmes?  

Dans l’ensemble, les taux de violences faites aux femmes demeurent plutôt stables, malgré tous les efforts déployés au cours des dernières décennies pour prévenir et éliminer cet important problème social. Ce fléau est présent dans tous les pays, dans toutes les communautés, dans tous les milieux et dans toutes les classes sociales.  

Néanmoins, certaines femmes, dont les femmes autochtones, sont plus susceptibles d’être victimes de violence. Certaines sont aussi confrontées à des obstacles particuliers lorsqu’elles tentent d’assurer leur sécurité. C’est le cas, par exemple, des femmes en situation de handicap, qui peuvent dépendre de leur agresseur pour obtenir certains soins ou avoir accès à des ressources ou services. Nous savons aussi que les femmes racisées peuvent être plus réticentes à demander de l’aide ou à dénoncer leur agresseur, notamment à cause du racisme présent dans les différentes institutions, y compris le système de justice.  

Quels sont les enjeux actuels et que faut-il mettre en place pour remédier à cette violence? 

Il faut absolument reconnaître les efforts incroyables déployés par le mouvement féministe au cours des dernières décennies, au Canada comme ailleurs dans le monde. Les militantes féministes ont dénoncé les multiples formes de violences subies par les femmes, ont mis en place des ressources pour assurer la sécurité des femmes et ont exigé des changements dans les lois, les politiques et les pratiques institutionnelles et communautaires. Elles sont très nombreuses à lutter encore aujourd’hui pour assurer la sécurité des femmes et éliminer ces violences.   

Il s’agit donc d’un changement à long terme et sur plusieurs plans. Ultimement, comme ces violences sont enracinées dans les inégalités entre les femmes et les hommes, il faut créer une société plus égalitaire. Une piste intéressante est d’ailleurs de faire la promotion des relations égalitaires auprès des enfants et des jeunes. Cela comprend nécessairement une éducation au consentement, mais c’est aussi beaucoup plus large.  

Notons que, si nous vivions dans une société plus égalitaire, les femmes victimes de violence se heurteraient à moins de difficultés et de défis lorsqu’elles tentent de quitter un conjoint violent. Elles n’auraient pas à craindre, dans ces circonstances, de se retrouver sans logis ou sans revenu.  

Il est aussi essentiel d’améliorer le système de justice (droit criminel, droit familial, droit de la jeunesse, etc.) pour qu’il puisse mieux répondre aux besoins des femmes victimes de violence. Au cours des dernières années, le mouvement #MoiAussi (#MeToo) et les autres vagues de dénonciations ont mis en évidence le fait qu’un grand nombre de victimes/survivantes de violence ne font pas confiance au système de justice. Il faut rétablir cette confiance, ce qui exige des changements importants et durables.  

Comment chaque personne peut-elle prévenir cette violence et contribuer à l’endiguer? 

Nous pouvons toutes et tous jouer un rôle et contribuer à prévenir les violences faites aux femmes. Pour ce faire, nous devons d’abord examiner nos propres comportements et reconnaître nos privilèges, ainsi que les relations de pouvoir dans lesquelles nous sommes impliqués. Il s’agit non seulement de choisir de ne pas recourir à la violence, mais aussi de se positionner clairement contre toutes les formes de violences faites aux femmes. Il faut donc prendre des initiatives pour prévenir ou faire cesser une situation de violence, ainsi que pour dénoncer toute banalisation de ces violences.  

De manière générale, toutes nos actions devraient viser à assurer la sécurité des victimes et à les soutenir. Notre approche devrait toujours être centrée sur les besoins et les droits des victimes/survivantes.  

Il est aussi possible de contribuer à l’élimination des violences faites aux femmes en soutenant le mouvement féministe de lutte contre ces violences.  

Nous avons constaté, au cours des dernières années, une plus grande sensibilisation du grand public au problème des violences faites aux femmes, entre autres grâce au mouvement #MoiAussi et aux autres vagues de dénonciations publiques. Les nombreux féminicides survenus pendant la pandémie de COVID-19 ont aussi mis en évidence les conséquences potentiellement fatales de ces violences, ainsi que les conditions de vulnérabilité dans lesquelles vivent certaines victimes. Cette prise de conscience collective a mis beaucoup de pression sur la classe politique, et plusieurs mesures ont été mises en place pour prévenir les violences faites aux femmes et mieux répondre aux besoins des victimes. Il sera intéressant de voir quels seront les impacts à long terme des changements d’attitude observés dans la population générale.   

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