Humaniser la migration : des expertes répondent à nos questions

Publié le jeudi 6 juin 2019

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En vue du Forum pour le dialogue Alex-Trebek, nous avons demandé à trois professeures ce que signifie humaniser la migration au Canada.

 

Christina Clark-Kazak

 

 

 

Christina Clark–Kazak, professeure à l’École supérieure d'affaires publiques et internationales, Faculté des sciences sociales
 

« Les campagnes d'éducation du public doivent informer la population en général sur les obligations du Canada de respecter les droits de la personne de chaque individu, y compris ceux qui exercent leur droit de demander l'asile. »

 

 

Q : Qu’est-ce que l'Entente Canada-États-Unis sur les tiers pays sûrs.

R : L'Entente sur les tiers pays sûrs est entrée en vigueur en 2004. En vertu de l'Accord, mis en place en 2004, les États-Unis et le Canada se considèrent comme sécuritaires pour les réfugiés. Les demandeurs du statut de réfugié doivent présenter leur demande dans le premier pays où ils arrivent. Si un demandeur présente une demande à un point d'entrée canadien à la frontière canado-américaine, il sera renvoyé aux États-Unis pour y présenter sa demande.

Par conséquent, les personnes qui souhaitent présenter une demande d'asile au Canada traversent la frontière de façon irrégulière, principalement au Québec et en Ontario, afin de ne pas être renvoyées aux États-Unis. Ces passages irréguliers posent des risques physiques et psychologiques aux demandeurs d'asile.

 

Q : Que peut-on faire pour aller de l'avant?

R : En réponse à l'augmentation du nombre de demandes d'asile présentées au Canada, y compris par les personnes qui traversent irrégulièrement la frontière canado-américaine, le gouvernement canadien doit investir davantage de ressources dans les processus de détermination du statut de réfugié afin que les décisions puissent être prises de façon efficace et équitable.

Un plus grand nombre de places de rétablissement au Canada devraient être mises à la disposition des réfugiés notamment par l'entremise du Programme de parrainage privé et du Programme d'aide gouvernementale. Cela est particulièrement important dans le contexte de l'augmentation du nombre de personnes déplacées dans le monde et de la diminution des espaces de réinstallation dans d'autres pays, plus précisément aux États-Unis.

Les campagnes d'éducation du public doivent informer la population en général sur les obligations du Canada de respecter les droits de la personne de chaque individu, y compris ceux qui exercent leur droit de demander l'asile. L'augmentation des mouvements anti-réfugiés est souvent fondée sur des informations inexactes ou trompeuses concernant les demandeurs du statut de réfugié.

 


 

Jennifer Bond

 

 

Jennifer Bond, Directrice du Refugee Hub et professeure à la Faculté de droit, Section de common law

« Le Refugee Hub de l'Université d'Ottawa s'est associé au gouvernement du Canada, au HCR, à l'Open Society Foundations et à la Giustra Foundation dans le cadre de l'Initiative mondiale de parrainage de réfugiés, dont le mandat est d'encourager et de soutenir l'adoption et l'expansion du parrainage communautaire dans le monde. »

 

 

 

 

Q : Qu'est-ce qu'un parrainage privé? Pourquoi s'agit-il de l'approche privilégiée du Canada?

R : Le parrainage de réfugiés permet aux citoyens canadiens de jouer un rôle de premier plan dans l'accueil et le rétablissement des réfugiés dans notre pays.

Les répondants recueillent des fonds et s'engagent à fournir une aide à leurs nouveaux voisins pour la durée de la période de parrainage - habituellement leur première année au Canada. Les mesures de soutien comprennent l'obtention d'un logement et des articles ménagers nécessaires, l'établissement de liens entre les nouveaux arrivants et les services, les écoles et les éléments de base du quartier, ainsi que la création de liens d'amitié et de soutien moral.

Le programme de parrainage du Canada comporte une variété de volets, y compris un cheminement qui permet aux Canadiens de parrainer des réfugiés précis et un autre qui jumelle les répondants avec les réfugiés que l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) envoie au Canada.

Le parrainage améliore l'intégration des réfugiés et renforce également les communautés en donnant aux répondants et à leurs alliés l'occasion de se réunir et de travailler ensemble dans le but d’atteindre des objectifs communs. De façon plus générale, le parrainage remet en question la rhétorique négative au sujet des nouveaux arrivants au niveau local, créant des communautés plus accueillantes et plus tolérantes et ce, un quartier à la fois.

Plus de deux millions de Canadiens ont parrainé des réfugiés depuis 2015 et ces nouveaux arrivants ont été accueillis dans plus de 400 collectivités. Depuis le début du programme, il y a quarante ans, plus de 325 000 réfugiés ont été rétablis grâce à l'appui de groupes de parrainage canadiens.

 

Q : Que peut-on faire pour aller de l'avant?

R : Cette année, le Refugee Hub de l'Université d'Ottawa administre un fonds qui couvre la majeure partie du coût financier du parrainage d'un réfugié recommandé par le HCR au Canada, c'est donc le moment idéal pour participer.

Le Centre des réfugiés de l'Université d'Ottawa s'est également associé au gouvernement du Canada, au HCR, à l'Open Society Foundations et à la Giustra Foundation dans le cadre de l'Initiative mondiale de parrainage de réfugiés, dont le mandat est d'encourager et de soutenir l'adoption et l'expansion du parrainage communautaire dans le monde.

Le Royaume-Uni, l'Irlande, l'Allemagne, la Nouvelle-Zélande, l'Argentine et l'Espagne ont récemment adopté des programmes de parrainage communautaire basés sur le modèle canadien, et travaillent avec plus de 15 autres pays qui envisagent également la possibilité d’introduire un programme similaire. Le parrainage est un outil d'action qui pourrait radicalement accroître l'appui de la population envers les réfugiés et il y a maintenant des dizaines de milliers de personnes dans les communautés du monde entier qui travaillent actuellement à l'accueil de leurs nouveaux voisins.

L'expansion de ces programmes offre de l'espoir à une époque sombre pour la protection des réfugiés en mettant à profit la compassion et les compétences qui existent dans les collectivités du monde entier.

 


 

Luisa Veronis

 

 

 

Luisa Veronis, professeure au Département de géographie, environnement et Géomatique, Faculté des arts

«Lorsqu'il s'agit de groupes spécifiques qui sont affectés, faciliter la migration peut être une réponse efficace; mais les individus ont besoin d'une protection juridique ainsi que de ressources socio-économiques pour y arriver. »

 

 

 

Q : Pouvez-vous expliquer ce qu'est le déplacement de l'environnement?

R : Alors que l'environnement de notre planète change, et plus particulièrement avec les changements climatiques, on parle de plus en plus de déplacements environnementaux et de migration. Les gens peuvent être forcés de quitter leur lieu d'origine en raison de catastrophes naturelles soudaines (inondations, ouragans et glissements de terrain) ou de changements à long terme (désertification, dégradation des sols et élévation du niveau de la mer); le déplacement ou la migration peuvent survenir en réaction à un événement particulier ou en prévision de conditions de vie de plus en plus difficiles. L'un des défis importants, cependant, est que de nombreux facteurs contribuent aux mouvements de populations, et qu'il est difficile de déterminer le rôle direct ou indirect joué par l'environnement.

Souvent, les changements environnementaux s’ajoutent aux forces démographiques, sociales, économiques et politiques qui agissent dans des contextes particuliers, les types de ressources et de réseaux de soutien auxquels les familles et les communautés ont accès, mais aussi la situation socioéconomique et politique des pays et des régions données. Ce qui est certain, c'est que le nombre de personnes touchées par les changements environnementaux et climatiques augmentera dans les années à venir, ce qui entraînera probablement une augmentation des mouvements de populations de toutes sortes : sur de courtes ou longues distances, à l'intérieur et au-delà des frontières nationales, que ce soit de manière temporaire ou définitive.

 

Q : Que peut-on faire pour aller de l'avant?

R : Compte tenu de la complexité juridique, politique et éthique du déplacement environnemental, les experts scientifiques, les décideurs, les médias et le public ont beaucoup débattu de la manière d'y faire face et pour savoir qui devrait en être responsable. De manière générale, de multiples stratégies créatives doivent être adoptées, y compris une combinaison de prévention, d'adaptation et d'atténuation, à différentes échelles simultanément (des réponses locales aux approches nationales, régionales et mondiales). Lorsqu'il s'agit de groupes spécifiques qui sont affectés, faciliter la migration peut être une réponse efficace; mais les individus ont besoin d'une protection juridique ainsi que de ressources socio-économiques pour y arriver.

De plus, il est important de considérer que ces mouvements peuvent mettre à l'épreuve les contextes d'accueil, qui sont parfois fragiles ou vulnérables. Ensuite, il y a la question du retour, si et quand le retour est possible. En d'autres termes, il n'existe pas d’approche uniforme au déplacement environnemental et à la migration. Nous devons plutôt réfléchir à la manière dont de multiples parties prenantes peuvent travailler ensemble pour renforcer les capacités, développer des pratiques prometteuses et convenir d'une politique progressive en matière d'adaptation au changement clmatique, par rapport aux déplacements internes et aux migrations internationales, au sujet des moyens de subsistance durables et d'infrastructures de soutien adaptées aux contextes locaux, nationaux et régionaux.

 

Le Forum pour le dialogue Alex Trebek sur l'humanisation de la migration aura lieu le 20 juin dans foyer du Carrefour des Apprentissages (CRX)

Pour de plus amples renseignements.

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