Langue française et création artistique : un riche univers pour Yao

Publié le mercredi 3 mars 2021

Portrait de Yaovi Hoyi

Figure emblématique de la scène artistique francophone, Yao, de son vrai nom Yaovi Hoyi (B.Sc.Soc. 2009 et 2015), vient nous chercher avec son univers musical marqué par la poésie.

Auteur-compositeur-interprète, conférencier, passionné de slam, de poésie, de musique et d’entrepreneuriat, l’homme aux multiples chapeaux s’illustre sur la scène musicale canadienne et internationale. Il occupe aussi un rôle de premier plan dans la promotion de la francophonie et s’implique notamment auprès des jeunes pour faire rayonner la langue française. 

Pour lancer le Mois de la Francophonie, nous avons discuté avec ce fier franco-ontarien, diplômé de l’Université d’Ottawa. Apprenez-en plus sur ce musicien passionné par la richesse de la langue. 

Cette entrevue a été abrégée par souci de concision.  

Quand avez-vous su que vous vouliez faire carrière en musique? 

J’ai toujours été intéressé par les arts et j’ai commencé tôt à faire de la musique, mais ça m’a pris sept ans pour réaliser que je pouvais faire de ma passion une carrière. Au secondaire j’ai formé le groupe RenEssence avec mon acolyte LeFloFranco et en 2006 on sortait notre premier album rap. On a fait plein de spectacles à l’Université d’Ottawa pendant que j’étais étudiant. L’Auditorium des anciens, on en a fait une maison! 

Après l’université, j’ai commencé ma carrière dans le domaine des finances. Plus jeune je disais que j’allais devenir homme d’affaires dans le domaine artistique, et c’est ce qui s’est passé au final lorsque j’ai fondé la maison de disque Intello-Productions Inc. 

J’ai renoué avec la musique et lancé mon premier album solo en 2011 sous ma propre maison de disque. J’ai ensuite fait le saut pour me consacrer pleinement à ma carrière artistique. 

Comment compléteriez-vous la phrase suivante : la création artistique en français c’est… 

Je dirais « la création artistique en français ça va de soi ». On me demande parfois pourquoi je chante en français. Mais en fait, le français ça fait partie de mon héritage et c’est cet héritage qui me permet de partager mes émotions et ma vision de la vie avec les gens. 

Je suis francophone, alors ça va de soi pour moi de créer et chanter en français. 

Ce qui est drôle, c’est que la musique francophone est toujours caractérisée comme un genre, mais pourtant, ce n’est pas un style musical; c’est une langue. La musique francophone n’est pas que pour les francophones, c’est de la musique en français, pour tout le monde, peu importe la langue. 

Que représente pour vous le Mois de la Francophonie? 

C’est une célébration, une opportunité de faire rayonner la francophonie et d’inviter les autres à découvrir la culture et la langue. Je le vois un peu comme le Mois de l’histoire des Noirs, c’est une occasion d’aborder le sujet, mais ça se passe tout le reste de l’année! 

D’ailleurs je suis fier d’être porte-parole des Rendez-vous de la francophonie cette année. Non seulement en tant qu’artiste franco-ontarien, mais aussi en tant qu’artiste de la diversité. Ça me permet de montrer cet autre visage de la francophonie qu’on a tendance à oublier. Il est important de comprendre que la francophonie est diverse. En Ontario par exemple, beaucoup de francophones sont d’origine ethnoculturelle. Comme le dit le slogan des Rendez-vous de la francophonie, le français est une langue qui a des milliers d’histoires.

On parle souvent d’identité(s) francophone(s), et encore plus en contexte minoritaire, qu’est-ce que ça représente pour vous cette identité francophone et franco-ontarienne? 

On définit et on confirme notre identité en rapport avec les autres. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes s’affirment comme francophones, mais aussi comme étant bilingue, et je trouve ça beau. Notre identité à plusieurs facettes et il faut en être fier. Je ne suis pas un puriste de la langue française et je suis d’avis que toutes les influences qui viennent la teinter sont en fait une richesse.

Il y a aussi tout l’aspect culturel qu’on oublie parfois, mais qui a un rôle important dans le maintien de la langue et dans la construction identitaire. 

Vous avez fait des spectacles à travers le Canada, mais aussi aux États-Unis et à travers le monde. Comment se porte la francophonie selon vous? 

Le français évolue et grandit et se porte bien si on le regarde dans un certain angle. Des sondages affirment que c’est la 3e langue la plus parlée au monde, d’autres que c’est la 5e. Je dis souvent que partout où tu vas dans le monde, tu peux trouver quelqu’un qui parle français. 

Mais le français a aussi ses défis. 

Il est vrai que la francophonie au Canada est en déclin et qu’on fait face à cette réalité d’insécurité linguistique. J’ai la chance de faire beaucoup d’ateliers dans les écoles et malheureusement on voit que les jeunes ont de la difficulté avec le français. Je pense qu’on doit revoir notre approche pour continuer de les encourager. 

C’est pour ça que je m’implique beaucoup auprès de la jeunesse. J’ai eu le plaisir d’être aux Jeux de la francophonie canadienne à Dieppe au Nouveau-Brunswick il y a quelques années et de voir des milliers de jeunes francophones de partout à travers le pays se rassembler. Malgré les accents et les phrasés qui sont différents dans chaque région, on se comprend et on se retrouve.

Qu’est-ce qui vous inspire le plus dans votre processus de création?

Je suis très introspectif dans ma musique et dans mes écrits, je suis inspiré par les relations humaines. Ceux qui écoutent ma musique apprennent à me connaître. J’aime explorer des thèmes qui touchent les émotions. En tant qu’artiste on veut rejoindre la conscience collective, mais il ne faut pas oublier que c’est l’ensemble de nos individualités qui créent le collectif. 

Il y a aussi évidemment la langue française qui est belle, riche et qui se manie bien. Elle est complexe et c’est ce qui la rend si intéressante. J’aime jouer sur les mots et j’adore chercher le mot ou la combinaison de mots parfaite pour exprimer un sentiment ou une idée précise. Le lexique est si vaste, on peut constamment apprendre de nouveaux mots. 

Envie d’écouter la musique de Yao? Des extraits du spectacle En scène avec nos diplômés seront diffusés chaque jeudi du mois de mars sur la chaîne YouTube des diplômés de l’Université d’Ottawa

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