Témoignages en vert et blanc : perspectives franco-ontariennes

Publié le lundi 20 septembre 2021

Photo d'étudiants sur le campus superposée à un drapeau franco-ontarien.

Célébré le 25 septembre de chaque année depuis 2010, le Jour des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens est cher au cœur des francophones et des francophiles. À l’Université d’Ottawa, nous tenons à souligner cette journée et à rappeler l’importance de la francophonie ontarienne pour l’ensemble de la communauté universitaire, puisqu’elle est au cœur de notre mission.

Les célébrations prennent diverses formes : festivals, webinaires, promotion de la littérature franco-ontarienne. Ce jour est aussi pour certaines personnes l’occasion de militer en faveur des droits des francophones et de prendre le pouls de la francophonie au sein de la communauté franco-ontarienne dans le but de pérenniser la pratique de la langue française ici, en Ontario.

La réalité franco-ontarienne est protéiforme et peut varier énormément d’une région à l’autre de l’Ontario. Afin de montrer l’éventail de cette réalité et de faire rayonner l’expérience franco-ontarienne dans toute sa diversité, le cabinet du vice-rectorat, International et Francophonie, donne la parole à des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, membres de la communauté universitaire : Sabrina Leroux, étudiante en criminologie, Joël Beddows, professeur agrégé et directeur du Département de théâtre, et Rachelle Clark, directrice du Secteur mieux-être et récréatif aux Affaires étudiantes.

Voici leurs témoignages, livrés dans leurs propres mots, qui proposent une incursion au cœur de leurs perspectives uniques, de leurs réalités distinctes.

Bonne lecture!
 


Sabrina Leroux, étudiante, Baccalauréat en sciences sociales spécialisé en criminologie

Sabrina Leroux

« Cette année, je célèbre nos ancêtres qui nous ont donné la possibilité d’être instruits en français et d’avoir accès à des services dans notre langue maternelle grâce aux luttes constantes qu’ils ont menées pour défendre nos droits en tant que minoritaires linguistiques.

« Pour moi, être franco-ontarienne, c’est se tenir debout et être fière de la résilience dont a faite preuve notre communauté pour assurer la survie du français en Ontario. Plus particulièrement, je suis fière de mes grands-parents qui ont su surmonter de grands défis pour transmettre le français à leurs enfants. La force et le courage dont ils ont fait preuve me poussent à me battre pour mon héritage franco-ontarien.

« Quotidiennement, j’essaie de poser de petits gestes pour continuer la lutte de mes ancêtres. Vivre en tant que franco-ontarienne, ça demande des efforts constants pour ne pas se laisser emporter par la majorité et utiliser l’anglais dans nos interactions sociales. Lorsque je vais au restaurant, je commence toujours par m’adresser en français pour m’assurer de démontrer la nécessité et le besoin de services en français.

« Vivre la francophonie ontarienne au quotidien, c’est s’acharner pour étudier en français et travailler dans un environnement bilingue. C’est plus qu’une langue et une culture, c’est faire partie d’une grande famille. »

 


Joël Beddows

Joël Beddows, professeur agrégé et metteur en scène

« Je suis professeur; je suis artiste; je suis citoyen. Je transmets un savoir-faire, je crée des productions théâtrales et je vis en français, en Ontario.

« Cette langue et ses infinis possibles, tout comme mon identité franco-ontarienne, sont des éléments déterminants de mon existence aussi bien privée que publique. D’une façon plus importante, ils me permettent de rester en dialogue avec un contexte social, politique et idéologique de plus en plus complexe.

« Aurais-je pu écrire ces mêmes mots il y a 30 ans, au moment où j’étudiais moi-même à l’Université d’Ottawa? J’en doute. La conception d’une société où le débat et la dissension ont un sens était à peine concevable. La diversité sous toutes ses formes était loin d’être une valeur commune. Une conception univoque d’une identité collective était sommairement prisée.

« Je suis le plus heureux des hommes d’avoir eu la chance de voir émerger de mon vivant ce changement crucial, ce glissement vers un "nous, Franco-Ontarien.ne.s" prismatique. Aujourd’hui, l’Ontario français embrasse la pluralité. Ça fait du bien. Ça permet de résister à la fois à la stagnation et aux conservatismes d’autrefois. Ça nous permet surtout de croire aux 400 prochaines années du fait français en Ontario. »

 


Rachelle Clark

Rachelle Clark, directrice, Secteur mieux-être et récréatif, Affaires étudiantes

« Je me sens à l’aise dans ma francophonie à l’Université d'Ottawa.

« Lorsque l’on me demande si je suis francophone, j’ai habituellement la même réponse. Je réponds en disant : "Oui, mais je viens d’une petite communauté dans le Nord de l’Ontario où les Français sont en minorité", comme pour excuser mon apport francophone. Ceci est décrit comme de "l’Insécurité linguistique" (Wernicke, 2021), me faisant croire que ma "variété" linguistique particulière ne vaut pas la peine d’être mentionnée.

« Cependant, j’ai fini par réaliser que ma "variété" linguistique n’est pas seulement acceptable, mais aussi une partie importante de mon identité qui m’enrichit. Elle raconte mon histoire en tant que Franco-Ontarienne ayant grandi dans une petite ville du Nord de l’Ontario où seulement 12 % de la population parle français. Cela me rappelle ma culture, ma famille, mon patrimoine, ainsi qu’une fierté et un sentiment d’appartenance. Pour moi, être Franco-Ontarienne, c’est célébrer ma langue, mes racines, et un engagement à comprendre notre riche histoire, de manière à nourrir et à favoriser un avenir où notre langue et notre culture peuvent prospérer.

« En pensant à la tourtière, la cipaille, et les pets de sœur du livre de recettes de Mémère, et aux comptines apprises telles que Frère Jacques et Fais dodo, qui résonnent à travers des générations dans ma famille, être Franco-Ontarienne, c’est être fière d’où nous venons, et où nous allons.

« Malgré l’insécurité linguistique, je suis fière d’être Franco-Ontarienne, et je m’assure que mes filles soient élevées en tant que Franco-Ontariennes, bien qu’elles fassent aussi partie de la minorité dans leur communauté. Nous partageons nos traditions, nos chansons et nos recettes sacrées avec nos familles et nos voisins anglophones, et ce faisant, nous célébrons notre héritage.

« À l’Université d’Ottawa, toutes les langues sont bienvenues et toutes les cultures sont célébrées. En ce jour, nous vous célébrons, vous, Franco-Ontariens, peu importe votre "variété de langue". »

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