Le 24 juin : une journée de festivités aux origines lointaines

Publié le lundi 21 juin 2021

Feux d'artifices bleus.


Par Michel Prévost, D.U.

Fête de la Saint-Jean-Baptiste ou la Saint-Jean pour certains, Fête nationale du Québec pour d’autres : peu importe, le 24 juin est une journée de festivités dont les origines sont très lointaines.

Les célébrations du 24 juin remontent à des millénaires lorsque les peuples anciens allumaient des feux pour célébrer le solstice d’été, la plus longue journée de l’année. L’Église catholique récupère cette fête païenne pour en faire une célébration religieuse en hommage à Saint-Jean-Baptiste, le cousin de Jésus, qui deviendra le saint patron des Canadiens français en 1908.

La Saint-Jean est arrivée en Nouvelle-France avec les Français qui l’ont amenée avec eux, ainsi que leur langue, leur religion et leurs coutumes. La première célébration de la Saint-Jean en Amérique du Nord date de 1646, et la fête a survécu à la Conquête de 1760.
 

Une fête patriotique

En 1834, la Saint-Jean-Baptiste revêt un caractère politique. Ludger Duvernay, l’éditeur du journal La Minerve de Montréal, a fait de la fête en l’honneur du saint une célébration pour les Canadiens français, comme le faisaient les Irlandais de Montréal, depuis le 17 mars 1824, avec le défilé de la Saint-Patrick. Duvernay avait même organisé un banquet patriotique où avaient été conviés une soixantaine de notables francophones et anglophones.

Le lendemain, les journaux ont invité la population à célébrer publiquement l’année suivante la Saint-Jean-Baptiste. Les festivités ont été interrompues au cours des rébellions de 1837-1838, mais ont repris avec le retour d’exil en 1842 de Duvernay. L’année suivante, Duvernay organisait le premier défilé de la Saint-Jean-Baptiste, sans se douter qu’il venait de lancer une longue tradition de défilés religieux et patriotiques.

 

Programme officiel du Grand ralliement des Canadiens-Français.

Programme officiel du «Grand ralliement des Canadiens français» commémorant le soixantième anniversaire de la Société Saint-Jean-Baptiste d'Ottawa, Ottawa, du 21 au 24 juin 1913.

Photo: viefrancaisecapitale.ca

Des racines profondes 

En Ontario français, la Saint-Jean-Baptiste a pris racine au milieu du XIXe siècle. Comme le souligne l’historien Marc-André Gagnon, cette célébration « a longtemps été perçue par l’élite nationaliste comme une occasion de se rassembler et d’illustrer par des manifestations, l’existence d’une société distincte et catholique.[1] »

À partir de 1939, la Fédération des Sociétés Saint-Jean-Baptiste a pris en main l’organisation des festivités du 24 juin en Ontario français. C’est elle qui a défini le sens de la fête et assuré la cohésion des événements pour l’ensemble de la province. Elle a toutefois délégué aux sociétés locales le financement et la préparation des célébrations, particulièrement le défilé de la Saint-Jean. Le clou du spectacle était l’apparition d’un jeune garçon aux cheveux bouclés accompagné d’un mouton, pour représenter le saint.

Une célébration conjointe

En 1950, les Sociétés Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa, de Hull et d’Eastview (Vanier) ont signé un protocole afin d’organiser chaque année la Fête nationale des Canadiens français des deux rives de l’Outaouais. Il y avait un défilé avec des chars allégoriques, des fanfares et des marcheurs, sans oublier les dignitaires qui circulaient dans de belles voitures. Une foule bruyante acclamait le long des rues les participants du défilé. Ces grands rassemblements de la Saint-Jean ont perduré jusque dans les années 1960.

Par la suite, le Canada français a connu de grands bouleversements. Avec le déclin de la pratique religieuse et la montée du nationalisme québécois, les grandes fêtes de la Saint-Jean sont devenues moins populaires et ont pris un autre sens, particulièrement dans les villes. Comme le note Marc-André Gagnon : « alors qu’à Ottawa, on tend davantage à mettre l’accent sur une identité franco-ontarienne individuelle et détachée de la mémoire canadienne-française, l’exemple des fêtes dans l’Est ontarien démontre plutôt une volonté à célébrer le passé comme vecteur identitaire.[1] »
 

 

La Fête nationale du Québec

En 1977, le gouvernement du Québec, dirigé par René Lévesque, a fait de la Saint-Jean-Baptiste la Fête nationale du Québec. Il faut noter que le 24 juin était déjà un jour férié depuis 1925. Les festivités se sont éloignées encore plus de leur caractère religieux pour devenir un rassemblement de tous les Québécois, peu importe leur origine et leur langue.

Cette rupture avec la Saint-Jean traditionnelle n’empêchera pas les francophones hors Québec de continuer à célébrer le 24 juin avec grande fierté. À Ottawa, le Festival franco-ontarien est depuis plusieurs années la plus grande manifestation en l’honneur de la Saint-Jean.

La Saint-Jean-Baptiste perd progressivement de son importance dans certaines provinces. Ainsi, dans les Maritimes, on célèbre plutôt la Fête des Acadiens, le 15 août, et en Ontario, la Journée des Franco-Ontariens et des Franco-Ontariennes, le 25 septembre. C’est d’ailleurs le cas à l’Université d’Ottawa, où la communauté franco-ontarienne du campus se rassemble depuis 2013 devant le Monument de la francophonie et participe à divers événements mettant à l’honneur la fierté franco-ontarienne.   

En substance, il faut surtout retenir que partout au Canada, les francophones et les francophiles continuent de célébrer, année après année, la Saint-Jean-Baptiste, une fête associée depuis près de 400 ans à la francophonie canadienne.
 


Michel Prévost.

 

 

 

Archiviste en chef de l’Université d’Ottawa de 1990 à 2017 et président de la Société d’histoire de l’Outaouais depuis 1997, Michel Prévost, a reçu d’innombrables reconnaissances, prix et honneurs. L’université Saint-Paul à Ottawa lui a décerné un doctorat honorifique pour l’ensemble de sa carrière, l’ACFO d’Ottawa lui a remis le Prix Bernard Grandmaître pour son apport inestimable à la préservation du patrimoine franco-ontarien, et la Ville de Gatineau a reconnu son engagement exceptionnel en patrimoine régional en lui décernant l’Ordre de Gatineau.

[2] Marc-André Gagnon, « La Saint-Jean-Baptiste en Ontario français, une fête politique (1945-1980), Société historique de l’Ontario, https://societehistorique.ca/saint-jean/

 

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