Une doctorante de l’Université d’Ottawa conçoit une montre qui peut sauver des vies

Publié le mercredi 24 février 2021

Portrait de Azadeh Dastmalchi

À sept ans, Azadeh Dastmalchi a dit à son frère qu’elle voulait devenir une scientifique célèbre comme Thomas Edison. « Son invention a aidé beaucoup de gens et je voulais faire comme lui », dit-elle. Aujourd’hui candidate au doctorat à la Faculté de génie, elle prouve qu’elle est restée fidèle à son rêve d’enfance en inventant la montre médicale intelligente VTLAB.

Cette invention révolutionnaire lui a valu une place sur la liste 2021 des 25 « modèles à suivre » de Women of Influence, organisme qui défend l’égalité des sexes au travail et l’avancement des femmes. La montre, produite par la propre compagnie de l’étudiante, VitalTracer ltée, permet de vérifier en continu la fréquence cardiaque, la respiration, la tension artérielle, la saturation en oxygène et la température de la peau. Elle peut aussi détecter les variations dans l’activité électrique du cœur et la circulation sanguine.

Les données recueillies par la montre sont analysées par l’appli VitalTracer et peuvent être stockées confidentiellement dans le nuage ou envoyées par Bluetooth ou Wi-Fi aux équipes soignantes des hôpitaux et des résidences pour personnes âgées.

« C’est là où la montre peut être la plus utile, explique son inventrice. Quand quelqu’un sort des soins intensifs après une opération, par exemple, il faut surveiller de près les signes d’infection. Le personnel soignant pourrait aussi suivre l’état de santé des personnes âgées sans perturber leurs activités quotidiennes et être automatiquement informé de toute anomalie potentiellement dangereuse. »

Tout récemment, Azadeh Dastmalchi et son équipe de recherche à VitalTracer ont conçu la VT-19, une nouvelle montre intelligente qui détecte certains signes vitaux associés à des symptômes de la COVID-19 (p. ex. fréquence cardiaque accrue, mauvaise saturation en oxygène, fièvre, hypersomnie). L’utilisation de cette information pour procéder à un dépistage précoce pourrait sauver des vies et limiter la propagation de la maladie.

Azadeh Dastmalchi tenant sa montre intelligente dans le laboratoire, entourée de chercheurs

Source : VitalTracer ltée

Un sujet qui lui tient à cœur

Azadeh Dastmalchi est née en Iran et a grandi aux Émirats arabes unis. Elle s’est installée au Canada en 2008 pour poursuivre une carrière en génie biomédical. Sa maîtrise à l’Université d’Ottawa portait sur la possibilité de mesurer la tension artérielle grâce à un réseau de neurones artificiels.

« Au même moment, en 2010, mon père a reçu un diagnostic d’hypertension, et il n’aimait pas les tensiomètres à brassard, explique la chercheuse. Ça m’a motivé à trouver une alternative plus efficace aux brassards, une invention qui commence sérieusement à dater. »

La montre est équipée de capteurs optiques qui utilisent la lumière rouge et infrarouge pour détecter l’expansion et la contraction des vaisseaux sanguins. Grâce au suivi de ce processus mécanique et à un algorithme de réseau de neurones artificiels qui analyse les signaux (une méthode appelée photopléthysmographie), les équipes soignantes peuvent suivre les variations du volume sanguin, mesurer les signes vitaux et constater d’éventuelles anomalies dans la circulation.

Aujourd’hui, Azadeh Dastmalchi poursuit son doctorat à l’Université d’Ottawa tout en faisant des démarches auprès de Santé Canada et de la FDA pour faire approuver les appareils de son entreprise. À la différence des montres intelligentes de marque Fitbit, Apple et Samsung, qui mesurent aussi certains signes vitaux, les produits VitalTracer sont des appareils médicaux qui doivent satisfaire aux normes très élevées des hôpitaux, explique la chercheuse.

« Nous avons comparé les résultats de notre montre à ceux d’un tensiomètre traditionnel, mais il est reconnu que les brassards ne sont pas toujours précis, dit-elle. C’est pourquoi nous allons commencer des essais cliniques aux unités de soins intensifs du Centre universitaire de santé McGill et du CHU Sainte-Justine à Montréal, pour prouver que la montre est aussi efficace que la technique effractive actuellement utilisée dans les hôpitaux : un cathéter inséré directement dans le vaisseau sanguin. »

La technologie non effractive conçue par Azadeh Dastmalchi pourrait bien révolutionner la prévention et le diagnostic précoce des maladies cardiovasculaires et de la COVID-19. En fait, la liste de ses applications potentielles est pratiquement illimitée.

L’entrepreneure de 36 ans discute actuellement avec différentes entreprises pour collaborer à des projets de surveillance des symptômes de l’apnée du sommeil, de la démence, du cancer et d’autres problèmes de santé.

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