Raconter les francophones de la capitale

Publié le mardi 22 mai 2018

Foule au festival franco-ontarien.

Par Laura Darche

Depuis les débuts de Bytown, les francophones ont contribué à façonner la ville d’Ottawa telle que nous la connaissons. Pourtant, l’histoire de cette population reste méconnue. Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF) a donc entrepris de la raconter sous forme de musée virtuel, sur le site Vie française dans la capitale.

Combinant recherche documentaire et interprétation historique, le site révèle des pans inédits de l’évolution, des contributions et des ambitions de la population francophone d’Ottawa, grâce à une variété de documents d’archives offerts en haute résolution et comprenant photos, dessins, plans, lettres, documents notariés, témoignages audios, enregistrements musicaux et vidéos. Du matériel d’enseignement est également fourni. Ces documents sont présentés en quatre volets : Espace, Communauté, Culture et Pouvoir. En voici un aperçu.

Espaces en mouvement

La Basse-Ville, les plaines LeBreton, la Côte-de-Sable, Vanier et Orléans font partie des quartiers d’Ottawa bâtis par les francophones. L’histoire les a marqués autant que les gens qui y ont vécu et leurs rues, existantes ou disparues, la racontent. Le grand feu de 1900, la rénovation urbaine et la banlieusardisation du village que fut Orléans ont laissé des traces indélébiles dans le paysage.

Vue avant et après de l'avenue King Edward au coin Rideau.

L’avenue King Edward, bordée de grands ormes, était le plus grand parc de la Basse-Ville et un lieu de plaisance pour la communauté; il est maintenant un grand boulevard à la circulation dense et bruyante.
Photo gauche : avant les réaménagements, vue vers le nord, Ottawa, [ca 1920]. Bibliothèque et Archives Canada, Department of the Interior photographic records (Ottawa) [graphic material] : numerical series OT, Ottawa city views, PA-034326.
Photo droite: après les réaménagements, vue vers le nord, Ottawa, 2013. Ottawa passé & présent [site Web], Avenue King-Edward @Rideau regardant vers le nord.

Jeune homme en raquettes sautant par dessus un obstacle sur l'avenue King Edward enneigée.

Une course à obstacles en raquettes sur l’avenue King Edward représente le rôle des lieux dans la vie communautaire de la Basse-Ville des années 1950.
Photo: Raquetteurs [ca 1950]. Bibliothèque et Archives Canada, National Film Board of Canada. Still Photography Division [graphic material] (R1196-14-7-E), e010944011.

Une communauté qui s’organise

Les communautés religieuses œuvrent à Ottawa depuis plus de dix ans lorsque la ville est promue au rang de capitale, commençant tout juste à organiser la population des chantiers qui compose la rustre Bytown. Elles influencent grandement le développement de la communauté francophone et de ses institutions.

Des séminaristes Oblats en canot.

Confrontés à une population catholique mixte de Canadiens français et d’Irlandais aux relations tendues, les Oblats sont les premiers défenseurs du bilinguisme. Ils célèbrent la messe, enseignent aux enfants et forment les prêtres dans les deux langues. Le Collège de Bytown, ancêtre de l’Université d’Ottawa et également bilingue, ainsi que le journal Le Droit sont deux autres legs de cet ordre religieux.
Photo: Séminaristes sur une rivière [1910-1914]. Université d'OttawaCRCCF, Fonds Georges-Michaud (P62), Ph59-707.

Jeunes filles dans une classe.

C’est au dynamisme de la jeune Élisabeth Bruyère, à la tête des Sœurs Grises de la Croix d’Ottawa, que les jeunes filles francophones de Bytown doivent l’ouverture d’une école trois ans avant l’école des garçons. Avec l’École de gardes-malades et l’École de pédagogie de l’Université d’Ottawa, les femmes francophones peuvent participer à la vie économique d’Ottawa.
Photo: Une classe de l’école Duhamel, Ottawa, [ca 1940]. Université d'OttawaCRCCF, Fonds Germaine-Côté-Laplante (P104), Ph108-47.

La culture fait grandir

Le développement de la langue est intrinsèquement lié à celui de la culture. Politiciens, fonctionnaires, journalistes et autres intellectuels venus s’installer dans la nouvelle capitale fournissent un public instruit et fidèle et permettent d’y soutenir une vie culturelle dynamique, malgré la taille limitée de la population, vie culturelle qui rayonnera dans le reste de la province et du pays.

Jeune femme costumée tenant le drapeau franco-ontarien.

De l’Institut canadien-français d’Ottawa (1852) à la Nouvelle Scène, en passant par la revue Liaison et le Festival franco-ontarien, les francophones d’ici se sont dotés de lieux et d’outils de diffusion de leur production artistique.
Photo : 42e Edition du Festival franco-ontarien au parc Major’s Hill (Ottawa) les 15, 16 et 17 juin 2017. Crédit photo : Sylvain Marier. Festival franco-ontarien, Franco047.

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Longtemps traditionnel et patriotique, parfois revendicateur et engagé, aujourd’hui résolument créatif et esthétique, le théâtre représente bien les défis et le désir de reconnaissance des francophones de la capitale.

Pouvoir et mobilisation

En tant que culture minoritaire, les francophones doivent défendre leurs droits linguistiques, que ce soit pour l’éducation en français, la santé ou d’autres services publics. Des manifestations, de nombreux débats et même de la désobéissance civile permettent de gagner plusieurs batailles.

Page couverture du journal Le Droit, 1913, qui présente son programme.

C’est avec la promulgation du Règlement XVII en 1912, qui proscrit l’enseignement en français au-delà de la 2e année, que naît le journal Le Droit comme outil de mobilisation.
Photo: page couverture du journal Le Droit, 27 mars 1913. Journal Le Droit [imprimé], LeDroit_27031913_P1.

La francophonie d'Ottawa est une mosaïque culturelle bien vivante.

Ottawa bilingue (légende) : Au cours des dernières années, de nombreux organismes se sont unis pour faire reconnaître et proclamer le français et l’anglais comme les deux langues officielles de la ville d’Ottawa.
Photo : marche citoyenne pour réclamer le bilinguisme officiel de la Ville d’Ottawa, le 31 mai 2017. Crédit photo: Jean-Philippe Héroux. Source: Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, IMG_3336.

 

Cette exposition est réalisée avec le soutien du Programme d’investissement pour les expositions virtuelles du Musée virtuel du Canada. Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française et l’Université d’Ottawa ont investi dans le projet par diverses contributions en nature.

Le Centre de recherche en civilisation canadienne-française (CRCCF), spécialisé dans les archives, la recherche et les publications touchant la société et la culture des communautés francophones de l’Amérique du Nord actuelles et historiques, promeut la diffusion du savoir et la mise en valeur des ressources documentaires.

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