Rencontre avec Sanni Yaya, le tout premier vice-recteur à l’international et à la Francophonie

Publié le vendredi 19 juin 2020

Portrait de Sanni Yaya, vice-recteur international et Francophonie

En décembre dernier, l’Université d’Ottawa annonçait la création d’un nouveau poste de vice-rectorat à l’international et à la Francophonie afin de renforcer son engagement en la matière. Le tout premier titulaire du poste de vice-recteur à l’international et à la Francophonie, le professeur Sanni Yaya, vient d’être annoncé. Nous avons profité de l’occasion pour lui poser quelques questions. 

Pour les personnes qui sont peut-être moins familières avec le rôle, comment définissez-vous cet engagement à l’égard de la Francophonie et de l’internationalisation?

Mon engagement à l’égard de la Francophonie et de l’internationalisation s’inscrit dans un contexte où la géographie de l’économie mondiale du savoir connaît de profonds bouleversements. Au cours des dernières décennies, la révolution numérique, si elle pose des défis à résoudre et des opportunités à saisir, pousse les universités à repenser chaque jour un peu plus, les frontières usuelles de leur action. Afin de répondre à ces enjeux, il est temps que l’Université d’Ottawa renouvelle ses options et propose des perspectives originales et empreintes davantage de cohérence. Ceci passe indubitablement à mon sens, par notre déploiement dans de nouveaux espaces géographiques et académiques, l’offre d’un projet éducatif ouvert sur une expérience inter et transculturelle et la mise en place de nouveaux réseaux de collaboration en recherche. 

Cette internationalisation doit se faire dans un contexte de promotion de la diversité, du maintien et de l’épanouissement des cultures et des langues du monde. Aujourd’hui plus que jamais, il faut veiller au renforcement du français, en Ontario, au Canada et partout à l’échelle internationale. 

Cette langue que nous avons en partage est plus qu’un simple outil de communication ; elle se révèle un véritable vecteur culturel et identitaire, et une langue internationalement reconnue pour son dynamisme intellectuel, scientifique et culturel au cœur d’espaces d’apprentissages multiculturels et multilingues.

C’est fort de cette intime conviction que j’ai accepté de porter ma candidature au poste de vice-recteur à l’international et à la Francophonie. Ces deux piliers (francophonie et internationalisation) qui font partie de notre histoire, et qui sont pour moi indissociables, doivent servir d’ancrage stratégique à notre positionnement et guider notre nouvel élan. 

Pourquoi vous êtes-vous senti interpellé par ce nouveau mandat? 

L’Université d’Ottawa me semble à un important carrefour de son histoire. Face au désinvestissement des pouvoirs publics en éducation, confrontés à l’émergence de nouvelles formes d’acquisition et de diffusion du savoir et à la mise en place de nouveaux régimes de valorisation de la connaissance, nous devons trouver les moyens d’aller au bout de nos ambitions. Ceci passe par une réactualisation de notre projet en matière d’internationalisation et de Francophonie, de façon à permettre à l’Université de se démarquer sur les plans scientifique et social à l’échelle locale, nationale et internationale.

Le caractère international de notre université et une plus grande valorisation de la Francophonie sont des conditions nécessaires du développement d’une recherche d’excellence et d’une formation pour les étudiants qui en feront des citoyens engagés de notre monde.

J’ai particulièrement été séduit par l’idée de conjuguer les deux volets de ce nouveau mandat qui pour moi, sont en fait, les deux faces d’une même médaille. L’une ne va pas sans l’autre. Dans les semaines à venir, il faudra rapidement agir, en poursuivant le travail entamé en matière d’internationalisation, et en ouvrant de nouveaux chapitres en Francophonie. La communauté universitaire recherche actuellement de nouveaux points de repère sur ces questions, et j’espère pouvoir rapidement donner le ton en remplaçant le doute par l’action, et la transaction par la transformation.  

J’ai donc l’intention de proposer une stratégie cohérente et dédiée, destinée à reconstruire notre déploiement sur la scène nationale et internationale et j’en ferai assurément un important vecteur de mon implication dans ce nouveau vice-rectorat.

De quelle(s) façon(s) cette nouvelle voix au sein du Comité d’administration orientera les efforts d’internationalisation de l’Université ?

S’il est une chose qui caractérise l’internationalisation, c’est d’abord sa transversalité, car elle s’intègre dans toutes les sphères de la vie universitaire et dans tous ses piliers stratégiques : la formation, la recherche et le service à la collectivité. 

Ma priorité sera donc de travailler avec l’ensemble des membres du Comité d’administration de façon à faire en sorte que nos missions fondamentales soient interpellées par l’espace international et francophone d’une part, et que les processus internes à l’Université soient structurés de telle sorte que ces deux volets soient constamment pris en compte. 

Le travail d’équipe sera donc essentiel dans cette démarche et j’ai pris l’engagement de contribuer activement au rayonnement de nos expertises et de nos programmes en adoptant une approche collaborative et décomplexée. Nous devons trouver ensemble les moyens de bâtir une communauté plus forte, en nous mobilisant autour de la réussite de nos étudiants, en soutenant la quête d’excellence de nos chercheurs et en défendant énergiquement le rayonnement de la Francophonie en tant qu’instrument d’altérité et d’une multipolarité culturelle et linguistique.

Le savoir et la connaissance doivent et peuvent s’incarner d’autres univers de sens, dont ceux mus par la langue française. La mission scientifique des universités est par nature internationale et leur ouverture sur le monde apparaît aujourd’hui comme une question de survie, dans un environnement marqué par une rivalité féroce pour recruter et retenir les meilleurs talents et par l’émergence de nouveaux besoins qu’il faut adapter aux réalités mondiales et contemporaines.  

De quelle(s) façon(s) souhaitez-vous appuyer la longue tradition francophone de l’Université à travers ce rôle ? 

À titre de vice-recteur à l’international et à la Francophonie, j’estime que j’ai le devoir de porter la vision de l’Université pour la francophonie et je compte m’atteler d’abord à promouvoir et renforcer la présence et le rayonnement de la francophonie sur le campus.

L’Université d’Ottawa se distingue par son appartenance à deux univers de première importance : celui des grandes universités de recherche et celui des rares institutions bilingues qui ont un rôle tout particulier à jouer dans la mouvance de l’enseignement supérieur dans la francophonie canadienne et internationale. C’est pourquoi notre caractère francophone doit être considéré comme un atout qui nous permet de nous distinguer et de nous définir. 

Une des façons de le faire est de veiller à la mise en réseau de l’Université sur la scène internationale et redorer son blason dans la Francophonie. J’estime impérieux de transformer le discours sur la Francophonie à l’Université d’Ottawa, de façon à ce que cette Francophonie soit davantage porteuse, dynamique et mobilisatrice, et qu’elle soit perçue comme une valeur ajoutée. Nous avons joué pendant des décennies la carte de la francophonie de manière défensive. Nous devons le faire maintenant de manière active et intelligente en proposant une nouvelle gouvernance de la Francophonie sur le campus et en réexaminant notre cadre d’imputabilité et de responsabilisation.

Il importe aussi de faire une plus grande place au français, dans certaines de nos formations, par exemple en sciences et génie. Il nous faut réfléchir à une stratégie concertée et cohérente de recrutement des étudiants aux cycles supérieurs en français et proposer un mécanisme de financement destiné aux étudiants francophones. La mise en œuvre sans délai des recommandations issues du Rapport Cardinal (2019) devrait nous permettre d’atteindre cet objectif.

La francophonie fait partie intégrante de la culture sur le campus. Cette identité, culture et histoire francophone s’exprime de différentes façons pour chaque personne. Que signifie la francophonie pour vous ? 

En tant que fils d’immigrant francophone, j’ai très tôt pris conscience de l’importance de la langue dans la construction identitaire et de ce que c’est que d’être une minorité dans une société inter et transculturelle, et ce, à l’intérieur d’un espace multilingue. Plus qu’un instrument de communication et d’intercompréhension, la langue est un vecteur culturel, identitaire et permet d’exprimer le dynamisme intellectuel, scientifique, culturel et patrimonial d’une communauté.

Mon implication dans divers dossiers dans les grands réseaux institutionnels canadiens et internationaux de la Francophonie scientifique et politique m’ont permis de bien saisir les enjeux de la francophonie et je suis pleinement acquis aux objectifs et aux aspirations de cette dernière. Ma collaboration auprès du Collège des chaires de recherche sur le monde francophone, auquel je participe à titre de titulaire de la Chaire Senghor, m’a permis de prendre toute la mesure des possibilités et des défis qui se pose à la recherche en français. En outre, j’ai une très grande sensibilité pour les minorités linguistiques et je me sens en particulier très engagé à l’égard de la communauté franco-ontarienne.

Je considère que l’espace francophone ne représente pas seulement une réalité géographique ni un groupe linguistique particulier. Elle touche aussi à une réalité culturelle matricielle et rassemble toutes les personnes qui, de près ou de loin, manifestent une certaine appartenance pour la langue française ou pour les cultures francophones. Cette Francophonie plurielle vit ses propres contradictions : au Canada, le déclin du poids relatif du français dans un contexte d’érosion linguistique appelle à la vigilance alors qu’au même moment, son rôle comme langue internationale se renforce, grâce à la montée en puissance de l’Afrique qui à elle seule, compte plus de la moitié des 300 millions de locuteurs francophones dans le monde.

Aujourd’hui plus que jamais, les peuples, à l’instar des francophonies, ont besoin d’une alliance, dans le respect mutuel de leurs réalités historiques spécifiques, mais entretenues par les mêmes ardeurs, les mêmes besoins de reconnaissance, de légitimité et de solidarité.

Nous vous connaissons bien pour votre expertise de recherche et vos nombreuses réalisations, mais afin de permettre à nos lectrices et lecteurs de vous connaître un peu plus sur le plan personnel, quels sont vos passe-temps favoris, qu’est-ce qui vous anime en dehors du travail ?

Bien qu’avec les années j’ai vu le temps libre dont je dispose se rétrécir comme peau de chagrin, entre les séjours de recherche, l’enseignement, l’encadrement des étudiants et mon implication dans divers comités, je me suis toujours fait un devoir se prendre un peu du recul du travail et de m’accorder du temps libre.

Ma première passion, c’est la famille. Ma seconde passion est l’information et l’actualité. C’est sans doute une déformation professionnelle, mais j’aime beaucoup lire sur toute sorte de sujets, car j’ai une grande curiosité intellectuelle. Celle-ci, me semble-t-il, est essentielle à une culture générale riche et plurielle. Je suis aussi un grand lecteur passionné de bandes dessinées (eh oui !) ; c’est plus tard dans ma vie d’adulte que j’ai pris conscience de leur importance. Elles permettent d’informer, de fidéliser les jeunes, de les faire réfléchir sur une foule de sujets délicats et par-dessus tout, de les emmener à développer le goût de la lecture.

Je suis aussi un grand amateur des sports d’équipe, et plus particulièrement du ballon rond, dont le basketball (je suis un fan des Raptors) et le soccer. Je suis amateur de l’équipe de basketball des Gee-Gees, qui j’ose l’espérer, iront très loin cette année! Ceux qui me connaissent savent que je nourris une inébranlable passion pour le soccer, un sport que je pratique depuis ma tendre enfance et j’ai passé des heures devant la télévision à admirer les légendes du soccer. Encore aujourd’hui, je pratique ce sport une fois par semaine durant l’hiver et deux à trois fois par semaine pendant la saison estivale. C’est grâce au soccer que j’ai développé mes plus belles amitiés. C’est aussi un sport qui véhicule des valeurs fortes, dont l’humilité (on découvre très rapidement meilleur que soi), la discipline, le travail d’équipe, le dépassement de soi, la solidarité et l’ouverture d’esprit. 

Apprenez-en davantage au sujet de Sanni Yaya et de son mandat à titre de vice-recteur à l’international et à la Francophonie. 

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