Six questions pour la nouvelle ministre Carla Qualtrough

Publié le mercredi 9 décembre 2015

Carla Qualtrough poses by two statues of women with her two daughters

Carla Qualtrough se rend avec ses deux filles sur la Colline du Parlement à Ottawa au monument Les femmes sont des personnes!. À 44 ans et mère de quatre enfants, Mme Qualtrough estime qu’un cabinet paritaire prendra de meilleures décisions. « La parité hommes-femmes contribue à ce que les perspectives et expériences variées des Canadiennes soient prises en considération lorsque nous nous attaquerons aux enjeux socioéconomiques incroyablement complexes de notre époque », affirme Carla Qualtrough. Photo : Eron Main.

Par Mike Foster

La nouvelle ministre des Sports et des Personnes handicapées du Canada, l’honorable Carla Qualtrough, a étudié la science politique à la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa et a obtenu son diplôme en 1993. Atteinte d’une déficience visuelle depuis la naissance, Mme Qualtrough a remporté trois médailles paralympiques et quatre médailles aux championnats du monde en natation. Elle exerce le droit de la personne depuis plusieurs années, s’attaquant aux inégalités et faisant la promotion de la diversité. Elle a été avocate au Tribunal canadien des droits de la personne et au Tribunal des droits de la personne de Colombie-Britannique, et elle a été bénévole pour le Comité international paralympique et les Jeux panaméricains et parapanaméricains de Toronto en 2015.

Dans une entrevue exclusive par courriel, Carla Qualtrough explique « l’immense responsabilité » qu’elle ressent envers les personnes handicapées et nous parle de son expérience à l’Université.

Q. Quelles sont vos priorités en tant que ministre des Sports et des Personnes handicapées?

R. En tant que ministre des Personnes handicapées, mes priorités sont d’élaborer une loi sur les Canadiennes et Canadiens handicapés, et d’améliorer les possibilités et l’accessibilité pour les personnes atteintes d’un handicap. Je m’intéresse particulièrement à l’emploi, aux suppléments du revenu et à l’autonomie.

En tant que ministre des Sports, mes priorités sont de continuer de soutenir nos athlètes de haut niveau tout en veillant à ce que notre système soit inclusif et qu’il offre à chacun la possibilité de prendre part à des activités sportives. Pour moi, les objectifs du soutien des athlètes de haut niveau et ceux de la pratique des sports ne s’excluent pas mutuellement.

Q. À quoi les personnes handicapées du Canada peuvent-elles s’attendre de cette loi?

R. En ce moment, le Canada n’a pas de loi exhaustive centrée sur l’accès et l’inclusion – autrement dit, qui prévient la discrimination. Le cadre législatif actuel repose plutôt sur les droits de la personne et sur les plaintes de citoyens pour régler les problèmes systémiques : il faut donc attendre qu’une personne soit victime de discrimination avant d’intervenir. Un cadre législatif qui harmoniserait notre politique relative aux personnes handicapées au niveau fédéral pourrait définir expressément les attentes d’inclusion et d’accessibilité, et apporter des solutions aux enjeux systémiques avant que les personnes handicapées du Canada soient victimes de discrimination. La nature exacte de cette loi dépendra de la consultation que nous mènerons.

Q. Que signifie pour vous le fait qu’une ministre responsable des personnes handicapées ait été nommée au Conseil des ministres, et d’être la personne choisie pour améliorer la situation?

R. La nomination d’une ministre ayant pour mandat précis de s’occuper des personnes handicapées assure plus de visibilité aux dossiers des personnes handicapées au sein du gouvernement du Canada. C’est aussi une preuve de la priorité que notre gouvernement accorde aux difficultés auxquelles est confronté ce groupe traditionnellement marginalisé et défavorisé de Canadiens et Canadiennes.

Ma nomination est à la fois un honneur incroyable et une immense responsabilité. C’est à moi de veiller à ce que nos façons de faire soient équitables, inclusives et réfléchies. Nous devons inclure tout le monde dès le départ et nous engager dans un dialogue significatif qui produit des résultats tangibles. J’ai confiance que nos décisions auront une portée historique.

Q. À votre admission en science politique à l’Université d’Ottawa, vous aviez déjà terminé votre carrière sportive. Comment s’est passé votre retour aux études?

R. Ma carrière de nageuse paralympique a eu une profonde influence sur mes choix professionnels et sur mes activités de bénévolat après ma retraite du sport. J’ai eu la chance de pouvoir voyager partout dans le monde, et même si j’ai été exposée à de grands exploits, j’ai aussi été témoin de discrimination et d’inégalités. Mon travail au sein du mouvement paralympique a avivé chez moi le désir de m’attaquer à ces inégalités et le vif intérêt de concevoir des programmes inclusifs permettant la participation de tout le monde. Le mouvement paralympique est un peu comme cela : il nivelle systématiquement la pratique du sport de sorte que la compétition repose sur les capacités athlétiques.

Q. Pourquoi avez-vous choisi la science politique?

R. La science politique m’a exposée aux inégalités de notre société civile et de la participation citoyenne. L’histoire constitutionnelle du pays et l’évolution des droits de la personne au Canada m’ont fascinée. J’étais attirée par la tension entre le fait majoritaire et les droits des minorités. J’ai aussi eu l’occasion d’améliorer mon français à l’Université d’Ottawa, ce qui comptait beaucoup pour moi. J’avais déjà étudié en immersion française et j’avais commencé à étudier le français au premier cycle en Colombie-Britannique.

Q. Quel est le souvenir le plus marquant de vos études à l’Université d’Ottawa? Avez-vous eu droit à de bons accommodements pour pallier votre déficience visuelle pendant vos études?

R. Je garde de très bons souvenirs de l’équipe universitaire de natation de l’Université. C’était difficile et j’ai eu froid, mais c’était une bonne préparation pour Barcelone. [Carla Qualtrough a remporté deux médailles de bronze aux Jeux paralympiques de 1992]. Je me souviens aussi d’avoir eu droit à d’excellents accommodements. J’avais déjà dû me battre ailleurs pour recevoir de tels services, mais ça n’a pas été le cas à l’Université.

Haut de page