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La revue Reflets assure le rayonnement des connaissances interdisciplinaires liées à l’intervention sociale et communautaire auprès des individus, des groupes et des collectivités particulièrement, mais non exclusivement, en contexte francophone minoritaire.

Vous trouverez ci-dessous les appels de textes pour les numéros thématiques à venir.

Nous acceptons, en tout temps, des articles hors-thème.

Appel à contribution d'articles

Appel de textes


(Re)penser l’action sociale à partir des marges : appréhender les angles morts des cadres d’intervention et des politiques publiques

Reflets – Revue d’intervention sociale et communautaire

Présentation du numéro thématique

Les politiques sociales et les dispositifs d’intervention contemporains s’organisent de plus en plus autour de logiques de ciblage, d’évaluation et de performance, souvent associés aux réformes issues de la nouvelle gestion publique (Bourque et al., 2024; Lefèvre et Berthiaume, 2017). Ces transformations s’inscrivent plus largement dans le mouvement de dérégionalisation et de recentralisation de l’action publique, conjugué à un désengagement progressif de l’État. Elles s’accompagnent d’une nouvelle logique de gouvernance où les problèmes sociaux sont de plus en plus appréhendés à travers des instruments et des solutions inspirés du secteur marchand (Bourque et al., 2018; Vaillancourt, 2017). 

Ces dynamiques contribuent à définir les publics admissibles, les problèmes sociaux reconnus comme prioritaires et les formes d’intervention jugées légitimes (Bourque et al., 2024). Elles accentuent également les processus de contractualisation, de standardisation et de reddition de comptes, d’ingérence dans les pratiques d’intervention. Si ces cadres cherchent à rationnaliser l’action publique, ils participent aussi à la production d’angles morts, en laissant hors du champ de visibilité institutionnelle des personnes, des situations et des trajectoires qui ne correspondent pas aux catégories administratives ou aux critères d’accès aux services (Warin, 2016), invitant ainsi à interroger ce que ces cadres rendent visibles et ce qu’ils contribuent à invisibiliser.

En effet, des populations sont placées hors-cadre du champ de l’action sociale : les personnes en situation d’itinérance cachée (Greissler et MacDonald, 2024), les jeunes en situation de désaffiliation institutionnelle (Colombo et Larouche, 2007; Vultur, 2009), les personnes vivant des formes de cohabitation précaire (Parazelli, 2002), les personnes migrantes sans statut (Doussau, 2024) ou encore les personnes vivant avec des troubles de santé mentale non reconnus par les régimes d’aide sociale (Giguère et Handfield, 2021). Elles évoluent dans des zones grises où les protections sociales s’effacent, où l’accès aux droits demeure incertain et où les réponses institutionnelles apparaissent fragmentaires, conditionnelles ou inexistantes. Ces situations mettent en évidence les effets concrets des normes d’accès aux politiques sociales et soulèvent des questions centrales quant aux publics rendus invisibles et aux réalités disqualifiées par les dispositifs en place.

Si ces phénomènes ne sont pas nouveaux pour les personnes intervenantes, cela représente un angle mort en recherche et le contexte actuel appelle une réactualisation des connaissances et un approfondissement conceptuel et pratique du « non-recours » au Québec, tant au regard des transformations des politiques sociales que de l’évolution des pratiques d’intervention et des expériences vécues par les personnes concernées. 

Ce numéro thématique de Reflets propose ainsi d’explorer ces formes contemporaines de précarité et d’invisibilisation, en portant une attention particulière aux mécanismes structurels comme le non-recours aux services, la complexité administrative, l’inadéquation des critères d’admissibilité, la méconnaissance des droits, mais aussi aux expériences vécues par les personnes concernées. À partir d’analyses empiriques, théoriques ou de pratiques, il s’agira de réfléchir aux limites actuelles des dispositifs institutionnels, tout en mettant en lumière des pratiques émergentes, souvent informelles ou communautaires, qui tentent d’ouvrir des espaces d’accueil, de présence et de reconnaissance là où les cadres standards échouent (Racine, 2000; White, 2012).

Le numéro souhaite également mettre en lumière les tensions et dilemmes vécus par les personnes intervenantes confrontées à ces situations hors cadre. Face à des réalités qui débordent les normes institutionnelles, ces personnes professionnelles sont souvent amenées à inventer des formes d’intervention discrètes, relationnelles ou informelles : pratiques d’« aller vers », présence non conditionnelle, ajustements situés, etc. (Baillergeau et Grymonprez, 2020). Ces pratiques peuvent être comprises comme des formes de bricolage éthique (Gonin et al., 2013) ou de micro-résistances professionnelles face à des dispositifs mal ajustés aux réalités rencontrées (White, 2012). Bien que rarement reconnues, ces pratiques révèlent certes une pratique réflexive (Soulet, 2016), mais exposent également les personnes intervenantes à des tensions constantes entre le souci du lien, les exigences organisationnelles et les logiques de performance (Le Pain et al., 2024).

Ce numéro entend ouvrir un espace de réflexion collective sur ce que les dispositifs ne voient pas (ou ne veulent pas voir) et sur les effets produits par ces cadrages sur les personnes concernées, les pratiques professionnelles et les orientations des politiques publiques. Il invite à penser l’action sociale à partir des marges, non pas comme des exceptions, mais comme des révélateurs des limites structurelles des systèmes d’intervention contemporains.

Thèmes proposés

Les contributions pourront notamment porter sur :

  • Les populations et les trajectoires de vie hors-cadre des politiques sociales
  • L’invisibilisation, le non-recours et les zones grises de l’action publique 
  • L’itinérance cachée, la cohabitation précaire et les formes résidentielles instables 
  • La désaffiliation institutionnelle et les rapports aux dispositifs d’action sociale 
  • L’accès aux droits, les exclusions administratives et la conditionnalité des aides 
  • Les pratiques d’« aller vers », d’accueil non conditionnel et d’intervention informelle 
  • Les bricolages professionnels, les ajustements situés et les dilemmes pratiques ou éthiques 
  • Les tensions entre logiques de performance, normes institutionnelles et souci du lien 
  • Le rôle des organismes communautaires et des pratiques alternatives 

Types de contributions 

Reflets encourage la soumission d’articles scientifiques, de récits de pratiques et d’analyses critiques de politiques ou de dispositifs d’intervention.

Ce numéro se veut explicitement ouvert aux contributions provenant des milieux de pratique, ainsi qu’aux jeunes chercheur·e·s, incluant les étudiant·e·s à la maîtrise et au doctorat. Les propositions issues de démarches collaboratives, partenariales ou ancrées dans l’expérience de terrain sont particulièrement bienvenues.

Pour obtenir des informations concernant les différents types d’articles et les normes de présentation des textes : https://www.uottawa.ca/faculte-sciences-sociales/travail-social/reflets

Échéancier

Soumission des résumés : 15 mai 2026

Réponses sur les résumés : 1er juin 2026

Soumission des textes octobre : 15 novembre 2026

Publication : printemps 2027

Ce numéro thématique est co-dirigé par

Élisabeth Greissler, professeure, École de travail social, Université de Montréal

Carolyne Grimard, professeure, École de travail social, Université de Montréal 

Pierre Pariseau-Legault, professeur, Sciences infirmières, Université du Québec en Outaouais

Marie Lefèbvre, doctorante, Science politique, Université de Montréal

* Les personnes intéressées doivent soumettre un résumé d’environ 100 mots, au plus tard le 15 mai 2026 à l’adresse courriel suivante : [email protected]

Références

Baillergeau, É. et Grymonprez, H.  (2020). « Aller-vers » les situations de grande marginalité sociale, les effets sociaux d’un champ de pratiques sociales. Revue française des affaires sociales, 117-136. https://doi.org/10.3917/rfas.202.0117.

Bourque, M., Barbe, M. et Grenier, J. (2024). Les personnes travailleuses sociales dans le réseau de la santé et des services sociaux: entre distance, renoncement et rupture. Sociologie et sociétés56(1), 317-340.

Bernet, O. (2009). Du cœur du social aux marges du travail social : le regard décentré des sociologues. Empan, 75(3), 104-109. https://doi.org/10.3917/empa.075.0104.

Besozzi, T. et Simzac, A-B. (2025). Le vieillissement des personnes sans-domicile : évolutions, publics et adaptations de l’intervention, Sciences et actions socialeshttp://journals.openedition.org/sas/5632

Bourque, D., Jetté, C., Bourque, M. et Grenier, J. (2018). Nouvelle gestion publique et les rapports entre l’État et le secteur communautaire. Les services sociaux à l’ère managériale, 149-176. 

Bourque, M., Grenier, J., Pelland, D. et St-Germain, L. (2016). L’action communautaire autonome, mouvance des contextes, place et autonomie des acteurs. Sciences et actions sociales, 2(4), 31–50.

Craig, G., Taylor, M. et Parkes, T. (2004). Protest or partnership ? The voluntary and community sectors in the policy process, Social Policy and Administration, 38(4), 221-239.

Colombo, A. et Larouche, A. (2007). Comment sortir de la rue lorsqu’on n’est « bienvenu nulle part » ? Nouvelles pratiques sociales20(1), 108-127.

Coulomb L. (2018). Le soin des personnes sans domicile. Entre malentendus et négociations, PUR.

Desgagnés, J. Y., Goma-Gakissa, G. et Gaudreau, L. (2018). Toutes et tous dans le même bateau: regards croisés sur l’intervention sociale en contexte de pauvreté et de ruralité. Nouvelles pratiques sociales30(1).

Doussau, A. (2024). Accès aux soins des demandeur·euse·s d’asile ayant fait l’objet d’un ordre de déportation : enjeux éthiques pour les soignants en contexte québécois. Revue canadienne de bioéthique, 7(2–3), 45–54.

Duval, M. et Fontaine, A. (2000). Lorsque des pratiques différentes se heurtent : les relations entre les travailleurs de rue et les autres intervenants. Nouvelles pratiques sociales13(1), 49-67.

Giguère, N. et Handfield, S. (2021). Faire la preuve des choses invisibles. Nouvelles pratiques sociales, 32(1), 195–217.

Gonin, A., Grenier, J. et Lapierre, J.-A. (2013). La souffrance éthique au travail. Reflets, 19(2), 85–110.

Greissler, E. et MacDonald, S.-A. (2024). Se désaffilier. Dans S.-A. MacDonald (dir.), L’itinérance au Québec : réalités, ruptures et citoyenneté (p. 61–80). PUQ.

Jetté, C. (2008). Les organismes communautaires et la transformation de l’État-providence : trois décennies de co-construction des politiques publiques dans le domaine de la santé et des services sociaux, Québec, PUQ.

Langlois, I. et Villotti, P. (2022). Oppressions and systemic barriers in helping marginalized populations : A review of the scope. Canadian Journal of Career Development21(1), 20–39. https://doi.org/10.53379/cjcd.2022.227

Larose-Hébert, K., Nault, G. et Couture-Glassco, É. (2021). Réaffiliation sociale en otage : influence du profilage social des populations marginalisées sur les pratiques des intervenants de proximité. Criminologie54(2), 169–193. https://doi.org/10.7202/1084293ar

Lefèvre, S. et Berthiaume, A. (2017). Les partenariats entre secteur public et fondations philanthropiques au Québec : genèse, contestation et épilogue d’une réforme de l’action publique. Revue française d'administration publique, 163, 491-506. 

Le Pain, I., Larose-Hébert, K., Pitre, M. et Deblois, D. (2024). Être son propre outil de travail. Intervention, 160, 33–48.

Maisin, C. (2024). Adapter l’intervention sociale à l’exclusion rurale. La Revue Nouvelle, 2(2), 73-81. https://doi.org/10.3917/rn.238.0073.

Margier, A. (2013). L’espace public en partage. Expériences conflictuelles de l’espace et marginalisation. Cahiers géographiques du Québec57(161), 175-192.

Parazelli, M. et Bellot, C. (2015). Normativités, marginalités et interventions sociales. Présentation du dossier, Nouvelles pratiques sociales, 27(2),19–26. https://doi.org/10.7202/1037676ar

Parazelli, M. (2002). La rue attractive. PUQ.

Racine, G. (2000). La construction de savoirs d’expérience. Nouvelles pratiques sociales, 13(1), 69–83. 

Soulet, M-H. (2016). Le travail social, une activité d’auto-conception professionnelle en situation d’incertitude, SociologieS, https://doi.org/10.4000/sociologies.5553.

Vultur, M. (2009). Les jeunes qui abandonnent les études. Revue des sciences de l’éducation, 35(1), 55–67.

Warin, P. (2016). Le non-recours aux politiques sociales. PUG.

White, D. (2012). L’institutionnalisation de la résistance. Cahiers de recherche sociologique, 53, 89–120

  1. ^

    Pour Warin (2016), le non-recours renvoie aux situations dans lesquelles des personnes éligibles à un droit ou à un service n’en bénéficient pas. Il peut prendre différentes formes : non-connaissance, non-demande, non-réception ou non-proposition.